INTIKAM KADINI ("Turkish I Spit On Your Grave")
Titre: Intikam Kadini
Réalisateur: Naki Yurter
Interprètes: Zerrin Dogan

 

Kazim Kartal
Cesur Barut
Rozi
Naki Yurter
 
 
Année: 1979
Genre: Rape And Revenge / Erotique / thriller
Pays: Turquie
Editeur  
Critique:

Le cinéma d’exploitation turc constitue un vaste terrain à défricher pour le cinéphage curieux et recèle de nombreuses surprises. Une coutume locale, particulièrement méprisante à l’égard des droits d’auteur, consiste par exemple à proposer des adaptations de grands succès occidentaux sous forme de remakes plus ou moins fidèles ou à démarquer des intrigues connues pour en livrer des plagiats éhontés.

Depuis l’existence d’Internet et la création de sites dédiés au nanar, les exemples les plus célèbres de « révisions à l’orientale » sont connus d’un public relativement large qui n’ignore plus l’existence de TURKISH STAR WARS, TURKISH STAR TREK ou encore TURKISH SUPERMAN. Mais cette poignée de films « célèbres » constitue simplement la minuscule partie émergée d’un immense iceberg tant le nombre de métrages détournés du côté d’Istanbul laisse pantois. De la science fiction au giallo en passant par les aventures de Santo ou les super-héros en collant peu de genre semblent avoir échappé à la folie des photocopieurs turcs. Et même des titres plus confidentiel comme le « rape and revenge » culte I SPIT ON YOUR GRAVE (lequel connut une suite et fut ensuite remaké officiellement par Hollywood en 2010) a, lui aussi, connut une déclinaison nommée INTIKAM KADINI ou, pour les non polyglottes, TURKISH I SPIT ON YOUR GRAVE.

Toutefois, vu le caractère éminemment simpliste de la plupart des rape and revenge, lesquels fonctionnent souvent sur un scénario balisé et interchangeable, parler de remake parait ici légèrement excessif. En l’état, disons que INTIKAM KADINI suit simplement une intrigue très linéaire (une fille violée se venge de ses agresseurs et les supprime un par un) déjà exploitée mainte fois au cinéma et dont le meilleur exemple reste justement I SPIT ON YOUR GRAVE.

Trois types peu fréquentables tombent en panne de voiture en plein cœur de la compagne turque. Ils partent en quête d’essence et aboutissent à une ferme où vit une jeune femme, Aysel, et son papa. Aussitôt la tragédie survient et les salopards violent la demoiselle et assassinent son paternel. Après avoir songé au suicide pour « purger sa disgrâce » (sic !), Aysel décide finalement de refaire sa vie dans la grande ville, change d’identité et de look et tombe finalement sur un de ses agresseurs. L’esprit de vengeance se réveille alors chez la demoiselle qui séduit le mâle avant de le tuer. Aysel se lance alors dans une expédition punitive visant à retrouver Kemal, le chef de la bande…

Cette intrigue prétexte va permettre au réalisateur d’aligner quelques scènes érotiques et trois meurtres pas vraiment mémorables. Le seul aspect intéressant réside dans le changement de look de la paysanne qui part à la ville et se transforme en femme fatale à la mode. Nous aurons même droit à une chanson placée au milieu du métrage sans que l’on comprenne très bien la raison de cet intermède musical.

Dans la séquence finale, l’héroïne retrouve ses habits et son foulard de paysanne afin que le chef des violeurs la reconnaisse. Puis elle le tue d’un coup de fourche en pleine poitrine. Au lieu des habituelles insanités proférées par ses homologues américains ou italiens, notre violeur turc se repend en prononçant un poignant « j’ai été tellement mauvais envers toi…tu as eu raison ». Une absolution qui n’empêche pas l’inspecteur de police de l’arrêter (« je suis prête », dit la demoiselle), la morale est sauve !

Au niveau érotique INTIKAM KADINI se montre étonnamment explicite et propose de longues séquences détaillant l’héroïne occupée à satisfaire les méchants violeurs moustachus avant de les tuer. L’intérêt de ces séquences chaudes pour le déroulement de l’histoire s’avère nul et de surcroit peu crédible mais nous ne ferons pas la fine bouche devant l’anatomie intégralement et impudiquement exposée de Zerrin Dogan qui a, apparemment, fait une jolie carrière souvent dévêtue et a participé à ÖYLE BIR KADIN KI, le premier porno légalement produit en Turquie. Dans INTIKAM KADINI, nous restons toutefois dans le softcore même si les galipettes occupent quand même une bonne demi-heure de projection. Sur un total de soixante minutes ce n’est déjà pas si mal et le reste du métrage, hélas, va surtout contenir des séquences de transition tenant du remplissage pur et simple, aucune progression dramatique n’étant envisagée par un film désespérément plat.

Du côté du casting, seule Zerrin Dogan manifeste un minimum d’implication et confère une certaine crédibilité (certes toute relative) à son rôle, ses partenaires mâles étant d’un niveau exécrable. La mise en scène est tout aussi médiocre avec un montage aberrant, des coupes exécutées en dépit du bon sens et un talent inexistant. Un véritable je m’en foutisme généralisé qui traduit bien la volonté purement racoleuse et commerciale du produit.

Le mépris des copyrights, lui, se poursuit joyeusement avec une bande sonore recyclant dans d’atroces versions muzzak quelques grands succès dont le « Penny Lane » des Beatles. Les quelques meurtres, disséminés de ci de là, s’avèrent également plutôt timorés : un violeur est percuté par une voiture et précipité au fond d’un ravin, un autre éventré à la fourche (on ne voit rien) et un dernier a la gorge tranchée (là c’est un peu plus gore mais nous sommes loin des débordements italiens de la même époque). Bref, l’aspect horrifique ou sanglant se voit largement mis en retrait au profit de l’érotisme, lequel n’est pas franchement très efficace non plus.

A dire vrai INTIKAM KADINI s’avère surtout ennuyeux mais sa très courte durée (une heure pile poil !), quelques jolis paysages de cartes postales (peu exploités), la plastique naturelle de l’actrice principale et la curiosité devant un cinéma différent et rarement exploré permettent toutefois de ne pas trop regretter la découverte.

Notons aussi que le réalisateur Naki Yurter a vu la plupart de ses films détruits (les copies qui subsistent circulent dans un état désastreux) et a même passé un bout de temps en prison en raison du caractère « obscène » de ses films.

A réserver aux plus aventureux ou aux « complétistes » fanatiques du « rape and revenge » désireux d’en découvrir les (sous-) produits les plus obscurs.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010