LA PETITE SOEUR DU DIABLE
Titre: Suor Omicidi
Réalisateur: Giulio Berruti
Interprètes: Anita Ekberg

 

Paola Morra
Alida Valli
Massimo Serato
Joe Dallesandro
Lou Castel
Daniele Dublino
Année: 1979
Genre: Horreur / Thriller / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Née dans les années ’70 suite au succès de LES DIABLES de Ken Russell, la nunsploitation constitue un sous-genre intéressant du cinéma populaire ayant fréquemment mélangé l’érotisme avec des éléments fantastiques ou horrifiques liés à la religion. LA PETITE SŒUR DU DIABLE reste cependant l’exemple le plus célèbre d’une authentique fusion entre la nunsploitation érotique et l’épouvante.

Tourné en italien mais filmé à Bruxelles avec un casting international surprenant, le métrage doit une partie de sa célébrité à sa présence sur la liste des « video nasties » établies par les censeurs anglais au début des années ’80. Un honneur immérité tant le film se révèle terne, y compris au niveau du sexe et de la violence graphique.

L’intrigue se centre sur Sœur Gertrude, opéré quelques mois plus tôt d’une tumeur bénigne. Depuis, la religieuse hypocondriaque a développé une peur panique du cancer et se croit malade, en dépit d’examens médicaux réguliers lui assurant sa parfaite santé. Sœur Gertrude est également complètement accro à la morphine, ce qui entraîne de graves disfonctionnement dans son travail au sein d’une maison de retraite. Sexuellement frustrée et se croyant condamnée à brève échéance, la nonette s’offre un peu de bon temps en compagnie d’un inconnu avec lequel elle fait l’amour à la sauvette. Une nouvelle venue, Sœur Mathieu, tombe pour sa part amoureuse de Gertude et décide de la protéger en couvrant ses problèmes mentaux.

Lorsque des meurtres surviennent dans l’établissement de soin, Sœur Gertrude se voit soupçonnée en dépit des efforts de son amante pour dissimuler les indices de sa culpabilité. Mais est-ce bien Gertrude qui commet tous ces crimes ?

Elue Miss Suède en 1950, Anita Ekberg, née en 1931, débute une prolifique carrière dans les années ’50 en tournant, par exemple, dans le GUERRE ET PAIX de King Vidor ou aux côtés de Jerry Lewis dans UN VRAI CINGLE DE CINEMA. C’est néanmoins LA DOLCE VITA qui la rend célèbre et Ekberg devient une des actrices récurrentes de Fellini, pour lequel elle tourne encore LES CLOWNS, BOCCACE 70 et INTERVISTA. Quoiqu’ayant pratiquement la cinquantaine, Anita Ekberg lorsqu’elle tourne LA PETITE SŒUR DU DIABLE demeure séduisante et donne beaucoup de crédibilité à son personnage tourmenté même si on la devine peu à l’aise dans les passages « chaud ».

Dans la grande scène de séduction hétérosexuelle, l’actrice garde ainsi ses vêtements et échoue à communiquer la frénésie sensuelle censée l’habiter. Les séquences lesbiennes, pour leur part, sont tout aussi modérées et Ekberg manque de passion face à une Paola Morra bien plus délurée et crédible. Cette dernière, ancienne playmate, jouait là son septième et dernier rôle au cinéma après être apparue dans LA CHAMPIONNE DU COLLEGE et INTERIEUR D’UN COUVENT.

Alida Valli (vue dans SUSPIRIA et INFERNO) incarne, pour sa part, la Mère Supérieure. Enfin, la figure culte du cinéma indépendant des années ’70, Joe Dallesandro (JE T’AIME MOI NON PLUS, CHAIR POUR FRANKENSTEIN, TRASH,…) joue Roland, l’un des médecins de l’institution avec une apathie confinant au « je m’en foutisme » complet.

Réalisé avec professionnalisme par Guilio Berruti, LA PETITE SŒUR DU DIABLE fonctionne essentiellement comme un giallo, présentant une série de meurtres mystérieux dans un lieu confiné. La sexualité réprimée, le tabou de la chair et un traumatisme ancien sont, comme souvent, au cœur d’une intrigue dont le spectateur aura la solution (fort prévisible) durant les dernières minutes. L’érotisme, indissociable du sujet, se montre bien présent mais relativement timide comparé aux standards de la nunsploitation.

Excepté quelques nudités intégrales (féminines mais aussi masculines) et une scène de sexe sous la pluie impliquant un paralytique, LA PETITE SŒUR DU DIABLE reste timoré. Guère réussis, les passages sexy échouent à émoustiller le spectateur et témoignent de l’inaptitude du cinéaste à proposer un véritable spectacle d’exploitation. Les rares scènes gore ne sont guère plus marquantes et paraissent aujourd’hui bien tièdes même si Guilio Berruti réussit, parfois, à conférer à son film une atmosphère intéressante, aidé par une bande sonore efficace et prenante.

En dépit d’une durée réduite (à peine plus d’une heure et vingt minutes), LA PETITE SŒUR DU DIABLE manque de mordant pour passionner. Son rythme, assoupi, aurait sans doute nécessité davantage de punch et de rebondissements, la sous-intrigue policière, proche du giallo, étant prévisible et la partie nunsploitation pas assez érotique pour fonctionner par elle-même. Ceux qui espèrent un métrage sulfureux en seront donc pour leur frais, l’inclusion de ce titre dans la liste des « video nasty » étant probablement dû à l’aspect choquant des amours saphiques entre religieuse.

Mélange improbable de nunsploitation, de giallo, d’érotisme et d’épouvante, LA PETITE SŒUR DU DIABLE se laisse voir sans déplaisir mais ne restera guère dans les mémoires. Le métrage s’apprécie comme une curiosité pour les amateurs de bizarreries cinématographiques mais n’en reste pas moins un ratage et ce en dépit de quelques passages divertissants.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011