Dr JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO
Titre: Dr. Jekyll y el Hombre Lobo
Réalisateur: León Klimovsky
Interprètes: Paul Naschy

 

Shirley Corrigan
Jack Taylor
Mirta Miller
Barta Barri
José Marco
Luis Induni
Année: 1972
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Réalisé juste après le très plaisant LA FURIE DES VAMPIRES, ce nouvel épisode (le sixième) de la longue saga du lycanthrope Waldemar Daninsky ne se hisse malheureusement pas au même niveau et évite la confrontation espérée entre Mr Hyde et le loup-garou.

L’intrigue, conventionnelle durant sa première partie, débute dans les Carpates, région visitée par un couple d’Anglais parti en lune de miel. Après une halte près d’un vieux cimetière, les jeunes mariés sont agressés par une bande de truands qui tuent le mari et tentent de violer la demoiselle. Heureusement, Daninsky intervient, la sauve et la conduit dans son château où ils ne tardent pas à sympathiser. Traqué par la population locale pour ses tendances lycanthropes, Daninsky est ensuite ramené à Londres pas la jeune femme qui le conduit au petit fils du célèbre docteur Jekyll. Ce-dernier envisage de libérer le « Hyde » enfermé en Daninsky afin de combattre la malédiction…mais rien ne se passe comme prévu.

Réalisé par León Klimovsky, un habitué de l’épouvante hispanique ayant fréquemment dirigé Paul Naschy, Dr JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO se divise en deux parties, l’une située en Europe de l’Est, la seconde à Londres. La première moitié du métrage se conforme donc aux clichés habituels de la saga « El Hombre Lobo » avec son pauvre héros souffrant d’une cruelle malédiction, son environnement influencé par le gothique (vieilles pierres et châteaux lugubres), ses villageois énervés et ses demoiselles en détresse.

En dépit de son classicisme, ces trois quarts d’heures se révèlent plaisants et mouvementés, ce qui évite tout sentiment d’ennui malgré un rythme plutôt assoupi accentué par une mise en scène paresseuse et un montage languissant. La suite, hélas, déçoit car la confrontation entre notre loup-garou préféré et le docteur Jekyll n’a pas lieu : sous l’influence de la célèbre potion, Waldemar Daninsky se transforme lui-même en Hyde, permettant à l’infatigable Naschy de jouer ce personnage légendaire au cœur du swingin’ London des années hippies. Hélas, la présence de Hyde ne sert pas à grand-chose dans cette intrigue : le monstre commet quelques meurtres et drague les jeunes filles dans les boites de nuit. Inévitablement, notre homme se transforme en loup-garou à l’appel de la pleine lune et, couvert de fourrure, poursuit ses méfaits.

Dr JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO s’avère un divertissement sympathique mais très mineur, y compris par rapport aux autres films de la saga Daninsky. La première moitié du métrage se regarde sans déplaisir mais peine à passionner en raison de son classicisme et la seconde, plus originale, ne se hisse pas à la hauteur des attentes. La rencontre ente un loup-garou et Mr Hyde au milieu du Londres des années hippie laissait présager un délire joyeusement anachronique mais le film reste trop conventionnel et manque de folie pour emporter l’adhésion.

Cependant, tout n’est pas négatif pour autant. Les maquillages, par exemple, possèdent un côté vieillot appréciable qui les rapprochent des grands classiques de la Universal auquel Naschy aime se référer. Le gore et la nudité, eux, sont plus en accord avec les outrances des années ’70 mais restent relativement timorés, en particulier dans la version censurée du film, distribuée aux Etats-Unis, qui dure seulement 73 minutes (contre 96 pour l’intégrale).

Aux côtés de Paul Naschy, l’amateur reconnaîtra avec plaisir Jack Taylor, vétéran américain souvent vu sous la caméra de Jésus Franco. Shirley Corrigan, familière du cinéma érotique et second rôle dans l’excellent LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE apporte, de son côté, l’indispensable atout charme du long-métrage. Si Naschy semble en pilotage automatique dans son rôle le plus fameux, il demeure néanmoins l’attraction principale de ce Dr JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO auquel il apporte son indéniable conviction et son amour respectueux des grands mythes de l’épouvante.

Produit de série fauché et vieillot à maints égards, Dr JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO n’est ni un classique du fantastique espagnol ni une grande réussite mais reste plaisant pour les nostalgiques d’un cinéma populaire aujourd’hui totalement disparu. C’est à eux, et sans doute à eux seuls, que le film s’adresse à présent.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012