L'INVASION DES FEMMES ABEILLES
Titre: Invasion Of The Bee Girls / Graveyard Tramps
Réalisateur: Denis Sanders
Interprètes: William Smith

 

Victoria Vetri
Cliff Osmond
Anitra Ford
Beverly "Hills" Powers
 
 
Année: 1973
Genre: Science-fiction / Parodie / sexploitation / Horreur
Pays: USA
Editeur Bach Films
3 /6
Critique:

Une jolie entomologiste a découvert le moyen de se transformer en une hybride femme / abeille afin de tuer les hommes en, si vous me passez l'expression, les baisant à mort. A l'aide d'un miel blanchâtre tout à fait suggestif elle transforme les desperate housewifes locales en tueuses nymphomanes…Quoi pourra les arrêter?

Au pays des mauvais films sympathiques, cette production méconnue mérite certainement le détour. Son scénario, pourtant écrit par le futur cinéaste Nicolas Meyer (deux Star Trek, C'était demain, etc.), verse dans le complet délire. C'est bien simple, si vous demandiez à une assemblée de geeks boutonneux de quinze ans d'écrire une histoire de SF il est probable que vous aboutiriez à un résultat proche de ce métrage hallucinant.

Tous les ingrédients nécessaires à un nanar sont présent: jeune demoiselle à la forte poitrine se dénudant à la première occasion, laboratoire secret où de prudes ménagères sont transformées en nymphomanes meurtrières après avoir été sensuellement couvertes de miel, provinciaux mourrant d'épuisement au cours de rapports sexuels avec des femmes aux yeux d'abeilles, etc. L'ensemble s'apparente finalement à une sorte de roman de gare outrancier, comme aurait pu en écrire l'écrivain fictif Kilgore Trout, cher à Kurt Vonnegut, le génie méconnu dont on ne trouve hélas les œuvres que dans les sex-shops.

Le cinéaste se permet en outre quelques répliques anthologiques, parfois intraduisibles ("coming and going at the same time" qui se traduit par "aller et venir" ou "jouir et mourir"), et des scènes co(s)miques, comme cette réunion au cours de laquelle l'inspecteur recommande "une complète abstinence" au grand dam des bouseux du coin, dont un s'écrie avec rage "et je vais faire quoi le soir si je peux pas ramoner ma bourgeoise!".

Bref, c'est du costaud, à tel point qu'il est difficile de déterminer si L'INVASION DES FEMMES ABEILLES doit être pris au premier ou au second degré. Est-ce une parodie des mouvements de la libération de la femme ou une satire des produits de sexploitation du début des années 70? Ou au contraire un métrage voulu sérieux mais dont les outranges le conduisent finalement aux frontières du nanar si ce n'est du réel? La question reste posée!

Incroyablement, ce titre nous en apprend également beaucoup sur la terrible pudibonderie américaine. En effet, en 1973, L'INVASION DES FEMMES ABEILLES était sorti avec un simple avertissement équivalent à notre accord parental. Aujourd'hui, ce titre serait au mieux classé interdit aux moins de 17 ans! Il faut croire que le public était plus tolérant et moins facilement offensé voici 30 ans. Pensez donc, des paires de fesses et de charmants tétons dans presque toutes les scènes (avec des pare-chocs 100% naturels qui auraient fait plaisir à Russ Meyers), sans oublier des dialogues et une intrigue (!) qui ne parle que de "ça", voilà de quoi choquer l'Amérique d'aujourd'hui.

L'INVASION DES FEMMES ABEILLES est en définitive plutôt agréable à suivre, d'autant que le rythme est assez trépidant, pour une série Z seventies évidemment. William Smith prend son rôle à cœur et fait le coup de poing pour éviter à sa partenaire (la belle playmate Victoria Vetri) un viol collectif par une bande de types frustrés forcés à l'abstinence (mais il arrive après que les voyous aient dénudés et "entrepris" la demoiselle, c'est ça le charme du cinéma d'exploitation!).

Auréolé d'une mini-réputation culte dans le registre campy (ou "so bad it's good" comme on dit au pays des cow-boys), L'INVASION DES FEMMES ABEILLES est en définitive un bon moyen de passer une heure vingt minutes et des poussières. Il est juste regrettable que la production n'ait pas été plus loin dans la parodie ou l'aspect sexy : on n'ose rêver à un porno seventies avec un tel scénario! Néanmoins, en l'état, ce petit Z constitue un divertissement acceptable.

Fred Pizzoferrato - Juillet 2007