KRAKEN LE MONSTRE DES PROFONDEURS
Titre: Kraken: Tentacles of the deeps
Réalisateur: Tibor Takacs
Interprètes: Charlie O'Connell

 

Victoria Pratt
Kristi Angus
Cory Monteith
Jack Scalia
Aleks Paunovic
 
Année: 2006
Genre: Fantastique / Aventures / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Petite production à l’origine destinée à la télévision, KRAKEN débute de manière archi-éculée : un couple et leur enfant, prénommé Ray, s’offre une ballade sur un bateau, dans un lieu nommé le Détroit de la Désolation. Alors que la soirée se déroule pour le mieux, un gigantesque calamar surgit et seul le gamin survit…

25 ans plus tard, Ray a grandi, est devenu un photographe sous-marin roulant sa bosse autour du monde mais reste obsédé par l’animal monstrueux ayant tué ses parents. Suite à un concours de circonstances, Ray apprend qu’une nouvelle attaque du calamar a eu lieu et il décide de retourner au Détroit de la Désolation. Sur place, le photographe se joint à une chasse au trésor en compagnie d’une belle blonde désireuse de mettre la main sur une légendaire Opale. Mais une seconde équipe de chasseur de trésors se lance dans la course tandis que le redoutable calamar géant commence à décimer les plongeurs.

Débutant comme un très classique décalque des DENTS DE LA MER, le téléfilm de Tibor Takacs (THE GATE, LECTURE DIABOLIQUE puis une pelletée de sous-produits destinés aux vidéoclubs ou la télévision) s’oriente ensuite vers une course au trésor censé meubler quelque peu le temps de projection. Cette sous-intrigue à base de méchants pilleurs d’épaves varie un peu la donne et éloigne KRAKEN du schéma traditionnel des « films de grosses bêtes » en le rapprochant même de d’un autre romans de Peter Benchley, adapté à l’écran sous le titre LES GRANDS FONDS. Pour rester près de l’écrivain signalons également que son THE BEAST (lui aussi porté sur les petits écrans via une mini-série) mettait en scène une pieuvre géante.

Bref, Takacs mixe un peu ces diverses influences pour accoucher d’un produit se voulant un tant soit peu plus original que les innombrables téléfilms de Sci-Fi Channel traitant d’agressions animales. Hélas, rien n’est vraiment convaincant et l’intrigue se traîne souvent péniblement, le métrage se focalisant sur les combines des gangsters au détriment des attaques du monstre marin, pas assez nombreuses pour contenter l’amateur. La nature légendaire du calamar reste elle-aussi sous-exploitée : même si on signale qu’il s’agit d’un monstre veillant sur une Opale séculaire, beaucoup de questions resteront sans réponses.

Le Kraken n’est d’ailleurs pas l’attraction principale de l’intrigue et se trouve relégué au second plan, se contentant de l’une ou l’autre attaques isolées afin d’animer cette histoire d’archéologues à la poursuite d’un trésor antique. Au niveau des acteurs, KRAKEN divise les protagonistes en « bons » et « méchants », ces derniers étant classiquement tout de noir vêtu. Bien sûr, ils fument de gros cigare et ricanent à intervalles réguliers à l’idée des mauvais tours qu’ils vont jouer aux héros et des richesses dont ils vont s’emparer. Du cliché à l’état pur. Néanmoins, Victoria Pratt se montre relativement convaincante dans son rôle d’archéologue sexy et s’avère bien mignonne, le cinéaste la filmant presque uniquement dans un mini bikini très seyant. Charlie O’Connell tente lui aussi de donner un minimum d’épaisseur à son personnage de baroudeur des mers et joue avec une certaine conviction. Un contraste sévère avec le reste de la distribution, les acteurs et actrices de second plan, uniformément mauvais, ne parvenant pas à injecter une once de crédibilité dans leur interprétation.

Autre point faible de ce style de production, les effets spéciaux visuels sont franchement catastrophiques : images de synthèse horribles, animations défaillantes et modélisation hasardeuse. Absolument risible, d’autant que les scènes d’attaques nocturnes, pour leur part, se révèlent nettement plus efficaces. Malheureusement, Tibor Takacs préfère exposer sa bestiole en pleine lumière et filmer d’affreux CGI de piètre qualité plutôt que de jouer la carte de la suggestion. Dommage, d’autant que la confrontation finale, dans l’obscurité, se révèle pour sa part assez bien menée et relativement convaincante compte tenu du budget sans doute très restreint à la disposition des responsables des effets spéciaux. Cependant cette scène, visiblement inspirée par 20 000 LIEUES SOUS LES MERS, se montre décevante et trahit une impression de bâclage assez désagréable, la mort du monstre étant carrément ratée. Ce piètre « anti-climax » termine le métrage sur une note fort négative alors que les 20 minutes précédentes avait remonté le niveau général du film. Dommage.

Quelques traits d’humour sont heureusement présents : Ray lisant « 20 000 Lieues sous les mers » avant l’attaque de l’animal aquatique ou deux ou trois répliques référentielles, du « nous allons avoir besoin d’un plus gros bateau » directement piqué aux DENTS DE LA MER à « Sa place est dans un musée » emprunté à INDIANA JONES. La photographie sous-marine, pour sa part, s’avère assez agréable et de belle qualité, le métrage parvenant alors à ne pas paraître trop fauché. Une décapitation bien amenée et l’un ou l’autre passage légèrement gore ponctuent l’action mais KRAKEN reste timoré et sans véritable punch, la plupart des attaques se limitant à un tentacule surgissant des flots suivi d’un bouillonnement rougeâtre. Peu à se mettre sous la dent pour les amateurs de gore ou même de frisson, le cinéaste échouant à générer le moindre suspense.

Exemple typique de la petite série B emballée sans aucun génie, KRAKEN se contente d’offrir au spectateur le service minimum, à savoir une intrigue très linéaire déjà vue et revue, quelques jolies filles en bikini, une poignée d’attaques plus ou moins (surtout moins en fait) sanglantes et un final anti-climatique à souhait. On peut s’en contenter pour une soirée tranquille sans prise de tête mais KRAKEN, en dépit d’ambitions très limitées, peine à remplir son contrat et constitue une déception.

Un film médiocre à réserver aux seuls inconditionnels du sous-genre « monstres marins ».

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010