KEOMA
Titre: Keoma
Réalisateur: Enzo G. Castellari
Interprètes: Franco Nero

 

William Berger
Woody Strode
Olga Karlatos
Donald O'Brien
 
 
Année: 1977
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur Wild Side
5 /6
Critique:

Keoma, un jeune homme d'origine indienne, retourne dans son village natal et retrouve son père adoptif. Mais la région subit la domination du cruel Caldwell. Evidemment, un peu malgré lui, Keoma devra rendre justice. KEOMA est un étrange western italien, réalisé à une époque où le genre avait disparu pour laisser la place au gore ou au space-opera.

Son réalisateur, Enzo G. Castellari, est un familier des grands espaces, déjà auteur de cinq titres dont les plus connus sont sûrement TUEZ LES TOUS ET REVENEZ SEUL ou DJANGO PORTE SA CROIX. Ensuite, comme la plupart de ses collègues, il tomba dans le pompage pur et simple des grands succès du box-office et enchaîna des titres aussi sympathiques qu'anodins comme LES NOUVEAUX BARBARES, LES GUERRIERS DU BRONX et LA MORT AU LARGE.

Ici, il livre un Western très étrange, aux lisières du fantastique parfois. Ecrit par Luigi Montefiori, alias George Eastman (le fameux "antropophageous" en personne!), le scénario fut finalement jugé peu satisfaisant et Castellari improvisa, selon ses dires, la majeure partie du métrage. Etonnamment, le cinéaste parvint pourtant à garder à l'ensemble une certaine cohérence et imbrique même de nombreux flash-back bien amenés. La musique, elle aussi, est assez bizarre: on pense à un croisement entre Leonard Cohen et Morricone. Les premières projections se firent d'ailleurs avec une musique test qui utilisait des morceaux de Cohen ou de Dylan. Le résultat final emprunte donc cette direction avec une chanson assez déroutante qui revient à intervalle régulier expliciter, par son texte, ce qui se déroule sous les yeux du spectateur. Un procédé ensuite repris dans plusieurs Westerns italiens de la même époque. Beaucoup de spectateurs n'apprécient guère ce score inhabituels (certains disent même qu'il ruine le métrage) et affirment qu'avec une musique épique signée Morricine, KEOMA aurait été un chef d'oeuvre digne de Leone, Sollima ou Corbucci. Peut-être. En tout cas, cette partition bizarre et décalée lui donne une certaine originalité et s'harmonise plutôt adéquatement avec le climat quasi fantastique qui se dégage des images.

La mise en scène, pour sa part, est plutôt travaillée, avec un paquet de plans étonnants et bien ficelés: un concours de tirs filmé depuis l'arrière de la cible par exemple. Le montage, la gestion des flash-backs et de nombreux passages un peu "décalés" sont également fort bien pensés, comme si ces conditions de tournages improvisées et bordéliques avaient stimulés l'imagination des intervenants. Au niveau de l'interprétation, elle est dominée par un étonnant Franco Nero, avec son look entre Jésus, Jim Morrison en fin de carrière et un hippie revenu de Katmandou compose un individu mémorable qui marqua durablement les consciences des fans de Western italiens. L'ambiance générale est assez efficace et flirte avec un certain onirisme, voire avec un fantastique latent. Le film présente, par exemple, un personnage de vieille femme en noir qui semble être la mort incarnée. Bizarre.

KEOMA constitue donc, en quelque sorte, le chant du cygne du Western italien, inspiré à la fois par les outrances des cinéastes de la Péninsule et par les témoins américains de la fin de l'Ouest comme COUP DE FEU DANS LA SIERRA ou LA HORDE SAUVAGE de Sam Peckinpah. Les cow-boys savent que la fin est proche et leur désespoir jaillit au rythme des balles tirées par les six coups, annonçant déjà les ballades crépusculaires comme L'HOMME DES HAUTES PLAINES et le PALE RIDER de Clint Eastwood, avec leur pistolero revenus d'entre les morts. KEOMA mérite donc bien sa réputation de classique du genre et s'impose comme le chef d'œuvre de Castellari.

Fred Pizzoferrato - Otobre 2006