LES DENTS DE LA MER IV: LA REVANCHE
Titre: Jaws: The Revenge
Réalisateur: Joseph Sargent
Interprètes: Lorraine Gary

 

Mario Van Peebles
Michael Caine
Lance Guest
Karen Young
Judith Barsi
Melvin Van Peebles
Année: 1987
Genre: Epouvante / thriller / Sharksploitation / aventure
Pays: USA
Editeur  
Critique:

S’enfonçant encore un peu plus dans la médiocrité, la saga des DENTS DE LA MER se termine avec ce quatrième et dernier épisode n’ayant pratiquement plus rien à offrir, même aux fans les plus acharnés de « sharksploitation ». Le scénario, tout d’abord, repousse les limites de la stupidité en proposant une intrigue tellement cornichonne que même le pire tâcheron de la série Z des années 50 en aurait eu honte.

L’idée consiste à affliger la famille Brody d’une malédiction qu’un requin gigantesque se chargerait d’accomplir. En effet, Ellen, la veuve du chef de la police Martin Brody de la police d’Amity, vit tranquillement avec son fils Sean au bord de l’eau. Or Sean est attaqué et dévoré par un squale de taille gigantesque…Ellen se persuade aussitôt qu’un grand requin blanc revanchards a pris pour cible sa famille et vole vers les Caraïbes protéger son fils ainé, Mike, menacé à son tour par la malédiction. Notons pour l’anecdote que LES DENTS DE LA MER IV ne fait aucunement référence aux événements décrit dans le troisième volet, oublié par les scénaristes qui tiennent compte uniquement des deux premiers métrages de la saga.

Difficile d’imaginer intrigue plus ridicule, à tel point que l’on se demande si certaines scènes n’ont pas été reprises telles quelles du fameux projet parodique avorté, « Jaws 3 - People 0 ». Mais non, le métrage se veut sérieux ce qui, évidemment, augmente fortement le potentiel humoristique de ce nanar involontairement hilarant. C’est d’ailleurs le seul semblant d’intérêt qu’il est possible de trouver à ce DENTS DE LA MER IV sinon lamentable à tous les niveaux.

La réalisation, pour commencer, se montre dénuée du moindre rythme et ne parvient pas à sauver l’entreprise, il est vrai quasiment sabordée dès le départ par l’imbécillité du script. Si Joseph Sargent a pratiquement consacré toute sa carrière aux téléfilms, on lui doit néanmoins quelques longs-métrages réussis, en particulier l’efficace thriller LES PIRATES DU METRO, le suspense d’anticipation LE CERVEAU D’ACIER et l’intéressant film d’épouvante à sketches EN PLEIN CAUCHEMAR. Un curriculum honorable auquel s’ajoute donc un paquet de productions destinées à la télévision qui laissaient espérer une troisième séquelle de bonne tenue après le peu convaincant LES DENTS DE LA MER 3D. Malheureusement il n’en fut rien, cet ultime volet de la saga étant clairement le plus mauvais, au point que l’on ne puisse pratiquement rien en sauver.

Les effets spéciaux, par exemple, sont, la plupart du temps, de très médiocre facture et le requin n’apparaît jamais menaçant, ressemblant surtout à une grosse bouée en plastique dotée d’une dentition impressionnante. Lors de la grande scène finale notre squale finit d’ailleurs par exploser comme une baudruche après avoir été éventré par un bateau. La séquence laisse songeur d’autant que la bestiole coule ensuite en laissant échapper de gros bouillons écarlates…un passage éminemment reconnaissable puisque provenant directement, via un stock-shot, du classique de Steven Spielberg. Désireux d’économiser de l’argent et d’atteindre la durée réglementaire, Joseph Sargent se laisse d’ailleurs aller à la facilité des flashbacks, tentant sans y parvenir de donner une pseudo cohérence à la saga.

Préférant jouer la carte de l’action et annihilant ainsi tout suspense, le cinéaste détaille son piteux poisson sous toutes les coutures, l’exposant généreusement en dépit de son manque manifeste de vraisemblance. Davantage de suggestion aurait probablement rendu LES DENTS DE LA MER IV plus digeste en accroissant la menace véhiculée par le Grand Blanc mais l’option choisie anéanti immédiatement toute possibilité d’angoisse. Reste quelques belles images filmées dans les paysages paradisiaques des Bahamas pour offrir un semblant d’intérêt touristique au métrage.

Au niveau du casting, pas de surprise, les interprètes, sont tous plus mauvais les uns que les autres. Lorraine Gary sort de sa retraite pour reprendre une dernière fois son rôle d’Ellen Brody (son précédent métrage était le 1941 de Spielberg sorti en 1979 et elle ne fit plus rien par la suite) et passe l’essentiel de son temps à pleurer à chaudes larmes. Une romance totalement insipide vient toutefois un peu meubler le scénario, la veuve éplorée finissant par se consoler dans les bras d’un marin au grand cœur interprété par un Michael Caine désastreux ayant depuis avoué avoir tourné le film uniquement pour l’argent et des vacances aux Bahamas. Lance Guest (STARFIGHTER, HALLOWEEN 2) complète le tableau, aux côtés de Mario Van Peebles (EXTERMINATOR 2) qui surjoue dans le style « le Noir sympa et déconneur » et de Melvin Van Peebles, le papa du précité. Un beau gâchis de talent !

Pour ne rien arranger, LES DENTS DE LA MER IV se termine d’une manière absolument aberrante, du moins dans sa version européenne, puisque le personnage de Mario Van Peebles, Jake, échappe à une mort certaine. En effet, Jake a été très clairement happé par le grand requin blanc lors du combat final mais cette fin déprimante fut modifiée au montage en dernières minutes. Dans la version sortie dans les salles de cinéma d’Europe, Jake s’en tire avec seulement quelques égratignures. Une incohérence supplémentaire pour un métrage qui n’en manquait pourtant pas, la seule surprise étant que ce happy-end soit réservé à l’Europe, alors que ce genre de remontage est habituellement destiné aux Etats-Unis.

Exemple parfait de la suite inutile et dernier avatar d’une saga en pleine déchéance artistique et commerciale (même si le film s’est finalement montré rentable), LES DENTS DE LA MER IV ne possède même plus le côté divertissant du précédent épisode. Rempli d’erreurs grossières, d’incohérences et d’invraisemblances, cette ultime séquelle s’inscrit résolument parmi les plus mauvais métrages de l’histoire du cinéma. A oublier, y compris pour les fans de la série est les plus ardents défenseurs de la « sharksploitation ».

Une revanche ? Non, un naufrage !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2010