L'INSATIABLE SAMANTHA
Titre: La sanguisuga conduce la danza
Réalisateur: Alfredo Rizzo
Interprètes: Patrizia Webley

 

Krista Nell
Femi Benussi
Giacomo Rossi-Stuart
Luciano Pigozzi
Mario De Rosa
Luigi Batzella
Année: 1975
Genre: Epouvante / Thriller / Giallo / Erotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Comédien à la riche carrière (près d’une centaine de films entre 1939 et 1986), Alfredo Rizzo s’est également essayé à la mise en scène, livrant 8 long-métrages au cours des années ’70, dont deux titres proches du giallo : OBSESSIONS CHARNELLES et cette INSATIABLE SAMANTHA dont le titre évoque irrésistiblement un porno de bas étage. En 1975, le giallo est déjà en complète perte de vitesse et Rizzo tente, maladroitement, de le ranimer avec cette étrange décoction qui emprunte aux codes du « filone » italien mais aussi au mélodrame, à l’épouvante, au fantastique gothique et, surtout, à l’érotisme alors en vogue. Le résultat, certes bizarre, se révèle hélas peu passionnant et d’un intérêt limité même s’il bénéficie, essentiellement grâce à son casting et sa nudité complaisante, d’une sorte de culte mineur auprès de certains inconditionnels du bis italien.

L’intrigue, située au début du vingtième siècle, convie une troupe de théâtre dans un château isolé où le comte Richard Marmak désire organiser une représentation privée. La petite bande de comédiens se compose de quatre femmes et d’un homme, ce dernier étant souvent moqué pour son manque de virilité et son physique ingrat. A peine arrivé dans la propriété, isolée sur une île battue par les vagues, l’aristocrate tombe amoureux d’une des actrices, Evelyn, laquelle, refrain connu, ressemble traits pour traits à son épouse depuis longtemps disparues. Les autres invitées sont deux lesbiennes, Penny et Rosalind, et une nymphomane vulgaire aux manières de prostituée de bas étage, Cora.

Dans le castel des Marmak, nos acteurs sont accueillis par un majordome désagréable, Jefferson, qui se désespère de devoir héberger de si perverses créatures. Le reste du personnel, mené par Sybil, n’est guère plus avenant et voit d’un mauvais œil la présence de ces « intrus ». Le comte, pour sa part, révèle aux comédiens l’existence d’une malédiction pesant sur sa famille : son grand-père puis son père se sont, en effet, donnés la mort après avoir décapité leur épouse respective, coupables d’adultère. Or, peu après, Cora est découverte dans sa chambre, la tête tranchée…

Médiocre et poussif, L’INSATIABLE SAMANTHA ne propose aucune Samantha (seulement une Cora qui, il est vrai, semble folle de son corps) ni même de vampire (comme le suggérait le titre original) mais tente un mélange d’influences qui, entre des mains plus expertes, aurait pu donner un résultat intéressant. Malheureusement, Alfredo Rizzo ne parvient jamais à faire décoller son récit qui, durant sa première moitié, se limite à un soporifique mélodrame gothique ponctué de vignettes érotiques gratuites.

Alors qu’une torpeur ennuyée s’empare progressivement du spectateur, L’INSATIABLE SAMANTHA bascule enfin dans un simili giallo… après cinquante minutes de projection ! Trois crimes, en effet, se succèdent à intervalles réguliers et chacune des victimes féminines est découverte décapitée. Hélas, les maquillages restent rudimentaires et les effets gore timorés, les meurtres étant tous perpétrés hors champs : seul le résultat sera, furtivement, exposé.

L’érotisme, de son côté, se montre plus prononcé, y compris sans les inserts pornos dont fut affublé la copie française: papouilles saphiques, viol, nudité complaisante,…Le réalisateur meuble comme il peut sa maigre intrigue mais ne suscite, le plus souvent, qu’un ennui poli. L’énigme policière et le mystère passent dès lors au second plan et seront résolus, de manière expéditive, dans les ultimes minutes par un tour de passe-passe scénaristique lamentable : un inspecteur de police surgit et, en deux ou trois déductions approximatives, découvre l’identité du coupable. Frustrant !

L’INSATIABLE SAMANTHA constitue donc un sinistre ratage, bercé par une partition musicale calamiteuse et entrecoupé de stock-shots (en noir et blanc alors que le reste du film est en couleurs !) d’une mer en furie censés conférer à l’entreprise un côté « arty » et un climat angoissant. Peine perdue.

Seule la distribution sauve un tant soit peu les meubles : Krista Nell, dont ce fut la dernière apparition avant son décès prématuré apparait dans un rôle secondaire (sa maladie l’ayant obligé à décliner la tête d’affiche) aux côtés des starlettes Femi Benussi et Patrizia Webley. Giacomo Rossi-Stuart, Luciano Pigozzi et même le réalisateur Luigi Batzella (HOLOCAUSTE NAZI, NUE POUR SATAN) complètent ce casting à la fois hétéroclite et complètement « bis ».

Pseudo giallo gothique érotique et mélodramatique, L’INSATIABLE SAMANTHA ne saura intéresser que les inconditionnels du cinéma populaire italien des années ’70, lesquels pourraient y éprouver un minimum de plaisir. Les autres risquent, par contre, d’y trouver le temps long.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2013