LES DENTS DE LA MER - 2ème PARTIE
Titre: Jaws II
Réalisateur: Jeannot Szwarc
Interprètes: Roy Scheider

 

Lorraine Gary
Murray Hamilton
Joseph Mascolo;
Mark Gruner
Jeffrey Kramer
Ann Dusenberry
Année: 1978
Genre: Epouvante / thriller / Sharksploitation / aventure
Pays: USA
Editeur  
Critique:

LES DENTS DE LA MER ayant pris la première place du box-office dès sa sortie (il faudra attendre LA GUERRE DES ETOILES pour le détrôner du sommet des films les plus rentables de tous les temps), l’idée d’une séquelle germe assez rapidement dans la tête des producteurs. Encore faut-il trouver un moyen de ramener une seconde fois un grand requin blanc près des plages de la station balnéaire d’Amity.

Le romancier Peter Benchley livre donc son traitement, Arthur C. Clark propose une intrigue à base de vaisseau spatial échoué au fond de l’océan et Robert Shaw souhaite développer un métrage entier sur la tragédie de l’USS Indianapolis, relatée dans le premier film.

Finalement, Howard Sackler et Dorothy Tristan se lance dans l’écriture, compliquée par le renvoi du premier réalisateur après un an de préparation n’ayant abouti à rien, le refus de Spielberg de reprendre les rennes du métrage et l’arrivée providentielle de Carl Gottlieb pour revoir le script. Un scénario acceptable est finalement écrit mais l’équipe doit encore enduré un tournage épuisant débuté au mois d’août et terminé juste avant les fêtes de Noël 1977. Tous ces problèmes entrainent en outre une hausse de budget qui, au final, dépasse les vingt millions de dollars. Une belle somme à cette époque (LA GUERRE DES ETOILES, la même année, ne coûte qu’environ treize millions) mais le résultat se montre heureusement à la hauteur des attentes, commercialement parlant, et LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE s’avère extrêmement rentable, rapportant au final plus de dix fois sa mise. Ce n’est que justice car, sans retrouver la perfection du métrage de Spielberg, le film s’inscrit immédiatement parmi les rares séquelles réussies de l’histoire du cinéma.

Tout débute par l’attaque de deux plongeurs près de l’épave de l’Orca, suivi par un accident de bateau à moteur. Le responsable est un nouveau squale, encore plus énorme que le précédent, venu hanter les eaux d’Amity. Après les événements traumatisants vécu quatre ans plus tôt, le chef de la police Martin Brody souhaite éviter de nouveaux drames et demande immédiatement la fermeture des plages. Malheureusement, devant le manque de preuves, les autorités préfèrent jouer la sourde oreille et Brody prend la situation en main en gardant lui-même les plages. Après avoir causé une panique en criant « au requin » devant un parterre de vacanciers batifolant joyeusement dans l’océan, Brody se retrouve sans emploi, viré de son poste de shérif. Peu après, il apprend que ses enfants, en dépit de ses mises en garde répétées, ont pris la mer pour participer à une régate. L’ancien policier file courageusement à leur secours tandis que le grand requin blanc commence un véritable carnage.

Une des premières qualités des DENTS DE LA MER 2ème PARTIE consiste à ne pas tenter de répéter le premier film mais à s’orienter dans une direction quelque peu différente, privilégiant l’action et les scènes chocs au détriment du suspense et de l’aventure maritime.

Appelé en remplacement de John D. Hancock (le réputé LET’s SCARE JESSICA TO DEATH), viré par la production, le Français Jeannot Szwarc prend le métrage en main et lui confère un rythme soutenu des plus appréciables. Parisien expatrié, Szwarc a déjà tâté de l’épouvante via de nombreux épisodes de la série télévisée « Night Gallery » et un intéressant premier essai, l’étrange et original LES INSECTES DE FEU. La suite de sa carrière sera malheureusement nettement moins concluante (SUPERGIRL, SANTA CLAUS) même si on retiendra néanmoins le splendide QUELQUE PART DANS LE TEMPS, probablement son (unique) véritable chef-d’œuvre.

