INQUISITION
Titre: Inquisición
Réalisateur: Paul Naschy
Interprètes: Paul Naschy

 

Daniela Giordano
Mónica Randall
Ricardo Merino
Tony Isbert
Julia Saly
Antonio Iranzo
Année:  
Genre: Drame / Horreur / Inquisition exploitation
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Située l’époque de l’Inquisition, la première mise en scène du célèbre acteur ibérique Paul Naschy s’inscrit dans la lignée des films de « chasse aux sorcières », en vogue au début des années ‘70.

Dans la tradition du GRAND INQUISITEUR et de LA MARQUE DU DIABLE, pour ne citer que les plus réputés, INQUISITION confie à Naschy le rôle de l’inquisiteur Bernard De Fossey, en visite dans un village du Sud de la France. Là, il tombe amoureux de Catherine (Daniela Giordano), la fille du maire, laquelle pourrait bien être elle-même une sorcière. De Fossey, écoutant les ragots d’un paysan mal aimé, mène à la torture puis au bucher de nombreuses demoiselles de la région mais ne peut se résoudre à appliquer le même traitement à Catherine. Or, cette dernière, révoltée par les exactions de l’inquisiteur et persuadée qu’il est responsable de la mort de son amant, se rend au Sabbat et imagine un plan astucieux pour se venger en retournant les armes de De Fossey contre lui.

Méconnu, voire oublié, INQUISITION constitue pourtant une œuvre estimable, dominée par la personnalité de Naschy, lequel injecte une bonne dose de psychologie et de complexité à son interprétation du grand inquisiteur. Convaincu de sa bonne foi et tiraillé par le démon de la chair, ce chasseur de sorcières se révèle à la fois détestable et sympathique, bref un personnage intéressant, au-delà du traditionnel « fou de Dieu » rencontré dans la plupart des métrages similaires.

Bien documenté en dépit du manque de moyens dont il dispose, Naschy illustre les horreurs de l’inquisition avec soin et détaille minutieusement les instruments de tortures ou les livres utilisés par l’Eglise, en particulier le fameux Malleus Maleficarum. Le cinéaste n’hésite pas, non plus, à emprunter des pièces historiques dans les musées afin de renforcer l’authenticité de sa mise en scène.

Concernant la sorcellerie elle-même, INQUISITION ne tranche pas et laisse coexister deux hypothèses : celle d’une magie authentique et celle, évidemment privilégiée par les historiens, de l’autosuggestion, additionnée d’aveuglement et de drogues hallucinogènes prises par les participantes du Sabbat. La répression sexuelle, la domination de la femme et les persécutions absurdes sont également évoquées, tout comme les ragots pouvant mener chacun (ou chacune) au bûcher. Nul ne semble épargner par la folie « purificatrice » de l’Eglise : que l’on soit libertin ou trop dévot, la moindre infirmité (par exemple un innocent boitillement) vous rend suspect aux yeux des autorités emportées par leur frénésie.

Si INQUISITION se montre anticlérical, Naschy tempère toutefois son propos en révélant, par exemple, l’innocence de l’inquisiteur du crime dont l’accuse Catherine. Cette dernière sombre elle-même dans un délire absurde qui la pousse à considérer ses songes comme de réelles visions, envoyées depuis l’au-delà par son défunt amant. De même, si INQUISITION suggère l’authentique pouvoir de Satan (illustré par de jolis rituels dans la tradition du cinéma fantastique européen des seventies), la sorcière se retrouve, au final, abandonnée par son maître maléfique, lequel la laisse brûler sur le bucher. A moins que Satan ne préfère expédier la peste pour accomplir son travail, comme en témoigne les ultimes secondes du film ?

Interprété avec conviction par Paul Naschy mais aussi par la très jolie Daniela Giordano (Miss Italie 1966, vue dans TON VICE EST UNE CHAMBRE CLOSE DONT MOI SEUL AIT LA CLE, BONNES FUNERAILLES AMIS SARTANA PAIERA ou encore SECRETS D’ADOLESCENTES), fréquemment dévêtue, INQUISITION ne s’attarde guère (contrairement à LA MARQUE DU DIABLE) sur les tortures mais propose cependant une poignée de scènes visant à contenter les amateurs. Demoiselles dénudées soumises au supplice de la roue ou brutalisées jusqu’à la mort (on retient en particulier un sein tranché par les zélés serviteurs de Dieu), le film reste violent mais sans verser dans la complaisance malsaine du titre précité. Ici, le sérieux de l’entreprise l’emporte sur les aspects d’exploitation, ce qui est tout à l’honneur de Paul Naschy.

Même si les rituels sataniques n’évitent pas un certain ridicule, ils restent plaisants pour les nostalgiques de l’épouvante des seventies, Naschy s’octroyant même, brièvement, le rôle de Satan en personne. Deux flashbacks, filmés au ralenti sur une musique mélancolique, démontrent en outre l’influence qu’a pu avoir le western à l’italienne sur le cinéma bis européen des années ’70.

Relativement timoré au niveau de la nudité et plus encore de la violence sadique, INQUISITION n’en demeure pas moins une agréable curiosité dominée par la stature du regretté Paul Naschy. Bref, cette estimable reconstitution historique ne néglige pas la fantaisie et se suit sans ennui et même avec un indéniable plaisir. A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011