L'HORRIBLE INVASION
Titre: Kingdom of the Spiders
Réalisateur: John "Bud" Cardos
Interprètes: William Shatner

 

Tiffany Bolling
Woody Strode
Lieux Dressler
Davic McLean
Natasha Ryan
 
Année: 1977
Genre: Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Les invasions animales furent à la mode durant les années ’70, le succès des DENTS DE LA MER poussant les producteurs à lâcher sur les écrans des hordes de créatures féroces. Deux possibilités s’offrent alors aux scénaristes : envisager un seul animal, généralement énorme et affamé (GRIZZLY LE MONSTRE DE LA FORET, LE GRAND ALLIGATOR,…) ou privilégier l’attaque en force. Pour la seconde option, le grand modèle reste évidemment LES OISEAUX et, dans une moindre mesure, PIRANHAS, sorti en 1978.

L’HORRIBLE INVASION, pour sa part, s’inscrit dans une année faste en bestioles agressives puisqu’on note également, en 1977, TARANTULA LE CARGO DE LA MORT et L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES. Les araignées velues, disposant d’un potentiel répulsif immédiat, furent d’ailleurs de petites vedettes du cinéma d’exploitation des seventies puisqu’on les rencontre dans des titres aussi divers que MYGALE (1975) ou le très médiocre L’INVASION DES ARAIGNEES GEANTES. Bref, une vague de métrages à rendre arachnophobe le spectateur le plus résistant qui culmina avec la sortie de L’HORRIBLE INVASION, sommet du genre d’ailleurs toujours inégalé trois décennies plus tard et ce malgré une poignée de réussites sympathiques comme ARAC ATTACK et surtout ARACHNOPHOBIE.

L’intrigue commence de manière très classique par l’enquête d’un vétérinaire du Sud des Etats-Unis sur les mystérieux décès d’animaux d’élevage. La découverte d’un immense nid d’araignées oriente naturellement ses soupçons sur les bestioles en dépit du scepticisme général. Une scientifique, venue à la rescousse, lui apprend que les pesticides ont entrainés des mutations, les tarentules étant à présentes pourvues d’un venin cinq fois plus redoutable que la normale. Bientôt des millions d’arachnides s’en prennent à la petite ville…

 

L’HORRIBLE INVASION s’appuie sur un casting solide de trognes bien connues, dominées par la présence de William STAR TREK Shatner. A ses côtés on retrouve la mignonne Tiffany Bolling, familière de la télévision vue également dans le petit « classique » trash THE CANDY SNATCHER. Enfin, citons la participation du vétéran Woody Strode, gueule de western (IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST, LA COLLINE DES BOTTES, KEOMA) que l’on reverra par la suite dans MORT OU VIF, HORROR SAFARI ou VIGILANTE.

Le scénario de L’HORRIBLE INVASION reprend un schéma bien connu et s’inspire à la fois des nouvelles apocalyptiques de H.G. Wells (comme SOUDAIN…LES MONSTRES), des DENTS DE LA MER (la petite ville s’apprêtant à vivre une fête que le maire ne veut pas annuler, le flic d’abord incrédule puis décidé à combattre la menace,…) et bien sûr des OISEAUX avec ses survivants sans cesse harcelés par les animaux déchaînés. Les personnages ne sont bien sûr pas franchement développés mais bénéficient cependant d’un minimum de caractérisation afin de faciliter l’identification et l’empathie du public. Une relation amoureuse conflictuelle, classique mais bien menée, donne même un petit plus à l’ensemble (à noter d’ailleurs qu’un triangle amoureux problématique existait également dans le roman de Peter Benchley ayant inspiré LES DENTS DE LA MER, laissé de côté par la version cinématographique) et rend la situation encore plus dramatique.

Cependant, la véritable réussite de cette HORRIBLE INVASION réside dans l’utilisation d’authentiques araignées qui grouillent littéralement, par centaines, sur les courageux comédiens, lesquels les repoussent, les saisissent à mains nues ou finissent carrément par en être couverts de la tête aux pieds. Impressionnant et même répugnant pour les arachnophobes, John Bud Cardos ne ménageant pas ses effets et traitant son histoire plutôt sérieusement sans négliger quelques touches d’humour. Le cadre western et la musique country utilisée à contre-emploi donnent, pour leur part, un relief supplémentaire aux nombreuses agressions animales.

La séquence où les milliers de tarentules envahissent la petite ville pour ramper sur des cadavres momifiés par leur toile s’avère d’ailleurs exemplaires et, dans ce registre, seuls LES OISEAUX et PIRANHAS peuvent rivaliser avec l’impact de ces moments de terreur pure. La conclusion, elle aussi terrifiante et mémorable, termine en outre cette HORRIBLE INVASION sur une note des plus positives.

Acteur, producteur, cascadeur et cinéaste, John Bud Cardos ne devait hélas jamais réitéré cette réussite, se contentant de modestes productions bis aujourd’hui oubliées comme THE DARK, MUTANTS ou LES BANNIS DE GOR. Mais on se souviendra néanmoins de lui comme du réalisateur de cette excellente HORRIBLE INVASION et comme il est douteux qu’on refasse un jour un film dans de telles conditions (la protection des animaux n’aimerait sans doute pas le traitement réservé aux araignées !), on peut considérer qu’il s’agit d’un véritable (petit) classique de l’épouvante des seventies…

A voir ou à revoir !

Fred Pizzoferrato - Novembre 2009