LES DENTS DE LA MER 3-D
Titre: Jaws 3-D
Réalisateur: Joe Alves
Interprètes: Dennis Quaid

 

Bess Armstrong
Louis Gossett Jr.
Simon MacCorkindale
Lea Thompson
John Putch
P.H. Moriarty
Année: 1983
Genre: Epouvante / thriller / Sharksploitation / aventure
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Après l’énorme succès des DENTS DE LA MER et les bons scores réalisés par l’efficace LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE, l’idée d’une seconde séquelle germa rapidement chez les producteurs. Une parodie (« Jaws : 3 – People : 0 ») est d’abord envisagée pour être confiée à Joe Dante sur un scénario des troublions américains du National Lampoon’s.

Le projet sombre finalement corps et bien, la Universal changeant son fusil d’épaules en plein revival de la 3-D. Exploitée par des titres comme VENDREDI 13 – MEURTRES EN TROIS DIMENSIONS et AMITYVILLE 3D, le procédé devient le nouvel argument de vente des producteurs. Ces derniers, après avoir longuement envisagé un remake de L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR, engagent l’écrivain de science-fiction Richard Matheson pour rédiger un script convainquant après un premier jet livré par Guerdon Trueblood, auteur des téléfilms THE SAVAGE BEES et TARANTULA, LE CARGO DE LA MORT. Matheson accouche donc d’un concept original (un bébé requin terrorise un parc d’aventures aquatique avant que sa mère, bien plus dangereuse, n’entre dans la danse) qui, de réécritures en modifications diverses, n’a plus grand-chose à voir avec son idée de départ.

Carl Gotlieb, scénariste du premier film, revient pour sa part plancher sur les copies de ses prédécesseurs et livre un scénario pas vraiment réussi mais suffisamment orienté vers le bis pour contenter les plus indulgents.

Michael et Sean Brody, les enfants du chef de la police Martin Brody d’Amity, travaillent dans un immense parc d’attractions maritimes floridien nommé Sea World, dirigé par un certain Calvin Bouchard. « Le royaume sous-marin », une nouvelle et gigantesque attraction constituée de corridors permettant d’explorer les fonds océaniques en toute sécurité, s’apprête à ouvrir mais le plongeur Shelby disparaît peu avant l’inauguration. Michael Brody et sa copine Kathryn finissent par découvrir le disparu dont le corps a été attaqué et dévoré par un requin. Ils capturent également un bébé squale d’environ 2 mètres de long qu’ils décident de garder dans les bassins du Sea World. Mais sa mère, un énorme requin blanc de plus de dix mètres, revient à la charge…

Joe Alves, réalisateur de seconde équipe sur LES DENTS DE LA MER et LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE se voit promu au fauteuil de metteur en scène pour ce qui sera son unique réalisation, l’échec critique du métrage ayant tué dans l’œuf toutes ses prétentions artistiques.

Au casting, Dennis Quaid incarne Michael Brody, Roy Scheider ayant sagement refusé de reprendre son rôle (celui du chef de la police Martin Brody, dont nous apprenons le décès) une troisième fois. Dennis Quaid, vu par la suite dans L’AVENTURE INTERIEURE, ENEMY MINE, WYATT EARP, et DREAMSCAPE était alors au début de sa carrière et accédait là à un premier rôle. Malheureusement, son personnage très stéréotypé et dénué de la moindre épaisseur ne lui permet guère de démontrer ses talents d’acteurs.

A ses côtés, nous retrouvons Bess Armstrong (qui par la suite se consacrera quasi exclusivement à la télévision), Louis Gosset Jr (la tétralogie AIGLE DE FER mais aussi LES GRANDS FONDS, une autre adaptation d’un roman de Peter Benchley) et la débutante Lea Thompson, revue ensuite dans HOWARD LE CANARD, L’AUBE ROUGE et surtout la trilogie RETOUR VERS LE FUTUR. Tous ces acteurs sont au mieux juste passables et au pire franchement mauvais, peu aidés il est vrai par la bêtise abyssale des dialogues et la médiocrité de la plupart des scènes, lesquelles versent dans la parodie involontaire et le ridicule.

Envisagé en trois dimensions, LES DENTS DE LA MER 3D abuse donc très logiquement du procédé relief en expédiant de nombreux objets et autres bouts de décor vers le spectateur. Malheureusement, exploitée sans discernement, la 3D se montre rapidement épuisante, d’autant qu’en voyant aujourd’hui le film « en plat » (et il est très plat, d’ailleurs !) le spectateur se rend davantage compte de la médiocrité des effets spéciaux et de la bêtise de leur utilisation. Simple gimmick, la troisième dimension se voit reléguée au rang d’une quelconque attraction de fête foraine, destinée à offrir au public quelques sursauts dénués du moindre génie, Joe Alves s’amusant manifestement avec son « joujou »…pas si éloigné de l’usage que beaucoup en feront 25 ans plus tard d’ailleurs…

Néanmoins, LES DENTS DE LA MER 3D possède encore un certain potentiel de divertissement qui parvient à le sauver de la complète nullité. Quoique mal exploité, le concept du parc d’attractions aquatiques demeure intéressant et permet l’une ou l’autre séquence de panique relativement bien gérées. Même si le squale se montre pingre sur le nombre de victimes, les attaques gardent une petite efficacité et sauront contenter les amateurs de « sharksploitation ». Un joli contraste avec le reste du film, d’une rare mollesse et dépourvu du moindre rythme, l’essentiel du temps de projection étant consacré à de stériles et pénibles palabres dont l’intérêt voisines avec le zéro absolu.

A l’époque massacré (sans doute avec raison) par la plupart des critiques, LES DENTS DE LA MER 3D reste aujourd’hui toujours aussi médiocre mais s’est paré d’un certain charme nostalgique pour tous ceux qui l’ont découvert durant leur prime adolescence à la télévision. Bien plus divertissant que les innombrables décalques numériques signés Nu Image sorti au cours des années 2000 (la trilogie SHARK ATTACK et toutes les déclinaisons du style SHARK ZONE ou RAGING SHARKS), cette seconde séquelle d’un classique absolu se laisse donc voir d’un œil distrait par les inconditionnels de la « sharksploitation » et les fans de nanars.

Finalement plutôt sympathique dans son genre, LES DENTS DE LA MER 3D se revoit avec plaisir si on y convie pas mal de bières, du popcorn et quelques copains ayant dépassé la trentaine.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2010