ISLAND OF DEATH
Titre: Ta paidia tou Diavolou
Réalisateur: Nico Mastorakis
Interprètes: Robert Behling

 

Jane Lyle
Jessica Dublin
Gerard Gonalons
Jannice McConnell
Nikos Tsachiridis
 
Année: 1977
Genre: Horreur / Thriller / Video Nasty
Pays: Grèce
Editeur  
Critique:

Célèbre pour son inclusion sur la liste anglaise des « video nasty », ISLAND OF DEATH demeure, aujourd’hui, une curiosité intéressante mais qui, malheureusement, ne se montre pas tout à fait à la hauteur de sa flatteuse réputation. La genèse d’ISLAND OF DEATH remonte à 1974.

Le cinéaste athénien débutant Nico Mastorakis, au sortir d’une projection de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, décida de tourner son propre « shocker » à petit budget. Uniquement motivé par le profit, comme il l’admit plus tard, Mastorakis griffonne en une semaine un scénario simpliste, prétexte à de nombreuses scènes choquantes.

Le film suit ainsi les pas d’un couple de tueurs qui, en vacances sur l’île grecque de Mykonos, se lancent dans une croisade « purificatrice » visant à éradique le « pêcher ». Par conséquent, aucun tabou ne sera préservé au cours des pérégrinations meurtrières de nos amoureux et, à côté de plusieurs crimes sanglants et de nombreux viols, ISLAND OF DEATH propose, dès son entame, une scène de zoophilie (suggérée). Le principal protagoniste, Christopher, frustré par le refus de sa compagne qui paresse au lit, déambule sur l’ile et se tape une chèvre, ensuite sacrifiée au couteau, afin de libérer sa tension.

Malgré sa sexualité particulière, Christopher, obsédé par la pureté et citant Dieu, déteste les jeunes dévergondées et plus encore les homosexuels, qu’il estime devoir supprimer pour leur « faute » envers l’Etre Suprême. Complètement fou, le psychopathe, investit d’un sentiment de toute puissance, massacre à tour de bras les « pêcheurs » tandis que sa compagne, Celia, tente de la ramener à la raison, essentiellement pour des raisons pratiques. En effet, la petitesse de l’île et les meurtres successifs risquent d’attirer l’attention des autorités.

Cependant, Christopher ne semble pas vraiment conscient des risques encouru. Il enfile même joyeusement l’ardente Celia dans une cabine téléphonique tout en téléphonant à sa chère maman, contrainte d’écouter les râles de plaisirs de la jeune femme. Mais un détective noir, Foster, espionne l’appel et retrouve ainsi la piste des amants diaboliques, lesquels ont, apparemment, débuté leurs exactions à Londres quelques temps plus tôt. Aussitôt, Foster part pour Mykonos où Celia se donne joyeusement à un peintre français occupé à restaurer une chapelle sous les regards voyeurs de Christopher. Ce dernier photographie la scène puis crucifie le pauvre homme à l’aide de clous plantés dans ses paumes.

Un peu plus tard, les tourtereaux sont invités à la fête de fiançailles donnée par deux homosexuels caricaturaux et, la nuit venue, Christopher, incapable de résister au désir de « purger l’île de sa dépravation », tue les deux hommes. Le meurtre, intelligemment maquillé en crime passionnel, reste impunis. Pendant ce temps, Foster, arrivé à Mykonos, mène l’enquête et se rapproche des deux sadiques qu’il espère parvenir à coincer. Malheureusement, le destin du brave détective, repéré par Christopher, se voit scellé lors d’une ballade en avion improvisée terminée par une chute mortelle. Satisfait de s’être débarrassé du « négro », notre malade mental s’occupe également d’une dame d’âge mûr, rencontrée à Mykonos, qui propose de rémunérer ses services sexuels. Hélas, le maniaque, peu sensible à ses charmes fatigués, lui urine copieusement au visage avant de la frapper violemment jusqu’à ce que mort s’en suive.

Les meurtres continuent avec l’inévitable barman lesbienne, Leslie, qui, séduite par Celia, finit le visage carbonisé à l’aide d’un aérosol et d’un briquet. La situation bourreau / victime s’inverse pourtant lorsque Celia est, à son tour, victime d’une tentative de viol commise par deux hippies complètement défoncés. Christopher réussit cependant à supprimer les deux agresseurs et parvient, en outre, à mettre sur leur dos la plupart des morts brutales survenues à Mykonos. Cependant, quand un romancier curieux vient poser des questions à Christopher et Célia, ces derniers, à présent conscient que l’étau se resserre, décident de fuir. L’insatiable sadique trouve toutefois le temps de violer une nouvelle jeune femme avant de la tuer d’un coup de faucille entre les seins.

