SOUS LE SIGNE DU TAUREAU (SPECIALITES DANOISES)
Titre: I Tyrens tegen
In The Sign of the Taurus
Réalisateur: Werner Hedman
Interprètes: Preben Mahrt

 

Sigrid Horne-Rasmussen
Susanne Breuning
Ole Søltoft
Lone Helmer
Karl Stegger
Johan Thiersen
Année: 1974
Genre: Comédie érotique / Porno
Pays: Danemark
Editeur  
Critique:

Sorti en 1973, la comédie érotique IN THE SIGN OF THE VIRGIN (alias CLUB PRIVE POUR VIERGES SUEDOISES), récolta un succès suffisant au box-office local pour entrainer cinq « séquelles » connues sous le terme générique de « saga du Zodiaque ». IN THE SIGN OF THE TAURUS fut la première d’entre elles et sans doute la plus réputées (on la retrouve parmi les « chef d’œuvres incontournables » du Dictionnaire du cinéma X paru à la Musardine). Le métrage tranche, en effet, résolument avec la production de consommation courante des seventies et ressort surtout de la comédie, le porno y étant un distillé avec parcimonie.

A cette époque pourtant, le hardcore domine le marché et les premiers classiques du X américains comme DERRIERE LA PORTE VERTE, GORGE PROFONDE ou L’ENFER POUR MISS JONES triomphent sur les écrans. Quoique ces films possèdent encore des scénarios relativement développés et d’authentiques qualités techniques, ils n’en demeurent pas moins essentiellement focalisés sur les séquences « chaudes », lesquelles totalisent une bonne moitié du temps de projection. IN THE SIGN OF THE TAURUS, par contre, prend le temps de développer une intrigue amusante et construite fonctionnant essentiellement sur la comédie bouffonne, le X n’intervenant que par instant et seulement lorsque le scénario le justifie.

Danemark, 1924. Dans un petit village isolé, le Comte Von Lieberhaus mène une existence de bon vivant et passe ses journées en compagnie de ses deux femmes de ménages bisexuelles. Il espionne également les jeunes filles lorsqu’elles se changent pour prendre le soleil sur la plage. En dépit des mœurs libérées du comte, lesquelles s’opposent à celles beaucoup plus rigides des villageois, chacun aime Von Lieberhaus car celui-ci n’hésite pas à utiliser son immense fortune pour payer les taxes de ses concitoyens.

Malheureusement, les excès libidineux du comte le conduisent à une crise cardiaque fatale et la panique s’empare du conseil communal. La question est de savoir ce qu’il va advenir de l’argent du défunt et si la vie paisible des habitants va pouvoir continuer comme précédemment. Le maire, Felix Anderson, réunit donc les notables pour la lecture du testament qui leur apprend que Von Lieberhaus lègue sa fortune à la ville à l’unique condition qu’un enfant illégitime naisse sous le signe du taureau, soit dans un peu plus de 9 mois. Si cette condition n’est pas remplie, l’héritage reviendrait à un foyer pour chatons abandonnés de Copenhague. Rapidement, la nouvelle se répand dans le village et l’idée de voir s’envoler le magot terrorise la population.

Cependant, les villageois sont trop soucieux des conventions et trop attachés aux traditions pour accepter l’idée de concevoir un enfant hors des liens du mariage. L’unique espoir du maire réside dans la prostituée Carola mais celle-ci n’a pas l’intention d’enfanter pour permettre aux bigots locaux de sauver les apparences tout en ramassant le pactole. Toutefois, peu à peu, les mœurs se relâchent et, après avoir suivi les leçons de Carola, certaines vierges danoises décident de passer aux travaux pratiques et poursuivent les mâles de leurs assiduités. Et elles doivent se dépêcher car le temps presse et l’échéance se rapproche !

Contrairement à la quasi-totalité des pornos, IN THE SIGN OF THE TAURUS propose un scénario solidement charpenté parvenant à inclure logiquement toutes les scènes hard dans son intrigue. Un véritable tour de force qui s’explique par la prédominance donnée à la comédie satirique, laquelle se révèle plus ou moins réussie mais toujours distrayante. Certains gags sont bien amenés et mis en scène (le passage chez le barbier par exemple), d’autres virent au burlesque et la plupart sont justes stupides et risibles mais tous donnent néanmoins le sourire au spectateur. Car l’essentiel, ici, est bien l’humour et celui-ci se montre plus caustique et intéressant que dans nombre de comédies érotiques lourdingues des années ’70. La charge contre les conventions et le moralisme hypocrite des notables se révèle elle aussi réjouissante mais toujours joyeuse et, finalement, à peine méchante tant la bonne humeur domine chaque scène, y compris lorsque le cinéaste égratigne les conventions bourgeoises.

De leur côté, les passages X ne s’éternisent guère et s’apparentent davantage à des ponctuations sexy dénuées de véritables pouvoirs érotiques puisque, même durant ces scènes, l’humour reste prioritaire. A dire vrai, IN THE SIGN OF THE TAURUS pourrait parfaitement fonctionner comme une comédie sexy « soft » sans nécessiter plus de 4 ou 5 minutes de coupes (il faut d’ailleurs attendre près de 30 minutes avant les premiers moments hard – inimaginable aujourd’hui !) et ressemble souvent à une version plus osée (et réussie, osons le dire !) d’un sketch de Benny Hill.

Les interprètes, pour leur part, cabotinent outrageusement mais leur jeu confère à IN THE SIGN OF THE TAURUS un attrait supplémentaire, le cinéaste ayant choisi de véritables interprètes pour les rôles principaux, tandis que les hardeuses font plutôt offices de figurantes, fraîches et naturelles. Un bon équilibre évitant les performances souvent calamiteuses de familiers du porno s’essayant à de vraies compositions dramatiques!

Au niveau des moyens déployés, IN THE SIGN OF THE TAURUS n’a, en outre, aucunement à rougir devant des films traditionnels tant le soin apporté aux décors, aux costumes et à la reconstitution d’un petit village des années ’20 s’avère quasiment sans équivalent dans le X (excepté dans certaines super productions de prestiges comme JOSEFINE MUTZNENBACHER ou CATHERINE LA TSARINE NUE).

En résumé, IN THE SIGN OF THE TAURUS fonctionne agréablement comme une bonne comédie paillarde sans grande prétention mais confectionnée avec un soin appréciable. Werner Hedman livre ici un sympathique mélange de satire social, d’érotisme guilleret et d’humour balourd mais divertissant. Sans être un chef d’œuvre, IN THE SIGN OF THE TAURUS reste amusant et jamais ennuyeux ce qui, dans le genre, relève de l’exploit.

 

Fred Pizzoferrato