JACK L'EVENTREUR
Titre: Jack The Ripper
Réalisateur: Jesus Franco
Interprètes: Klaus Kinski

 

Josephine Chaplin
Andreas Mannkopff
Lina Romay
Herbert Fux
Nikola Weisse
Ursula von Wiese
Année: 1976
Genre: Horreur / Thriller
Pays: Suisse / Allemagne
Editeur  
Critique:

Adaptée de nombreuses fois avec plus ou moins de bonheur (et d’exactitudes historiques), l’intrigante histoire de Jack l’Eventreur donna lieu, en 1976, à une œuvre intéressante signée par un Jésus Franco prouvant, une fois n’est pas coutume, qu’il sait, parfois, proposer des métrages cohérents et soignés.

Le scénario s’attache au Dr Orloff, un médecin respecté et altruiste soignant les déshérités de Londres pratiquement gratuitement. Mais le praticien cache un lourd secret car, la nuit tombée, il erre dans les rues à la recherche de ses victimes hantant le quartier mal famés de Whitechapel. Dépassée et sans le moindre indice, la police peut seulement compter sur l’aide d’un aveugle ayant entendu la voix de l’assassin pour débusquer celui que la presse a déjà surnommé Jack l’Eventreur en raison de son horrible modus operandi. Devant les difficultés rencontrées pour coincer le maniaque Cynthia, la petite amie du chef inspecteur, décide de mettre elle-même un terme au règne de terreur du meurtrier. Déguisée en prostituée, elle cherche à le coincer quitte à tomber elle aussi sous les coups du maniaque.

Au milieu des années ’70, Jésus Franco, après avoir longuement collaboré avec le producteur anglais Harry Alan Towers, se tourne vers un nouvel investisseur, le Suisse Erwin C. Dietrich, spécialisé dans l’exploitation et même la « sexploitation » (LES EXPLOITS AMOUREUX DES 3 MOUSQUETAIRES, LES HOTESSES DU SEXE,…) qui finance le fameux « Women In Prison » FEMMES EN CAGE, lequel relance pratiquement à lui seul ce sous-genre cinématographique très particuliers. Les deux compères poursuivent dans cette voie via DES FEMMES POUR LE BLOC 9, DES DIAMANTS POUR L’ENFER ou ILSA ULTIMES PERVERSIONS mais proposent également quelques titres plus prestigieux et soignés comme ce JACK L’EVENTREUR de bonne facture.

Réalisé en 1976, une année faste pour Jesus Franco qui va tourner une bonne dizaine de longs métrages, cette version de JACK L’EVENTREUR constitue donc une belle surprise de la part d’un cinéaste ayant souvent versé dans la facilité. Même si les fans purs et durs de Franco (et il en existe des acharnés !) ne tiennent pas souvent le film en haute estime en lui reprochant, justement, son manque de folie, un public plus large saura par contre en apprécier la relative retenue, proche d’un académisme de bon aloi.

L’Eventreur, précurseur de tous les tueurs en série moderne, est ici incarné par l’excellent Klaus Kinski qui livre une performance convaincante et toute en névroses. La douceur de son personnage, respectable médecin la journée, contraste ainsi avec la brutalité dont il fait preuve lors de ses carnages nocturnes. Un véritable dédoublement de personnalité et une belle prouesse de l’acteur capable de modifier complètement ses manières et attitudes, passant sans transition et sans maquillage de « Jekyll » à « Hyde ». Pour sa quatrième (et dernière) collaboration avec Franco, Kinski offre donc au cinéaste une interprétation remarquable tirant réellement le métrage vers le haut. Malheureusement la prouesse du génial Kinski tranche résolument avec le reste de la distribution qui, hélas, ne se montre pas aussi inspirée, loin s’en faut !

Andreas Mannkopff, en particulier, échoue totalement à véhiculer la moindre émotion en dépit d’un personnage de flic, l’inspecteur Selby, plus travaillé que de coutume. Incapable d’arrêter le sadique, le policier vit en outre une relation conflictuelle avec sa petite amie et subit les pressions de ses supérieurs tout en se confrontant à une opinion publique hostile. Un personnage bien écrit qui aurait permis quelques scènes réussies si Mannkopff ne se montrait pas particulièrement insipide et peu inspiré. L’acteur, hélas, ne parait absolument pas concerné par son rôle et échoue totalement à susciter la sympathie, provoquant un désintérêt du spectateur regrettable. Dès que le métrage se focalise sur ce piètre héros, incapable d’offrir le contrepoids souhaité à la folie sanguinaire de l’Eventreur, l’intérêt retombe donc immanquablement. Dommage.

Quoique tourné à Zurich, JACK L’EVENTREUR parvient toutefois à capturer l’ambiance nocturne et brumeuse d’une Londres reconstituée, limitée à quelques éléments signifiants tels les ruelles ténébreuses, le pub enfumés et le bout de trottoir sur lequel déambule les prostituées. Partagé entre une ré-création historique et une fantaisie macabre, la capitale anglaise vue par Jesus Franco ressemble surtout à un lieu menaçant d’où peut surgir un prédateur sans pitié, l’iconique Eventreur terrorisant le quartier de Whitechapel. La photographie, aussi belle que pratiquement irréelle, accentue d’ailleurs ce sentiment d’angoisse proche d’un conte de fée macabre dont Kinski serait le Grand Méchant Loup.

En ce qui concerne la pure exploitation, Franco ne se prive pas de jouer la carte d’un certain érotisme et, surtout, de détailler les exactions du tueur en insistant sur les détails les plus graphiquement choquants. Mutilations et séquences gore sont au programme de ce JACK L’EVENTREUR n’hésitant pas à détailler les attaques d’un sadique décidé à mettre ses victimes en pièces. Une approche frontale et brutale de la violence à laquelle le cinéaste a habitué ses fans (et ses détracteurs) mais qui, pour une fois, fonctionne de manière très intéressante et sans totalement verser dans la gratuité.

En dépit d’une intrigue peu vraisemblable et d’un casting assez médiocre, Kinski excepté, JACK L’EVENTREUR constitue en définitive un solide thriller horrifique se situant bien au-dessus de la moyenne et possédant suffisamment de qualités (et d’éléments de pure exploitation !) pour contenter les amateurs. De la part d’un Jésus Franco nous ayant habitué à l’indigence de sous-produits érotico-sadiques fauchés c’est déjà beaucoup, pour ne pas dire inexpéré !

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2010