INVITATION ONLY
Titre: Jue ming pai dui
Réalisateur: Kevin Ko
Interprètes: Maria Ozawa

 

Kristian Brodie
Bryant Chang
Vivi Ho
Jerry Huang
 
 
Année: 2009
Genre: Horreur / Slasher
Pays: Taiwan
Editeur  
Critique:

Présenté comme le premier slasher produit à Taiwan, INVITATION ONLY marche surtout sur les traces des « torture porn » du milieu des années 2000 en offrant une relecture de HOSTEL pas vraiment convaincante. Toutefois, la nudité gratuite et, surtout, les nombreux passages sanglants, permettent au métrage de sortir (un tout petit peu) du lot.

L’intrigue ne cherche guère à innover et se montre fort prévisible, abandonnant rapidement des prémices orientés vers le thriller ou le slasher pour verser dans l’horreur graphique avec une certaine délectation. Wade, un modeste chauffeur décrit comme un loser surprend un joue son patron Yang dans une position compromettante avec une belle top modèle. Le patron achète son silence en lui offrant une invitation pour une prestigieuse soirée réservée aux élites de la société. Wade s’y rend donc en assumant l’identité du cousin de Yang et en se sentant fort peu à sa place parmi ces riches personnages. Au cours de la soirée, toutefois, la situation s’améliore, d’autant que chacun voit ses désirs réalisés par un hôte philanthrope. Le chanceux jeune homme gagne donc beaucoup d’argent au jeu, goute des plats raffinés, reçoit une Ferrari en cadeau et passe la nuit avec une belle demoiselle. Malheureusement tout à un prix et Wade ne tardera pas à découvrir qu’il a été invité, ainsi que quatre autres personnes, dans le seul but d’assouvir les plus bas instincts de riches oisifs aimant torturer et tuer leurs victimes dans des sortes de jeux du cirque moderne. Mais, parfois, le gibier se révolte…

Le cinéaste débutant Kevin Ko, manifestement sous l’influence écrasante de ses collègues américains, tente de tirer le meilleur parti de ce scénario simpliste croisant HOSTEL avec des séquences de meurtres inspirées de SAW et une trame générale proche de l’incontournable CHASSES DU COMTE ZAROFF. Mais, en dépit d’une certaine bonne volonté de Kevin Ko pour en donner au public pour son argent, il apparaît difficile de se passionner pour ce très longuet jeu du chat et de la souris dans des décors déserts. Les « production values » paraissent en effet très pauvres et le budget, des plus limité, permet simplement de longues déambulations dans des pièces quasiment vides. L’ensemble donne donc dangereusement dans le « film de couloir » et, entre deux passages explicites, l’ennui pointe son nez.

Afin de maintenir l’intérêt, INVITATION ONLY joue donc logiquement la carte de l’érotisme soft et du gore hard. Pour l’option sexy, Kevin Ko détaille de belles asiatiques en robes courtes et légères, menacées par un maniaque. Une recette éprouvée mais toujours efficace. Parfois, le cinéaste se permet même une scène plus chaude et dévoile la plastique irréprochable de Maria Ozawa, la plus célèbre actrice porno japonaise qui, après d’innombrables « vidéos pour adultes », s’offre sa première incursion dans le cinéma « traditionnelle ». Une prestation purement décorative mais nul ne lui en demandait davantage. Kevin Ko se plie aussi au jeu du gore et ne lésine pas sur les éclaboussures écarlates, les gorges tranchées et les membres vigoureusement sectionnés. Point d’orgue du métrage : deux séquences de torture gratinées mais paradoxalement trop outrancières pour se montrer réellement choquantes. Dans les deux cas, la victime, ligotée, subit les assauts d’un tortionnaire sadique. Un homme est ainsi électrocuté tandis qu’une demoiselle trop attachée à son physique attrayant voit son visage lacéré puis saupoudré de gros sel. Des séquences qui rappellent les excès décomplexés des premiers films gore américains et renvoient carrément aux mutilations dans la bonne humeur orchestrées par Hershell Gordon Lewis au début des années ’60.

INVITATION ONLY tente également de donner un minimum de consistance à ses personnages et leur offre un semblant de caractérisation, les rendant un poil plus intéressants que les teenagers défoncés et obsédés des productions similaires venues d’Occident. Des efforts réels mais insuffisants pour susciter l’empathie du spectateur tant l’essentiel reste la longue suite de passages sanglants proposés par le cinéaste. Néanmoins, le final joue davantage la carte du thriller, de l’action et du suspense et propose même une poursuite en voiture où, une fois de plus, transparaissent les limites budgétaires du produit. L’inévitable petit clin d’œil sarcastique du final fonctionne relativement bien mais ne surprendra, encore une fois, personne.

Ni particulièrement désagréable ni vraiment passionnant, INVITATION ONLY doit se voir essentiellement pour ce qu’il est, à savoir une curiosité taïwanaise soucieuse de toucher un plus large public en optant pour des recettes éprouvées en Occident. Dénué de la moindre couleur locale, cette petite bande standard ne peut s’appuyer que sur une mise en scène nerveuse, l’atout charme largement exploité Maria Ozawa et un paquet de scènes gore pour maintenir l’intérêt.

Sans être désagréable, le film de Kevin Ko s’adresse donc essentiellement aux inconditionnels du slasher et du gore qui y trouveront matière à un divertissement standard mais regardable. Les autres risquent quand même de trouver le temps long en dépit des efforts du cinéaste pour offrir un spectacle agréable et saignant.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2010