Réfugiés à la campagne, les deux amants y découvrent les joies de l’hospitalité rurale : Celia est violée par un simple d’esprit qui, finalement, préfère les fesses de Christopher. Tabassé, sauvagement sodomisé puis balancé dans une fosse pleine de chaux vive, le sadique y attend une mort lente et douloureuse. Celia, pour sa part, abandonne son amant…qui était également son frère (l’inceste manquait, en effet, à la liste des tabous bafoués par le cinéaste) et file le parfait amour avec l’handicapé mental à la virilité surprenante. Lorsque la pluie se met à tomber, la chaux brûle le corps de Christopher…

Production de pure exploitation, ISLAND OF DEATH fut conçu dans le seul but de choquer, sans que l’on sache très bien les motivations profondes de Nico Mastorakis. Le regard posé sur le couple de tueurs sanguinaires, par exemple, reste flou et dénué de la moindre condamnation. La haine, l’homophobie viscérale, le racisme et le délire religieux de Christopher sont, par exemple, présentés de manière neutre, pour ne pas dire ambiguë. Le cinéaste attaque t’il l’hypocrisie des fanatiques en montrant son « héros » se livrer à la zoophilie et à l’inceste ? Le comportement du maniaque frôle en effet l’absurde et le paradoxal lorsqu’il utilise sa sœur comme appât pour une relation saphique tout en assassinant sauvagement les homosexuels et les « dévergondées » ? Mastorakis pousse t’il à la réflexion ou, au contraire, n’y a-t-il aucun discours sous-jacent, aucune note d’intention à chercher dans une démarche qui se limite à un étalage de dépravations ? La question reste posée…

De plus, si ISLAND OF DEATH se veut provoquant, il ne se départit jamais d’un ton léger, empreint d’un humour noir caustique, qui en rend finalement la vision aisée et très digeste, loin des futurs débordements de certaines productions volontairement malsaines. Drôle de cocktail, composé d’une foultitude de perversions mais, également, d’une retenue surprenante d’un cinéaste attentif à choquer son spectateur sans véritablement le mettre mal à l’aise.

Malheureusement, Mastorakis (ensuite responsable du thriller ONDE DE CHOC et du survival HEROES BOYS) peine à maintenir l’attention et la tension. Beaucoup trop long (une heure quarante-cinq !) en regard de la très simpliste histoire racontée, ISLAND OF DEATH débute de belle manière mais épuise rapidement son intérêt. Passé les premières scènes choc, le film se traine, hélas, en alternant scènes érotiques guillerettes et crimes sadiques quoique peu graphiques. Le scénario devient, en outre, de plus en plus confus et de moins en moins crédible, uniquement soucieux d’une démolition, sans la moindre finesse, des tabous sociaux.

La cohérence de l’intrigue ne semble guère la principale préoccupation de Mastorakis et le climax, complètement absurde et précipité, tient, lui, du foutage de gueule complet. Le simili « happy-ending » comprend, en effet, une romance improbable entre un violeur handicapé mental et la sœur du tueur fou agonisant dans une fosse emplie de chaux vive. ISLAND OF DEATH, dans son dernier quart d’heure, s’enfonce malheureusement dans les tréfonds du n’importe quoi assumé (?) et laisse, de ce fait, une impression négative au spectateur agacé.

La mise en scène de Mastorakis, pour sa part, manque de force et de hargne et, en dépit des atrocités commises, peine à transmettre un réel sentiment de malaise ou une véritable angoisse. Seule la prestation convaincante des deux acteurs principaux (la très séduisante Jane Lyle et le bien tordu Robert Bheling) confère une authentique plus-value à un long-métrage sinon plat et décousu. Les scènes érotiques, nombreuses, sont heureusement agréables et la plaisante plastique des actrices permet aux spectateurs mâles de se rincer l’œil, en particulier lors des passages saphiques, purement gratuits mais plaisants. Le gore, quoique bref, s’avère, pour sa part, efficace et les maquillages sont irréprochables, un bon point pour une production filmée avec des clopinettes. La musique, par contre, est rapidement assommante, surtout durant les scènes « touristiques » qui tiennent, à vrai dire, du remplissage et jouent des clichés des îles grecques ensoleillées où il fait bon flâner.

Dans l’ensemble, ISLAND OF DEATH se laisse voir sans trop d’ennui ni de déplaisir, la volonté transgressive du long-métrage compensant, du moins en partie, le manque de budget, de conviction et de suspense. Toutefois, le film demeure, aujourd’hui, essentiellement une curiosité, à réserver aux amateurs de cinéma déviant et malsain.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012