KRIMINAL
Titre: Kriminal
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Glenn Saxson

 

Helga Liné
Andrea Bosic
Ivano Staccioli
Esmeralda Ruspoli
Susan Baker
Dante Posani
Année: 1966
Genre: Aventures / Thriller / Super Héros
Pays: Italie
Editeur Artus Films
Critique:

A l’instar des comics américains, la bande dessinée italienne (dite fumetti), a accouché d’un paquet de héros costumés. Sauf que, contrairement à leurs homologues d’outre-Atlantique soucieux de faire triompher la justice et le bon droit, les « héros » italiens de bandes dessinées relèvent davantage du super criminel et s’inspirent des grands méchants de jadis, Fantômas en tête.

Au milieu des années ’60, les dessinateurs de la Péninsule rivalisaient ainsi d’imagination pour proposer des génies du mal aussi sadiques que séduisants comme Kriminal, Diabolik ou Satanik. Le premier de ces anti-héros à connaitre les honneurs d’une adaptation sur grand écran sera Kriminal, créé par Max Bunker et Magnus (tout comme Satanik ou Jézabel) pour concurrencer Diabolik. Le succès du métrage entraina le lancement dans la foulée d’une séquelle (LE RETOUR DE KRIMINAL), d’une dizaine de décalques turcs (le premier d’entre eux s’intitule KILLING IN ISTAMBUL) et d’autres films dans le même style tels SATANIK et le fameux DANGER : DIABOLIK de Mario Bava.

kLa sortie de KRIMINAL en 1966 n’est d’ailleurs pas un hasard puisque, à cette époque, la série télévisée « Batman » explose les audiences, James Bond truste le sommet du box-office, la Marvel lâche sur le monde des flopées de super-héros en collant et la version humoristique de FANTÔMAS triomphe en France. Bref, le super vilain séduisant Kriminal, situé entre ces différents personnages (il ressemble autant à une version maléfique de James Bond qu’à Fantômas ou un méchant de comic-book), débarque dans les salles obscures par l’entremise d’une divertissante production signée Umberto Lenzi.

Né en 1931 et ayant débuté sa carrière de metteur en scène à la fin des fifties, Umberto Lenzi a déjà à son actif une quinzaine de titres divers (sous-James Bond, récit de pirates, péplums comme ZORRO CONTRE MACISTE, etc.) lorsqu’il prend les rênes de KRIMINAL. Les amateurs d’horreur le connaissent surement davantage pour ses productions ultérieures dans le domaine du giallo (SPASMO, LE TUEUR A L’ORCHIDEE, SI DOUCES SI PERVERSES) ou du gore (CANNIBAL FEROX, LA SECTE DES CANNIBALES, CANNIBALIS, GHOSTHOUSE, L’AVION DE L’APOCALYPSE) mais Lenzi a déjà, en 1966, un solide métier lui permettant d’emballer avec beaucoup de style ce thriller de la meilleure cuvée.

Le super criminel Kriminal s’est emparé des joyaux de la couronne d’Angleterre. Alors qu’il va être exécuté par pendaison, Kriminal parvient à s’échapper. Le responsable de son évasion n’est autre que l’inspecteur Milton, lequel espère ainsi remonter la piste du hors la loi et retrouver les inestimables bijoux. A peine libre, Kriminal reprend ses activités et imagine une astucieuse arnaque afin de s’emparer de nouvelles pierres précieuses…

Coproduction entre l’Espagne et l’Italie, KRIMINAL se veut une aventure spectaculaire et Umberto Lenzi n’hésite pas à emmener le spectateur dans différents pays pour proposer une suite de « cartes postales » animées du plus bel effet. Toute la seconde partie du métrage se déroule par exemple à Istanbul, dans une atmosphère décontractée et baignée de soleil. Entre Londres er Istanbul, la route de Kriminal stoppe à Madrid et Rome, d’étapes jalonnées par de jeunes beautés qui tombent dans les bras du bellâtre blond. Helga Liné (TERREUR DANS LE SHANGHAI EXPRESS, LE SIGNE DE ZORRO avec Sean Flynn, HERCULE CONTRE LES TYRANS DE BABYLONE), Susan Baker et Rossella Bergamonti assurent le quota de charmes tandis que Glenn Saxson, dans le rôle titre, décalque James Bond, y compris dans une très référentielle partie de Baccara située dans le casino d’Istanbul.

