SURVIVANCE
Titre: Just Before Dawn
Réalisateur: Jeff Lieberman
Interprètes: Deborah Benson

 

George Kennedy
Gregg Henry
Chris Lemmon
Ralph Seymour
John Hunsaker
 
Année: 1980
Genre: Survival / Slasher / Horreur
Pays: USA
Editeur Mad Movies
3 /6
Critique:

Cinq jeunes campeurs partis se ballader dans les montagnes de l'Oregon tombent sur un dangereux malade mental qui les tue un par un. Même si il est sorti en plein boom du slasher (et en possède certains éléments), SURVIVANCE se rapproche bien davantage des survivals comme LA COLLINE A DES YEUX et, surtout, DELIVRANCE, comme le souligne sans finesse le titre français choisi. On peut déjà souligner les quelques efforts consentis par Jeff Lieberman afin d'élever un tant soit peu son propos.

La caractérisation des personnages, quoique rudimentaire, évite les clichés de rigueur (style, l'allumeuse, la pucelle, le fumeur de oinj, le blagueur et le gros macho sont dans une forêt…qui reste vivant au petit matin?) mais ne cherche pas midi à quatorze heure pour autant. Au niveau du casting, citons George Kennedy (qui fut de tous les AIRPORT et ensuite de Y-A-T'IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE et ses suites) et Chris "fils de Jack" Lemmon même si c'est la peu connue Deborah Benson qui livre la seule performance réellement mémorable du métrage. Les interprètes sont donc corrects et, dans le cinéma horrifique à petit budget, ce n'est déjà pas si mal. Malheureusement, l'ensemble n'est pas véritablement palpitant pour autant.

Le principal problème de SURVIVANCE réside sans doute dans son manque manifeste de rythme. Si Lieberman réussit parfois à donner à son métrage une certaine atmosphère, la plupart du temps, l'ennui s'installe, d'autant que les choses sérieuses ne débutent véritablement qu'après plus de 50 minutes. Atmosphère, atmosphère…certes! Mais également un manque de véritable frisson et une absence préjudiciable de suspense tant tout cela paraît tiré en longueur, pour ne pas dire languissant. Heureusement, l'action devient plus tendue au cours de la dernière demi-heure, jusqu'à l'inévitable confrontation de l'héroïne et du maniaque, lequel est finalement neutralisé de fort belle - et originale - manière.

Un petit twist pas trop mal imaginé est également de la partie mais, néanmoins, SURVIVANCE laisse une désagréable sensation d'inachevé: la famille de dégénérés eut, par exemple, mérité un meilleur traitement, au lieu de les voir reléguer au rang d'épouvantails. L'ensemble ne va malheureusement pas beaucoup plus loin que la simple extérmination d'un groupe de jeunes par un tueur mystérieux et muet. Rien de franchement original, avouons-le!

Les clichés sont également de la partie, en particulier le vieux qui sait tout, personnage récurrent du slasher avertissant les imprudents du danger. Des jeunes qui se séparent à tout bout de champ pour faciliter le travail du meurtrier, selon une tactique plus tard raillée par Bigard: "même à deux, il faut qu'ils fassent deux groupes de un!" Quelques scènes surprennent cepandant: le passage introductif situé au début, avec sa brutale intromission d'une machette dans le fondement d'une victime, augure du meilleur. Ce sera pourtant la seule séquence véritablement gore de ce métrage.

Si le sang est rare, les frissons authentiques ne sont malheureusement pas beaucoup plus présents, en dépit d'une scène frissonnante au cours de laquelle le bras du maniaque agrippe soudain une baigneuse en bikini. Reste l'aspect indéniablement photogénique de cette impressionnante forêt, cette nature sauvage qui ne fait pas de cadeau aux cinq jeunes partis imprudemment l'explorer, permettant parfois une tension réellement efficace.

Le potentiel gâché de SURVIVANCE subsite donc uniquement par intermittence, souligné par la musique électronique efficace et quelques mouvements de caméra un peu plus ambitieux et étudiés que dans la masse de slashers indistincts sortis à la même période. Au sujet de la musique, il faut pourtant avouer que celle-ci intervient peu, le métrage utilisant généralement une simple bande son illustrative composée de bruits naturels (chute d'eau, vent dans les feuillages et autres animaux) qui manquent un peu de l'intensité nécessaire à générer la peur.

Jeff Lieberman a donc livré un produit standard qui bénéficie aujourd'hui d'un semblant de culte, entretenu par la personnalité de son réalisateur, artisan discret et honnête ayant quelques productions sympathiques à son actif, en particulier l'amusant NUIT DES VERS GEANTS et le récent AU SERVICE DE SATAN.

Le tout se laisse voir mais disparaît rapidement des mémoires, d'autant que l'édition DVD est souffre d'une image largement en-deça des possibilités du support. Pour un spectateur vierge de toute attente, SURVIVANCE pourra sembler correcte mais, vu le pseudo-culte et la réputation qui entour le métrage, l'œuvre de Jeff Lieberman est, indéniablement, décevante.

Dans le genre slasher / survival on a vu mieux (DELIVRANCE, LA COLLINE A DES YEUX) mais également bien pire, comme en témoignent les nombreuses séries Z à base de tueur trucidant dans les bois. SURVIVANCE se situe donc, très exactement, dans la moyenne. Ni suffisamment bon pour s'avérer mémorable et certainement pas assez raté pour devenir amusant au deuxième degré. Une position peu enviable, donc!

Fred Pizzoferrato - Février 2007