JE SUIS VIVANT!
Titre: La corta notte delle bambole di vetro
Réalisateur: Aldo Lado
Interprètes: Jean Sorel

 

Ingrid Thulin
Mario Adorf;
Barbara Bach
Fabijan Sovagovic
José Quaglio
Piero Vida
Année: 1971
Genre: Giallo / Fantastique / Thriller
Pays: Italie / Allemagne / Yougoslavie
Editeur Neo Publishing
Critique:

Tourné en 1971, JE SUIS VIVANT ! constitue la première mise en scène d’Aldo Lado, lequel s’illustra, par la suite, avec une quinzaine de titres dont les très réussis QUI L’A VUE MOURIR ? et LE DERNIER TRAIN DE LA NUIT. Avec JE SUIS VIVANT !, Aldo Lado se lance dans la vague du giallo, alors en plein essor dans la Péninsule. Pourtant, le film prend immédiatement ses distances avec les machinations complexes chères à Umberto Lenzi ou les hécatombes meurtrières prisées par Dario Argento.

Dans un filon balisé, JE SUIS VIVANT ! trouve, en effet, son originalité et développe une atmosphère paranoïaque et oppressante par le biais d’une intrigue touffue, racontée en flashbacks par un homme considéré comme mort par son entourage.

Gregory Moore, un journaliste travaillant à Prague, reprend conscience sur une table d’hôpital. Son entourage ne se rend pas compte qu’il a été drogué et le considère comme décédé. Dans l’attente d’être autopsié durant un cours d’anatomie, Moore rassemble ses souvenirs à propos de sa dernière enquête, laquelle visait à retrouver sa petite amie, Mira, mystérieusement disparue. Moore, qui devait rentrer prochainement sur Londres, ne croit pas que Mira ait pu le quitter sans avertissement, d’autant que la jeune femme s’apprêtait à fuir l’oppression communiste en sa compagnie. Jessica, une ancienne maîtresse de Moore et Jack, un de ses amis, lui-aussi journaliste, semblent, de leur côté, avoir des idées très différentes concernant la disparition de Mira. Décidé à mener ses propres investigations et peu confiant dans la police officielle, Moore remonte une piste qui mène tout droit à un étrange nightclub, le « 99 », apparemment fréquenté par des satanistes.

A l’image de BOULEVARD DU CREPUSCULE, le premier film d’Aldo Lado transforme un mort (ou plutôt, dans le cas présent, un homme supposé décédé), le narrateur privilégié d’une intrigue labyrinthique située dans la très atmosphérique ville de Prague. Le cinéaste exploite donc de belle manière l’environnement de la capitale tchèque durant les temps troublés du communisme, pointant du doigt la corruption généralisée, l’inefficacité des forces de l’ordre, la peur du peuple, les disparitions inexpliquées et irrésolues, le besoin de distractions des nantis, souvent adeptes de plaisirs interdits,…

Tous ces éléments nourrissent le mystère principal : la disparition d’une jeune fille (la belle Barbara Bach), et l’enquête menée par son amant (le Français Jean Soreil, familier du genre pour avoir participé, entre autre, à PERVERSION STORY et au VENIN DE LA PEUR) pour la retrouver.

Finaud, Aldo Lado se sert du thriller pour livrer d’intéressantes considérations sociopolitiques, notamment via la parabole des papillons incapables de s’envoler, lesquels représentent une jeunesse aux idéaux brisés. Débarrassé des figures imposées du « filone » (pas de sadique aux gants noirs, pas d’érotisme agressif ni de gore gratuit), JE SUIS VIVANT ! se positionne en véritable curiosité, empruntant non seulement au giallo mais également au film politique, au drame et au fantastique pour accoucher d’un hybride pas toujours pleinement convaincant mais suffisamment fascinant pour emporter l’adhésion.

Certes, l’enquête policière manque de nerf et le long-métrage accuse un ventre mou préjudiciable mais sa première demi-heure, très efficace, et son final, peu crédible mais inoubliable, permettent de rester sur une impression largement favorable. Prague est, pour sa part, remarquablement photographiée sans verser dans le cliché touristique et la distribution se montre à la hauteur du sujet.

De son côté, la mise en scène du débutant Aldo Lado, très professionnelle, se focalise sur divers éléments (en particulier les papillons) et fait oublier les quelques errances de l’intrigue, pas toujours très vraisemblable mais globalement solide et bien construite.

A l’exception d’une chanson hippie très datée, la bande originale s’appuie, elle, sur la science du maestro Ennio Morricone qui accentue, par ses mélodies, la mélancolie dépressive de ce long-métrage très particulier, parfois handicapé par des dialogues médiocres, accentué, hélas, un doublage piteux.

Le climax, certes attendu, demeure d’une froideur sidérante et termine sur une note de cruel désespoir ce giallo atypique et plaisant qui s’élève largement au-dessus de la moyenne malgré ses indéniables faiblesses. Une vision conseillée aux amateurs de thrillers originaux.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2014