Sans atteindre le niveau du métrage original, LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE se révèle toutefois une séquelle réussie, en particulier dans sa seconde moitié, au cours de laquelle une bande d’adolescents se trouve menacée par le requin. Contrairement à la majorité des productions horrifiques incluant des teenagers, LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE parvient à leur donner une certaine épaisseur via des réactions crédibles et des dialogues sonnant justes. Un bel effort de caractérisation même si la vedette reste évidemment Roy Scheider, reprenant de fort belle manière son rôle de shérif courageux en butte à l’imbécillité des autorités avides de profits.

Son épouse, Ellen Brody, revient également, toujours interprétée par Lorraine Gary qui se détournera ensuite des écrans, sa dernière apparition se situant dans le pitoyable LES DENTS DE LA MER IV – LA REVANCHE, après une « pause carrière » de près de dix ans. Dans le rôle du maire, Murray Hamilton (revu ensuite dans AMITYVILLE) compose à nouveau un personnage détestable et totalement corrompu par ses appétits financiers, prêt à négliger la sécurité de ses administrés pour davantage de profits. Hélas, Richard Dreyfuss, pour sa part, décline l’offre de rejoindre les plateaux de cette séquelle (il est alors occupé sur RENCONTRES DU TROISIEME TYPE) et une brève conversation nous apprend qu’il se trouve sur un navire de recherches. Il faudra attendre PIRANHA 3D, en 2010, pour retrouver son personnage de Matt Hooper lors d’une apparition sous forme de clin d’œil.

A côtés des acteurs humains, le requin surnommé Bruce se taille la part du lion en multipliant les attaques à l’encontre des pauvres habitants d’Amity. Plus grand que son prédécesseur, ce nouveau squale s’en prend à plusieurs bateaux avant, surenchère spectaculaire oblige, de couler un hélicoptère de secours. Szwarc détaille davantage l’animal que Spielberg mais le filme très adroitement afin de dissimuler les imperfections relatives des effets spéciaux, lesquels s’avèrent toutefois bien plus réussis que les piètres images numériques utilisées au cours des années 2000 par les nombreuses et lamentables imitations des deux premiers DENTS DE LA MER.

Les séquences d’attaque, quoiqu’atténuées par peur de la censure, fonctionnent et se révèlent brutales et surprenantes, le monstre déchiquetant la toile des bateaux ou fonçant vers ses proies telle une redoutable torpille. Des moments intenses mis en scène de façon plutôt talentueuse et pouvant compter sur une belle photographie transformant parfois le requin en un véritable monstre quasi surnaturel et couvert de cicatrices (sa gueule a été brûlée par de l’essence enflammée). Bref, une véritable icône du cinéma d’épouvante.

Même les passages plus anodins, comme la lutte de Brody contre les autorités, ou les réactions de la population, possèdent un intérêt certain et capturent l’ambiance à la fois banale (les intérêts financiers, les rivalités mesquines) et fantastique (le retour d’un squale mangeur d’hommes !) de la situation vécue par les différents intervenants.

Rythmé et efficace LES DENTS DE LA MER - 2ème PARTIE dispense un paquet de scènes à l’efficacité redoutables et se termine par un combat homérique entre le shérif Brody et le squale, les scénaristes ayant trouvé une nouvelle (et ingénieuse) manière de supprimer le grand poisson.

En deçà de l’original mais largement au-dessus des quelques cinquante (!) « sharksploitations » miteuses sorties au cours des trois dernières décennies, LES DENTS DE LA MER - 2ème PARTIE constitue un bel ajout au sous-genre des « agressions animales » (pour reprendre le nom d’un site spécialisé sur le sujet) et une excellente production capable d’offrir près de deux heures de divertissement de qualité. A revoir d’urgence et à réévaluer pour les sceptiques !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2010