KING KONG S'EST ECHAPPE
Titre: Kingu Kongu no gyakushû /
La Revanche de King Kong /
King Kong Escapes / King Kong's counterattack
Réalisateur: Ishirô Honda
Interprètes: Rhodes Reason

 

Linda Miller
Akira Takarada
Mie Hama
Hideyo Amamoto
Haruo Nakajima
 
Année: 1967
Genre: Kaiju Eiga / Science Fiction
Pays: Japon / USA
Editeur  
Critique:

Au début des années ’60, la Toho achète les droits de King Kong pour porter à l’écran une vieille idée de Willis O’Brien (concepteur des effets spéciaux sur KING KONG et SON OF KONG), qui souhaite opposer le singe géant à un monstre de Frankenstein gigantesque. L’idée évolue et l’adversaire de Kong devient finalement Godzilla, lequel n’a pas encore atteint sa popularité ultérieure (ce sera seulement sa troisième apparition sur les grands écrans) mais reste un combattant de choix.

En dépit de l’énorme succès rencontré par KING KONG CONTRE GODZILLA, la Toho rechigne à produire un second métrage consacré au gorille géant et préfère investir pour un quatrième Godzilla. Parallèlement, l’idée d’O’Brien refait surface via un saugrenu FRANKENSTEIN CONQUIERT LE MONDE, coproduction américano nippone qui connaîtra elle-même une séquelle intitulée LA GUERRE DES MONSTRES.

Si les investisseurs japonais sont réticents à produire une nouvelle aventure du Roi des Singes, l’achat des droits (on parle de 200 000 dollars, colossal pour l’époque !) de KING KONG encourage cependant le tournage d’un second film afin de rentabiliser cet investissement. De plus, une série télévisée « King Kong » coproduite par la Toei et le studio américain Rankin-Bass passe alors sur les petits écrans et relance l’intérêt pour le Gorille Géant. La Toho propose finalement, en 1967, cet aberrant mais très plaisant KING KONG S’EST ECHAPPE.

L’intrigue débute avec le voyage du sous-marin nucléaire américain Explorer dans les eaux du Pacifique Sud. La mission, menée par le commandant Carl Nelson et son second, l’officier Jiro Nomura, a pour objectif de découvrir de nouveaux gisements pétrolifères mais le navire passe à proximité d’une mystérieuse île nommée Mondo où, selon la légende, vit le fameux singe géant King Kong. Les deux militaires expliquent à la jolie infirmière de bord, Susan Watson, la vérité sur l’île de Mondo juste avant que l’Explorer, victime d’une avarie, ne soit contraint de regagner la surface.

Faisant d’une pierre deux coups, le commandant met le cap sur l’île de Mondo afin de se frotter à la légende de l’anthropoïde monstrueux. Nelson, Nomura et Susan partent donc en exploration tandis que l’équipage effectue les réparations nécessaires, tombant rapidement sur un dangereux dinosaure, appelé plus tard Gorosaurus. Heureusement, les cris de Susan amène King Kong à la rescousse et le singe géant tue sans difficulté le Gorosaurus avant de tomber classiquement amoureux de la demoiselle. L’Explorer rentre ensuite à New York où une conférence de presse annonce au monde l’existence de King Kong.

Pendant ce temps, dans sa base située au Pôle, le diabolique Dr Who (rien à voir avec la célèbre série télévisée homonyme) découvre un gisement « d’élément X » qu’il compte exploiter à son profit. Pour cela, le Dr Who a volé au commandant Nelson une série de dessins représentant King Kong et s’en sert pour construire un énorme robot simiesque, baptisé Mecha Kong. Malheureusement, l’androïde ne supporte pas les hautes radiations et le Dr Who voit son plan échouer lamentablement, à la consternation d’une splendide espionne asiatique surnommée Madame X. La seule solution, selon le savant fou, consiste à capturer le véritable King Kong et à l’utiliser comme esclave docile dans sa mine d’élément X.

Cependant, une fois enlevé et ramené au quartier général du Dr Who, le gorille, qui connaît ses classiques, s’échappe et marche vers Tokyo. Dans la capitale japonaise, le Roi des Singes entame un combat mortel avec son adversaire métallique, l’invulnérable Mecha Kong…

Exemple typique du kaizu eiga de la fin des années ’60, KING KONG S’EST ECHAPPE propose un traditionnel combat de catch entre monstres géants, agrémenté d’un scénario science-fictionnel délirant tenté par l’espionnage alors en vogue. Une recette éprouvée et usée à l’excès par les innombrables GODZILLA qui se succèderont ensuite, finissant par lasser la majorité des spectateurs.

KING KONG S’EST ECHAPPE, pour sa part, demeure relativement divertissant, en partie grâce à la personnalité de King Kong qui reste, aujourd’hui encore, l’archétype et le grand ancêtre des monstres géants du cinéma. Malheureusement, l’animal souffre d’un costume particulièrement miteux et ridicule et ses expressions faciales suscitent davantage le rire que l’émotion.

Dommage qu’après avoir investi tant d’argent pour orchestrer le retour du Singe, les pontes de la Toho se soit montrés si pingre sur son apparence. Au niveau des méchants, le Dr Who compose un très caricatural super-vilain, escorté de la jolie Madame X et surtout de son monstre mécanique, l’impressionnant mais pas vraiment convaincant Mecha Kong. Les plans de domination mondiale du Dr Who possèdent pour leur part tout le charme excessif souhaité mais gardent un minimum de réalisme et de cohérence en évitant de sombrer dans le portnawak involontaire.

Le scénario se révèle même plutôt bien conçu, dans les limites d’un genre très codifié évidemment, et la structure choisie confère au métrage un rythme soutenu en alternant les agissements du méchant, les actes des héros et les destructions orchestrées par King Kong. Les duels de monstres, quoique sévèrement handicapés par les piètres effets spéciaux, restent, eux, agréables et énergiques en dépit de chorégraphies pataudes.

Essentiellement destinée à un jeune public, KING KONG S’EST ECHAPPE s’avère, au final, distrayant et se suit sans ennui, ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut, de tous les Kaiju Eiga des années ’60. Si on oublie ses nombreux défauts, et à condition d’apprécier les combats de catch folkloriques entre créatures gigantesques écrasant des maquettes, le résultat est très consommable et même franchement divertissant.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011