LES BELLES DAMES DU TEMPS JADIS
Titre: I Løvens tegn / In the sign of the lion / Encore plus
Réalisateur: Werner Hedman
Interprètes: Ole Søltoft

 

Sigrid Horne-Rasmussen
Ann-Marie Berglund
Else Petersen
Anne Magle
Poul Bundgaard
Lizzi Varencke
Année: 1976
Genre: Comédie érotique / Porno
Pays: Danemark
Editeur  
Critique:

Le cinéaste Werner Hedman demeure dans l’histoire du cinéma comme le principal responsable de la saga dite du « Zodiaque ». Lancée en 1973 par Finn Karlsson via son CLUB PRIVE POUR VIERGES SUEDOISES, la série va être reprise l’année suivante par Werner Hedman. Celui-ci proposera cinq nouveaux long-métrages bâtis sur un modèle similaire : des comédies érotiques enlevées, ponctuées de brèves scènes hardcore, dont les titres se réfèrent, à chaque fois, à un signe du zodiaque.

Réalisés avec des moyens conséquents et sortis dans le circuit traditionnel (ah la légendaire permissivité nordique !), ces productions danoises témoignent d’une époque, aujourd’hui complètement révolue, où la pornographie, loin d’être un but en soi, se mettait au service d’un scénario solide et plaisant à suivre. Mis bout à bout (hum !), les passages X de ces BELLES DAMES DU TEMPS JADIS doivent totaliser environ 5 minutes de projection…pour 80 minutes de pure comédie, soit l’inverse exact des productions actuelles.

Deux dames d’un âge respectable, Soffy et Rosa, écrivent de sirupeuses sagas familiales pour occuper la quiétude de leurs après-midi. Hélas, ces probables chefs d’œuvres de niaiseries ne trouvent aucune maison d’édition pour les accueillir. Suite à une discussion avec le facteur, les deux retraitées décident d’y adjoindre un élément supplémentaire susceptible d’attirer les foules : du sexe. Pour imaginer les scènes érotiques de leurs romans, Soffy et Rosa puisent simplement dans leurs souvenirs car, sous leur apparence respectable, elles eurent une jeunesse dissolue et s’amusèrent beaucoup auprès du châtelain local, le débauché comte Johan. Nos grand-mères trouvent rapidement un éditeur en la personne d’Anton Moller, lequel souhaite rencontrer l’auteur de ce recueil de mémoires osées. Gênées, Soffy et Rosa refusent toutefois d’en endosser la paternité et affirment qu’il a été écrit par leur neveu, le timide Toni Bram. Rapidement, ce-dernier attire l’attention des demoiselles de la région, décidées à épingler ce grand séducteur débauché à leur tableau de chasse intime. Mais Toni, peu à l’aise avec la gent féminine, s’offusque de voir son nom associé à un livre qu’il imaginait historique et chaste et qui, en réalité, détaille les turpitudes familiales avec force détails croustillants.

Quatrième volet de la saga du « Zodiaque », ces BELLES DAMES DU TEMPS JADIS sont un petit régal pour l’amateur de comédie polissonne. Une large portion de l’intrigue se déroule au cours des années ’30 et concerne les aventures galantes de deux grands-mères dont les souvenirs ont nourris un roman à succès. Le long-métrage alterne donc les moments plus portés sur l’érotisme (relatés en flashbacks) et ceux de pure comédie situés dans les années ’70, conférant un rythme constant à une intrigue bien servie par l’abatage des excellents comédiens.

La partie « historique » bénéficie, elle, d’un soin stupéfiant et, aujourd’hui, totalement impensable : costumes, décors, musique, photographie,…tout y est classieux, douceâtre, beau et de bon goût, une véritable ode à la volupté et à la sensualité. Nulle trace de vulgarité dans les épisodes érotiques, y compris lors des brefs plans hardcore, qui refusent les conventions habituelles du genre (pas de sodomie ou de cum shot, par exemple!) pour privilégier une bonne humeur revigorante et une sexualité enthousiaste.

Par sa construction habilement non linéaire, LES BELLES DAMES DU TEMPS JADIS évite, en outre, tout sentiment d’ennui et se révèle franchement amusant. Sans provoquer de véritables éclats de rire, la comédie alterne des dialogues réussis, des quiproquos de Vaudeville et un burlesque maîtrisé qui donnent au spectateur le sourire durant toute la projection. La qualité du long-métrage lui aurait d’ailleurs permis de jouer uniquement la carte de la comédie mais l’option choisie par Werner Hedman, à savoir une fusion d’humour et d’érotisme hard, fonctionne de manière surprenante sans que jamais l’une des composantes ne prenne le pas sur l’autre. Acteur phare de la série, l’excellent Ole Soltoft s’en donne, une nouvelle fois, à cœur joie dans le rôle d’un jeune homme timide et gaffeur considéré comme un tombeur depuis la publication de son livre de souvenirs érotiques, en réalité écrit par ses tantes délurées.

Les acteurs sont d’ailleurs le point fort de « la saga du Zodiaque » puisque les principaux protagonistes ne participent pas aux ébats érotiques et font preuve d’une réelle aptitude à la comédie. Ils campent des personnages bien typés et crédibles qui rendent le métrage réellement divertissant et lui confèrent une indéniable respectabilité. Les nymphettes danoises ne sont cependant pas en reste et démontrent non seulement leur talent de comédienne mais, également, leur appétit sexuel. Nettement plus porté sur l’érotisme raffiné que sur les plans hardcore (peu nombreux), le cinéaste détaille toutefois les anatomies parfaites de ces demoiselles, à la fois naturelles et volontaires, et donne aux passages sexy un côté plaisant, esthétique et joyeux de bon aloi.

Amusant, bien écrit, raffiné, luxueux, réalisé avec goût et interprété par des acteurs aussi convaincants qu’agréables à regarder, LES BELLES DAMES DU TEMPS JADIS constitue une jolie réussite de la comédie érotique et pornographique. A l’heure ou de grands cinéastes tentent de marier, de manière plus ou moins intéressante, le cinéma traditionnel et le porno, se pencher sur ce film démontre qu’il est tout à fait possible de proposer une œuvre bien menée, drôle et cependant gentiment excitante, dénuée du moindre temps mort et dans laquelle le spectateur n’est jamais tenté d’user de l’accéléré.

Dans son genre, il s’agit d’un exploit et LES BELLES DAMES DU TEMPS JADIS mérite donc largement la redécouverte, y compris par un public habituellement réfractaire à l’érotisme ou au porno.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012