KNOCK KNOCK
Titre: Knock Knock
Réalisateur: Eli Roth
Interprètes: Keanu Reeves

 

Lorenza Izzo
Ana de Armas
Aaron Burns
Ignacia Allamand
Colleen Camp
 
Année: 2015
Genre: Thriller
Pays: USA
Editeur
Critique:

Après le retard de sortie du piteux THE GREEN INFERNO, Eli Roth revient déjà sous les projecteurs avec un modeste thriller défendu par un Keanu Reeves dont les choix de carrière semblent de plus en plus discutables.

Reprenant le postulat du DEATH GAME de 1977 (alias CA PEUT VOUS ARRIVER DEMAIN lors de sa sortie vidéo française) avec Sondra Locke et Colleen Camp (laquelle bénéficie ici d’un caméo en forme de clin d’œil au temps qui passe), le cinéaste raconte une histoire très simple (déjà reprise dans l’espagnol VICIOUS AND NUDE de 1980): l’architecte Evan Webber reste un week-end dans sa grande maison isolée afin de travailler pendant que sa parfaite épouse emmène ses deux enfants, tout aussi parfaits, à la plage. Le soir venu deux jeunes femmes atterrissent chez lui et le séduisent avant de l’attacher et de le soumettre à différentes tortures.

Très prévisible, KNOCK KNOCK introduit son principal protagoniste, un architecte joué (de manière peu convaincante) par un Keanu Reeves en roue libre qui se perd rapidement dans le cabotinage. Bon père de famille menant une existence en apparence idyllique, le bonhomme (ancien DJ barbu adepte du vinyle et de l’herbe, une sorte de définition du cool donc) succombe aux avances très explicites de deux fausses ingénues mais vraies chaudasses qui tirent parti de la situation pour lui détruire sa vie. « Une nuit peut tout vous coûter » annonce l’accroche publicitaire de ce thriller linéaire qui ne possède quasiment aucun rebondissement susceptibles de relancer un intérêt défaillant.

L’idée, qui en d’autres temps, aurait pu donner un bon épisode d’une série d’angoisse se voit ainsi étirée au–delà du raisonnable par un cinéaste qui se refuse en outre à verser dans la pure exploitation. En dépit de prémices laissant espérer une bande subversive, racoleuse et ouvertement sexualisée, Roth reste dans le « sexy thriller » grand public et limite les scènes scabreuses. La seule séquence un peu déviante et sympathique (une des demoiselles oblige Reeves à coucher avec elle après qu’elle ait revêtu le costume d’écolière de sa fille) sombre dans le ridicule (comment ce costume peut-il être à sa taille ?) et échoue à susciter le malaise. Durant 90 minutes, KNOCK KNOCK cherche son ton sans jamais le trouver. Il oscille entre drame, thriller, comédie et satire vulgaire camouflée façon conte de fée perverti et volontiers moralisateur : « si tu fricotes avec des nymphettes il va t’arriver des bricoles » semble le (seul ?) message d’une entreprise bien trop languissante pour convaincre.

De plus, les deux comédiennes irritent rapidement par une surenchère lassante et se limitent à jouer les tarées hystériques qui rient à gorge déployée, saccagent la maison et organisent des jeux cruels pour punir Reeves. Ce-dernier ne trouve d’ailleurs jamais le ton juste, lui non plus, entre indifférence, cabotinage et comique involontaire : certaines répliquent outrées paraissent tellement hors de propos qu’on se demande où Roth veut en venir. Voir Reeves, martyrisé, justifier son infidélité en hurlant « it was like a free pizza » reste un bon moment de rigolade ou, au contraire, de consternation. Cela donne en tout cas un peu de vie à un récit anémique.

Seule la scène finale, volontiers réactionnaire, amuse en justifiant les sévices commis à l’encontre d’un type infidèle qui aurait « bien cherché » ce qui lui arrive. Et qui, à l’heure d’Internet, du tout-connecté et des réseaux sociaux, passera très vite de victime à salopard profiteur. Ce bon moment (5 minutes dans un ensemble très vain) ne peut sauver la platitude des 90 précédentes mais, au moins, termine ce KNOCK KNOCK très classique sur une note (un peu) plus positive. Mais insuffisante pour sauver les meubles.

Trop mou, trop gentil, pas assez trash, pas suffisamment complaisant, Eli Roth loupe le coche et la révélation de l’âge des deux salopes (supposées âgées d’une quinzaine d’années durant la majorité du film, elles ont, en réalité, 21 ans – la morale est sauve) constitue un exemple de plus du manque d’audace d’un cinéaste bien trop réservé pour emporter l’adhésion.

Fred Pizzoferrato - Novembre 2015