LA VENGEANCE DE L'HOMME INVISIBLE
Titre: The Invisible Man's Revenge
Réalisateur: Ford Beebe
Interprètes: Jon Hall

 

Leon Errol
John Carradine
Alan Curtis
Evelyn Ankers
Gale Sondergaard
Lester Matthews
Année: 1944
Genre: Fantastique / science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Au début des années ’40, la Universal sent le vent tourner dans la mauvaise direction et leurs plus populaires franchises commencent à battre de l’aile même si la compagnie tente, vaille que vaille, de les exploiter un maximum. Lancés, au début de la précédente décennie, par des productions prestigieuses comme DRACULA (1931), FRANKENSTEIN (1931 également), LA MOMIE (1932) et L’HOMME INVISIBLE (1933), les « grands monstres » du répertoire classique connaissent quelques séquelles d’intérêt divers mais souvent réussies comme LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN ou LE FILS DE DRACULA.

Toutefois, il faut attendre le début des années ’40 pour voir la Universal exploiter frénétiquement son fonds de commerce via des titres moins fortunées (LA TOMBE DE LA MOMIE, LE FANTOME DE FRANKENSTEIN, SON OF FRANKENSTEIN), puis d’improbables réunions dans lesquels les « monstres » s’affrontent inlassablement (FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP GAROU, LA MAISON DE DRACULA,…). L’ultime étape sera la parodie, assurée par le duo « comique » (ce point reste discutable) composé d’Abbot et Costello, lesquels affronteront tour à tour Frankenstein, la Momie, l’Homme Invisible, etc.

LA VENGEANCE DE L’HOMME INVISIBLE, sorti en 1944, marque la cinquième apparition à l’écran d’un « héros » invisible après L’HOMME INVISIBLE, LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE, INVISIBLE WOMAN et L’AGENT INVISIBLE CONTRE LA GESTAPO. Le métrage marque, en outre, un retour à l’esprit des deux premiers épisodes et va jusqu’à affubler son principal protagoniste du patronyme de Griffin (l’Homme invisible originel) même si, apparemment, aucune connexion n’existe entre les deux personnages.

Un certain Robert Griffin fuit le Tanganyika pour rentrer en Grande Bretagne, où ses anciens associés ont fait fortune en son absence. Apparemment, Griffin fut jadis laissé pour mort en pleine jungle, non loin d’un important gisement de diamants. Ayant longtemps souffert d’amnésie, Griffin a finalement retrouvé la mémoire et revient réclamer sa part sur les bénéfices engrangés par ses « amis ». Malheureusement, ceux-ci, à savoir Sir Jasper Herrick et sa femme Irène, ont depuis longtemps dilapidé leur fortune et sont, par conséquent, incapables de rembourser Griffin. Cette nouvelle, bien sûr, ne plait guère à notre ancien amnésique, d’autant qu’il soupçonne le couple infernal de l’avoir volontairement abandonné à son sort, au fin fond de l’Afrique, pour s’approprier sa part du butin.

Comprenant qu’elle risque gros, Irène Herrick décide de droguer Griffin et s’empare d’un contrat pouvant servir de preuve au tribunal, une décision de génie qui prive notre pauvre « héros » de tout recours juridique. Après une infructueuse tentative d’extorsion orchestrée par Griffin, aidé d’un pauvre ivrogne et d’un avocat véreux, le chef de la police prête main forte à Sir Herrick et expulse notre apprenti maitre chanteur.

Ce-dernier, en fuite, est finalement recueilli par un scientifique, le docteur Peter Drury, lequel effectue des recherches sur un produit révolutionnaire capable de rendre tout à chacun invisible. Griffin accepte de servir de cobaye au savant mais, une fois devenu invisible, comprend tout l’intérêt qu’il peut tirer de ce nouveau pouvoir et décide de se venger de Sir Herrik et son épouse.

Sans égaler le classique HOMME INVISIBLE de James Whale, bien plus ambitieux et intéressant, ce nouvel épisode de la saga s’avère plutôt plaisant. Les effets spéciaux, même après tant d’années, restent étonnants et totalement crédibles, les techniciens des trucages rivalisant d’ingéniosité pour proposer des scènes inédites. Parmi les plus belles prouesses visuelles, citons la scène où notre invisible héros se tartine la moitié du visage de farine pour apparaître aux yeux d’un de ses amis. Ou encore cette séquence bluffante montrant le personnage glisser sa main dans un aquarium qu’il ressort couverte de gouttelettes d’eau.

Si le ton général demeure sérieux, LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE propose toutefois quelques scènes humoristiques efficaces dont la plus réussies reste, sans conteste, celle impliquant un concours de fléchettes au cours duquel un vieil ivrogne reçoit le concours de notre invisible héros pour réussir d’incroyables tours d’adresse. Le personnage de John Carradine permet, lui-aussi, quelques gags amusants, lorsqu’il promène son chien invisible ou écoute le chant de ses petits oiseaux en cage, eux aussi, bien évidemment, invisibles. Les interprètes sont, pour leur part, convaincant, en particulier Jon Hall, très à l’aise dans son rôle de maniaque invisible. Notons d’ailleurs que le script ne se donne jamais la peine de justifier les actions du personnage. Ses prétentions sur la fortune de ses rivaux sont elles légitimes ? Les accusations qu’il porte sur leur culpabilité dans son abandon en pleine jungle, promis à une mort certaine, tiennent t’elles la route ou sont elles le délire paranoïaque d’un esprit dérangé ? Le film n’offre aucune réponse, laissant au spectateur le soin de choisir entre une vengeance motivée ou, au contraire, la soif de pouvoir d’un dément.

Pour rester dans le registre du manque de crédibilité du métrage, la rencontre fortuite du principal protagoniste et du scientifique travaillant à la formule de l’invisibilité s’avère difficile à avaler et trahit une facilité frisant la désinvolture.

Spécialiste du serial et de la série B ayant travaillé sur une centaine de métrage (dont FANTASIA de Disney), Ford Beebe emballe cette petite production routinière avec suffisamment d’efficacité pour en rendre la vision distrayante, une durée restreinte (à peine 75 minutes) aidant à digérer plus facilement la pilule.

Dans l’ensemble, LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE constitue un intéressant divertissement pour les nostalgiques mais ne peut prétendre être une véritable réussite, juste une série B rondement menée, bien interprétée et, surtout, servie par des effets spéciaux encore étonnant au bout de près de 70 ans. Ce n’est déjà pas si mal.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011