LE JUSTICIER CONTRE LA REINE DES CROCODILES
Titre: Golok Seant / The Devil's Sword
Réalisateur: Ratno Timoer
Interprètes: Barry Prima

 

Gudhy Sintara
Advent Bangun
Enny Christina
Rita Zahara
Kusno Sudjarwadi
 
Année: 1984
Genre: Fantasy / Action / Horreur
Pays: Indonésie
Editeur  
Critique:

Contrairement à ses homologues hongkongais, italien ou espagnol (voire même philippin), le cinéma bis indonésien reste relativement méconnu en nos contrées. Quelques titres ont pourtant échoués dans les salles obscures au milieu des années 80 (entre autre la trilogie LE GUERRIER avec la star locale Barry Prima) tandis que la regrettée K7 vidéo nous permettait de découvrir des perles comme CAUCHEMAR (un décalque des Freddy) ou NASTY HUNTER (du sous Terminator érotico kitsch !).

Bien plus tard, le dvd nous offrit l’une ou l’autre friandise tel LES TROIS FURIES DU NINJA ou l’effarant LA REVANCHE DE SAMSON lequel traumatisa des hordes d’amateurs prêt à s’agenouiller devant le film comme les Chhevaliers de la Table Ronde devant le Saint Graal.

Ayant jadis eu droit à une sortie en France, LE JUSTICIER CONTRE LA REINE DES CROCODILES constitue un incroyable métrage dont la naïveté laisse pantois le spectateur occidental, d’autant que cet infantilisme sidérant voisine avec un érotisme très gentillet (dans le style d’une publicité pour Tahiti Douche en plus prude) et, surtout, avec une bonne dose de gore généreux.

Conjuguant la tradition du péplum et le cinéma d’arts martiaux avec une intrigue typiquement heroic fantasy, LE JUSTICIER CONTRE LA REINE DES CROCODILES nous présente un fier héros viril appelé Mandala, lequel connaît sans doute davantage les mandales que le zen. Bref, notre combattant aura fort à faire pour combattre la cruelle Reine des Crocodiles, laquelle désire ardemment (voire hard-amant) un certain Sanjava, le fils du chef d’un quelconque village indonésien. Ce con de Sanjava, fiancé, ne veut pas finir dans la grotte souterraine de la souveraine, auprès de ses serviteurs reptiliens, de ses servantes sexys et de ses esclaves sexuels. Banyu Jaga, le cruel bras droit de la Reine, décide donc de massacrer tous les villageois pour venger la reine de cet affront. Le carnage commence lorsqu’un cavalier déboule, courant vers l’aventure au galop : il se nomme donc Mandala et parvient à vaincre Banyu Jaga. Malheureusement, Sanjava est toutefois enlevé et emmené dans le repaire de la méchante Reine des Crocodiles. Mandala et la fiancée de Sanjava entament dont une quête pour retrouver l’épée du diable, arme légendaire forgée à partir d’une météorite capable d’anéantir une fois pour toute la Reine et ses hommes crocodiles.

LE JUSTICIER CONTRE LA REINE DES CROCODILES s’inscrit dans une tradition naïve du cinéma où tous les excès sont permis. Les effets spéciaux renvoient donc aux plus belles heures du péplum fauché ou même du serial d’antan, avec des rochers en carton, des maquillages probablement confectionné avec de la pâte à modeler, des lasers grattés à même la pellicule et des effets d’apparition et de disparition directement hérités de Mélies. Les Hommes Crocodiles promis par le titre sont d’ailleurs incroyablement ringards, simples figurants portant un masque de simili saurien en caoutchouc et un costume risible alors que leurs bras et jambes, eux, sont purement humains. Difficile d’ailleurs de savoir s’il s’agit de véritables Hommes Crocodiles ou de soldats costumés, en tout cas nos méchants manient d’impressionnantes épées dentelées ressemblant furieusement à des lames de tronçonneuses. D’où quelques bastons homériques animées par un Barry Prima enthousiaste dans la distribution de claques et coups de pieds.

Véritable star du cinéma indonésien, Barry Prima, né en 1955, débuta sa carrière en 1978 avec un film d’aventures au pays des cannibales, PRIMITIF. Mais il faudra attendre 1981 pour que Prima trouve la consécration en incarnant le défenseur de l’Indonésie Jaka Sembung, alias LE GUERRIER, rôle qu’il reprit d’ailleurs à deux reprises. Dans le rôle du « Justicier », Prima se montre plutôt limité au niveau de l’interprétation mais comme le scénario ne lui demande jamais de paraître autre chose qu’un gros balèze au cœur pur et au torse viril, notre ami reste relativement convaincant. Ce qui n’est pas le cas, avouons le, du reste de la distribution, composée d’acteurs de secondes zones et de cabotins gesticulant. Même si Prima est en authentique combattant formé au Taekwondo, les affrontements de ce film ressemblent davantage à des démonstrations de patronage qu’à des duels bien dirigés tant les chorégraphies s’avèrent approximatives.

Mais qu’importe, LE JUSTICIER CONTRE LA REINE DES CROCODILES compense ces faiblesses en balançant de belles éclaboussures écarlates à intervalles réguliers car les adversaires, non content de se filer des baffes sonores, se découpent en rondelles et se décapitent dans la joie et la bonne humeur. Un spectacle grand-guignolesque dont la portée nanar pourra amuser les plus réceptifs, les rayons lasers sortant des mains des méchants ou les corps coupés en deux se recollant immédiatement rappelant les comics de super-héros les plus déjantés.

Le scénario, très simple, se contente pour sa part d’illustrer le schéma classique de la fantasy et semble issu d’une session de jeu de rôle organisée par un maître débutant. Epée magique, méchante reine, cyclope ridicule, repaire souterrain, esclaves sexuel(le)s, séides mi homme mi crocodiles, pièges mortels et ancien ami du héros devenu une infâme crapule, LE JUSTICIER CONTRE LA REINE DES CROCODILES ne s’embarrasse pas de subtilité.

Le cinéaste, n’ayant peur de rien, surenchérit d’ailleurs dans le comique involontaire via des séquences assez effarante mais préfère ne pas s’en soucier et foncer à 100 à l’heure, multipliant les clichés tout en distillant un spectacle tonique et amusant. Toute cette bonne volonté donne un spectacle à la fois familial dans sa naïveté sidérante et cependant riche en scènes sanglantes confectionnées avec les moyens du bord susceptibles. Une décoction relevant pratiquement de l’amateurisme mais susceptibles de plaire aux nostalgiques de Hershell Gordon Lewis et autres trublions du gore bis. Un soupçon d’érotisme et beaucoup de scènes sidérantes de bêtise achèvent de transformer ce long-métrage en une authentique curiosité exotique même si l’ensemble reste, objectivement, médiocre.

Les cinéphiles sérieux fuiront probablement avant même la fin du générique, les amateurs de nanars bien reléves devraient y trouver un certain plaisir. Choisis ton camp, camarade !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009