L’acteur, même si il se révèle un peu figé, dégage une classe indéniable et, surtout, une décontraction totale, passant de scènes de séductions à des crimes sadiques et imaginatifs. Il enferme par exemple une demoiselle dans un sauna jusqu’à ce que mort s’ensuive ou remplace l’after-shave d’un homme par du vitriol. En dépit de certaines limites, Glenn Saxson (de son vrai nom Rolf Boes) se tire plus qu’honorablement de l’entreprise et personnifie avec la distanciation nécessaire le super vilain (parfois) costumé. Saxson, malheureusement, ne retrouva plus de rôles aussi marquants par la suite même si il incarna le célèbre Django dans DJANGO TIRE LE PREMIER en 1968.

Enfin, pour contrer les agissements du hors la loi, nous retrouvons le moustachu Andrea Bosic, second couteau familier du bis italien ayant fréquenté à peu près tous les genres populaires pendant près de quarante ans de carrière, de ROMULUS ET REMUS à LA MALEDICTION DU PHARAON de Lucio Fulci, en passant par DANGER: DIABOLIK et LE DERNIER JOUR DE LA COLERE.

Même si il agit généralement à visage découvert et sous une identité d’emprunt, Kriminal se pare parfois d’un costume bigarré, sorte de pyjama noir décoré par un squelette jaunâtre, une tenue digne des super vilains de bandes dessinées. Criminel aussi insaisissable que ses ancêtres Fu Manchu ou Fantomas, Kriminal effectue des cascades périlleuses, échappe à ses poursuivants et recourt à d’habiles subterfuges, comme placer un mannequin à son effigie sous la douche, pour tromper ses ennemis ou les forces de l’ordre.

Comme bien des méchants costumés, Kriminal feint aussi la mort afin d’endosser l’identité d’une de ses victimes, préalablement défigurée afin de rendre la substitution plus aisée. Et, bien sûr, l’ultime séquence suggère que le hors la loi a une fois de plus échappé à son ennemi juré, l’inspecteur Milton, menaçant de revenir terroriser le monde dans une séquelle qui, effectivement, ne tarda pas à débarder sur les écrans.

La mise en scène de Lenzi, pour sa part, se révèle dynamique, précise et rythmée, privilégiant la belle image et mettant en valeur la plastique de ses interprètes, donnant à KRIMINAL un indéniable côté pulp encore accentué par l’utilisation parcimonieuse, lors des premières et dernières minutes, de cases de BD venant se substituer à l’action (à la manière de CREEPSHOW bien des années plus tard). La musique, mélodieuse et jazzy, participe elle aussi à ce divertissement populaire de qualité, toujours sympathique et diablement agréable, le soupçon de violence sadique et la pincée d’érotisme suggestif en rendant la vision encore plus plaisante, tout comme les rebondissements, nombreux et variés.

Enfin, le métrage est riche en scènes traduisant au mieux la « cool attitude sixties », les personnages passant d’une piscine ensoleillée à un casino ou visitant les monuments historiques d’Istanbul, troquant maillot de bain contre complet smoking pour les mâles et bikini contre mini-jupes appétissante pour les demoiselles. Toute une époque !

Nettement moins réputé que le DANGER : DIABOLIK de Bava mais presqu’aussi réjouissant, KRIMINAL constitue une sympathique réussite sixties et un métrage sans temps morts dont le seul et noble but est de distraire le spectateur durant un peu plus de 90 minutes sans pour autant verser dans la facilité. Bien ficelé, plein d’action et pétillant de la première à la dernière minute, KRIMINAL s’inscrit parmi les divertissements les plus recommandables offerts par l’Italie durant les années ’60. A redécouvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014