JE SUIS A PRENDRE
Titre: Je suis à prendre / Take Me
Réalisateur: Francis Leroi
Interprètes: Brigitte Lahaie

 

Patrick Bruno
Karine Gambier
Jean Pierre Armand
Robert Le Ray
Dominique Aveline
 
Année: 1978
Genre: Erotique / Porno
Pays: France
Editeur  
Critique:

Grand classique du X français des seventies, JE SUIS A PRENDRE s’impose comme un des meilleurs exemples de « qualité française » dans le cinéma érotico-pornographique battant fièrement le pavillon « Alpha France ». La mise en scène classieuse de Francis Leroi qui fut, au côté de Gérard Kikoïne, un des rares cinéastes français intéressants ayant œuvré (presque) exclusivement dans le X élève immédiatement JE SUIS A PRENDRE bien au-dessus de la (souvent minable) concurrence.

Mais la distribution prestigieuse, la musique envoutante, la photographie souvent splendide et même le scénario plus intéressant que de coutume sont d’autres attraits de cette œuvre de haut niveau. Brigitte Lahaie, sans doute la plus grande star du genre en France, y est non seulement resplendissante mais également très convaincante et illumine littéralement l’écran de sa beauté naturelle et sensuelle. A ses côtés, nous retrouvons la voluptueuse Karine Gambier dans le rôle d’une soubrette experte dans les raffinements amoureux. Cette belle blonde quelque peu charnue débuta au milieu des années 70 et joua dans une poignée de X réputés, la demoiselle ayant eu le bon goût de toujours choisir des productions soignées sous la direction de metteurs en scène compétent. On la vit ainsi chez Frédéric Lansac (MES NUITS AVEC ALICE, PENELOPE, ARNOLD, MAUD ET RICHARD ainsi que le célèbre SHOCKING !), Burd Tranbaree (VEUVES EN CHALEUR), Jean Rollin (LA COMTESSE IXE) avant de la retrouver dans des productions soft comme LES CRIS D’AMOUR DE LA DEESE BLONCE de Jésus Franco.

Aux côtés de ces deux stars féminines on remarque l’inévitable stakhanoviste du hard, Jean-Pierre Armand (ici crédité sous le nom de Max Pardos) toujours en grande forme. Enfin, notons la présence de l’étonnant Robert Le Ray, acteur de second plan et doublure de Jean Gabin s’étant tourné vers le porno à plus de 70 ans pour jouer le pervers pépère besognant des demoiselles affriolantes en âge d’être ses petites filles dans une vingtaine de films hardcore. Il y a de plus sotte manière d’occuper sa retraite…

L’intrigue se veut, pour sa part, une variation sur le modèle d’HISTOIRE D’O mais se montre bien plus guillerette et tendre, animée d’un souffle libertin légèrement caustique très sympathique. Brigitte Lahaie incarne la belle Hélène, une jeune femme assez inexpérimentée que vient d’épouser le riche châtelain Bertrand, lequel aime se rendre dans un club libertin pour y vivre de multiples expériences érotiques. Bertrand délaisse régulièrement sa pourtant entreprenante épouse et l’abandonne dans sa demeure après lui avoir fait boire un verre de lait contenant une puissante drogue aphrodisiaque (Leroi détourne de manière amusante la symbolique du lait déjà présente dans le SOUPCONS d’Alfred Hitchcock).

JE SUIS A PRENDRE s’apparente donc à une classique intrigue d’initiation sexuelle (vue dans approximativement dix-sept milles pornos) mais la science de Francis Leroi consiste à garder aux ébats une atmosphère à la fois tendre et érotique, sans la moindre vulgarité, et même pourvue d’un véritable romantisme assez surprenant que l’on pourrait rapprocher par exemple de STORY OF JOANNA, le chef d’œuvre sulfureux de Gerard Damiano. Mais si le metteur en scène américain s’affirme pessimiste et cruel, Leroi, pour sa part, propose une vision beaucoup plus innocente et joyeuse de la sexualité.

Une première scène hard, peut-être la plus belle, se déroulera dans la campagne, Hélène étant prise par le palefrenier entre deux chevaux, dans une atmosphère sensuelle magnifiée par une photographie absolument superbe et un jeu sur la lumière caressant les corps d’une qualité exceptionnelle pour du X. Ce très beau travail de mise en scène se poursuit lors de la séquence suivante, débutant par une masturbation au godemichet de Brigitte Lahaie et se poursuivant par une étreinte lesbienne en compagnie de Karin Gambier. Un passage se concluant de fort belle manière par le souffle du vent automnal portant des feuilles dorées jusque sur les corps enlacés des deux jeunes femmes. Francis Leroi nous réserve encore une poignée de séquences chaudes, toujours très érotiques, dans laquelle il privilégie intelligemment les plans larges esthétiques aux close-ups gynécologiques qui deviendront la norme au cours de la décennie suivante.

Les amateurs de séquences très hard ou « jamais vues » pourront ainsi se montrer déçus devant le classicisme des situations proposées mais le public auquel s’adresse Leroi semble bien plus large que les simples « consommateurs de films de cul ». La beauté des actrices, l’excellent travail de photographie et la mise en scène étudiée, auquel s’ajoute une musique plutôt efficace, donnent au métrage un cachet rare dans le porno et lui confèrent un charme certain, le destinant tant aux hommes qu’aux femmes ou aux couples souhaitant découvrir un film pour adultes raffinés et somme tout très innocent dans sa démarche.

JE SUIS A PRENDRE s’inscrit directement parmi les meilleurs films érotiques français et Francis Leroi ne fit sans doute jamais mieux par la suite (sauf, peut-être, avec son excellent REVES DE CUIR). Bref, un pur « classique » et un des rares pornos à transcender les frontières de ce genre si décrier pour mériter sa reconnaissance parmi les véritables réussites du cinéma dit « traditionnel ».

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2009