KNIFE OF ICE (LE COUTEAU DE GLACE)
Titre: Il coltello di ghiaccio / Silent Horror / Knife of Ice
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Carroll Baker

 

Alan Scott
Evelyn Stewart (Ida Galli)
Eduardo Fajardo
Silvia Monelli
George Rigaud
Franco Fantasia
Année: 1972
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Ce giallo d’Umberto Lenzi débute par une citation d’Edgar Allan Poe qui clarifie le titre puisque, selon le célèbre écrivain « la peur est un couteau de glace ». Une jolie entrée en matière pour une œuvre atypique qui prend habilement ses distances avec les conventions coutumières du thriller à l’italienne. En 1972, Lenzi, venu du western et de l’aventures en costumes, a déjà réalisé une poignée de « sexy giallo de machinations » (PARANOIA, SI DOUCES SI PERVERSES et ORGASMO), une adaptation d’Edgar Wallace (LE TUEUR A L’ORCHIDEE) et le méconnu AN IDEAL PLACE TO KILL.

Par la suite, le cinéaste poursuivra son exploration du giallo avec SPASMO et EYEBALL avant de devenir un des rois du polar musclé puis un spécialiste du « film de cannibales » avec des titres comme CANNIBAL FEROX qui, tout divertissant qu’ils soient, éclipseront malheureusement le reste de sa carrière, nettement plus riche et intéressante. KNIFE OF ICE, par exemple, prend ses distances avec le schéma routinier du thriller et impose son originalité.

La belle Martha Caldwell (L’ancienne star hollywoodienne Carroll Baker reconvertie dans le bis italien, un peu contrainte et forcée, à l’approche de la quarantaine) vit en compagnie de son oncle Ralph dans une vaste propriété espagnole. Depuis la mort tragique de ses parents survenue dans un accident de train auquel elle assista âgée de seulement treize ans, Martha est restée muette mais son entourage ne désespère pas de la voir recouvrer l’usage de parole, son handicap étant purement psychologique.

Hélas, la cousine de Martha, Jenny (Evelyne Stewart, alias Ida Galli, une des reines du giallo) est victime d’un mystérieux assassin et les forces de l’ordre craignent que Martha soit la prochaine cible du maniaque. La police rattache rapidement cette affaire à un crime commis quelques temps auparavant et un marginal, hippie et adorateur de Satan, est arrêté. Mais, en dépit de l’incarcération de ce bouc émissaire idéal, les meurtres continuent…

Vaguement inspiré du classique DEUX MAINS LA NUIT de Robert Siodmak (dont l’influence sur les giallos des seventies est aujourd’hui indéniable), KNIFE OF ICE constitue un thriller bien mené au suspense soutenu. Il s’éloigne volontairement de la formule, déjà usée en 1972, du « filone » italien pour trouver sa voie propre, entre le giallo et le récit policier traditionnel, sans oublier une pincée d’épouvante générée par un climat lugubre.

En quête d’originalité, Lenzi renonce aux éléments les plus tapageurs du giallo et limite au maximum la violence et l’érotisme. Plutôt que de s’appuyer sur des effets chocs éventés, le cinéaste privilégie au contraire une atmosphère angoissante et une progression de l’intrigue efficace, centrée sur la personnalité de Martha. Incarnée de manière convaincante par Carroll Baker, la jeune femme apparaît comme fragile et vulnérable, minée par un traumatisme adolescent l’ayant privé de l’usage de la parole.

Via des flashbacks et des plans soigneusement choisis, Umberto Lenzi cerne les difficultés de cette muette devenue la proie d’un mystérieux assassin qui resserre ses filets autour d’elle et de son entourage. L’identité du meurtrier, révélée bien évidemment lors du climax, constitue une belle surprise et préfigure, pour sa part, de nombreux « films à twist » ultérieurs. Une révélation d’autant plus percutante que Lenzi ne ménage pas les fausses pistes et prend soin de présenter plusieurs coupables possibles dont quelques criminels potentiels, filmés de manière ambiguë et inquiétante.

Lenzi pointe successivement du doigt un jeune hippie adepte des drogues et des rites démoniaques, l’oncle de l’héroïne, également versé en occultisme, le chauffeur de la maison, Marcos, dont les yeux sont dissimulés par ses lunettes aux verres miroirs et d’autres suspects. Si certains seront rapidement étiquetés par les familiers du genre comme de faux coupables, trop manifestement louches pour ne pas être innocents, KNIFE OF ICE marque des points par l’introduction d’une sous-intrigue à base de rituels sataniques. Un bel effort d’originalité qui permet au long-métrage de se démarquer des structures souvent codifiées, voire rigides, des giallos, même si d’autres films ont utilisé avec bonheur cet arrière-plan démoniaque, en particuliers L’ALLIANCE INVISIBLE ou THE PERFUME OF THE LADY IN BLACK.

Davantage soucieux d’atmosphère que de meurtres sanglants, Umberto Lenzi emballe son intrigue de manière rigoureuse et s’appuie sur l’excellente prestation de Carroll Baker pour compenser les quelques facilités du scénario.

Visuellement réussi, KNIFE OF ICE se développe adroitement et parcourt les haut-lieux de la peur (un cimetière par exemple), alternant déambulations nocturnes et scènes diurnes baignées de soleil dans lesquelles des brumes intrusives se manifestent de manière menaçantes.

En refusant l’attirail habituel du genre, Umberto Lenzi accouche d’un giallo atypique mais passionnant, sans doute sa meilleure contribution au thriller italien et un petit classique méconnu, à redécouvrir d’urgence pour les amateurs, d’autant qu’il maintient constamment l’intérêt jusqu’à sa conclusion, surprenante et mémorable.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012