KING RISING - IN THE NAME OF THE KING
Titre: In The Name of the King
Réalisateur: Uwe Boll
Interprètes: Jason Statham

 

Leelee Sobieski
John Rhys-Davies
Ron Perlman
Kristanna Loken
Ray Liotta
Burt Reynolds
Année: 2007
Genre: Fantasy
Pays: Allemagne / Canada / USA
Editeur  
Critique:

Difficile de ne pas éprouver une certaine sympathie pour Mr Uwe Boll, sans doute le cinéaste le plus détesté de tous les temps à tel point que tous ses films sont systématiquement descendus par la quasi-totalité du public et de la presse. La haine à l’égard de Boll a atteint de telle proportion que les spectateurs n’attendent même plus d’avoir réellement vu les œuvres du bonhomme pour les assassiner sur des sites spécialisés comme l’Internet Movie Database. Honnêtement HOUSE OF THE DEAD ou BLOODRAYNE ne méritent aucunement leur réputation de bouses intergalactiques, ce sont simplement de petites séries B divertissantes à ne pas prendre au sérieux. Et POSTAL se révélait plutôt drôle avant que STOIC prouve que Boll peut emballer un vrai bon film. KING RISING, en revanche, est indéniablement raté.

L’intrigue se base – évidemment ! – sur le jeu vidéo Dungeon Siege et débute par les exactions d’une armée de monstres nommé Krugs mais qui ressemblent surtout à des Uruk-Hai échappé du SEIGNEUR DES ANNEAUX. Dans ce monde pacifique dirigé par le noble Roi Konreid, un affreux sorcier nommé Gallian tente de s’emparer du pouvoir aidé par le neveu du Roi. Au cours d’une bataille un fermier orphelin nommé simplement Farmer (mais on devine immédiatement son noble héritage !) perd son fils alors que sa femme est enlevée par les affreux Krugs. Notre Farmer part donc en guerre et les affreux monstres n’ont qu’à bien se tenir, on ne rigole par avec lui !

Uwe Boll, en dépit de sa réputation calamiteuse, parvient toujours à rassembler des casting de haute volée dans ses long-métrages et la perspective de retrouver Jason Statham, Burt Reynolds, Ray Liotta et quelques autres semblait prometteuse. Hélas il faudra vite déchanter tant ces prestigieux interprètes paraissent à côté de la plaque. Statham, dans le rôle du héros intrépide, s’en sort de manière passable mais ne parvient absolument pas à convaincre en fermier davantage préoccupé par sa famille que par les guerres dévastant le royaume. Perpétuellement à la recherche de son costume Armani et de sa grosse bagnole, Statham se croit manifestement toujours dans un quelconque TRANSPORTEUR et ne paraît s’animer que lors des séquences martiales d’ailleurs piètrement chorégraphiée.

A ses côtés la belle Leelee Sobieski traverse le métrage d’un air hagard et Burt Reynolds, récompensé (!) d’un Razzie pour son rôle de monarque bienveillant restent un minimum potables. Par contre impossible de ne pas hurler devant la performance hallucinante d’un Ray Liotta tellement mauvais que sa performance finit par provoquer le sourire complice des amateurs de cabotinage complet. Au petit jeu de la pire interprétation Liotta se voit pourtant coiffé au poteau par un Matthew Lillard absolument insupportable de nullité. John Rhys-Davis et Ron Perlman, pour leur part, composent des personnages simplistes et s’ennuient probablement beaucoup en gesticulant dans leur costume moyenâgeux, comptant les billets entre chaque prise en rêvant à des projets plus ambitieux, ANACONDAS IV pour l’un (oui, enfin peut-être pas finalement) et HELLBOY II pour l’autre.

Difficile toutefois d’en vouloir vraiment à des acteurs chargés de donner vie à une série de silhouettes stéréotypes et unidimensionnelles tenant lieu de personnages pour une intrigue prévisible et sans intérêt. Déjà vu trop souvent dans les années 80 (à l’époque des imitations bon marché de CONAN), le scénario déroule une progression très classique ressemblant davantage à une campagne de jeu de rôle hâtivement gribouillée qu’à une histoire digne de ce nom. Les méchants Krugs sont à peine exploités et se contentent de gesticuler en poussant des cris bestiaux (même si la scène où ils se catapultent contre les ennemis après s’être volontairement embrasés reste amusante) et les amazones forestières font simplement de la figuration, Uwe Boll n’ayant même pas envie, apparemment, de rendre son KING RISING un tant soit peu sexy.

Au niveau de la mise en scène rien de très intéressants : quelques plans assez photogéniques voisinent avec beaucoup de séquences d’une rare platitude. A plusieurs reprises Boll louche sur Peter Jackson et emballe des scènes référentielles mais sans la moindre ampleur ou souffle épique. La forêt enchantée apparaît ainsi comme un banal bosquet et les châteaux ressemblent surtout à de jolis décors bien propres.

KING RISING s’adresse donc essentiellement à un public jeune et Boll ménage les sensibilités en gommant judicieusement toute violence, se refusant à laisser couler la moindre goutte de sang ou détournant pudiquement la caméra lors des mises à mort. Les moins de 12 ans pourront probablement excuser les nombreuses faiblesses de l’intrigue et les interprétations approximatives pour se laisser porter par le souffle de l’aventure, même si celui-ci parait bien faiblard.

Cette série B mal ficelée possède pourtant un certain charme, à l’image d’une « conanerie » italienne du début des années 80, mais peine à soutenir l’attention durant deux heures. On tremble d’ailleurs à l’idée de se taper le director’s cut plus long de trois quart d’heure !

En tant que divertissement d’Heroic Fantasy familial et sans prétention, KING RISING se laisse donc voir distraitement même si on se demande où ont bien pu passer les 60 millions de dollars de budget, si ce n’est dans la poche des prestigieux acteurs.

Un coup d’épée dans l’eau !

Fred Pizzoferrato - Juin 2009