KRONOS
Titre: Kronos, Ravager of Planets
Réalisateur: Kurt Neumann
Interprètes: Jeff Morrow

 

Barbara Lawrence
John Emery
George O'Hanlon
Morris Ankrum
Kenneth Alton
Richard Harrison
Année: 1957
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Petite production de science-fiction datée des années ’50, KRONOS constitue une surprise plutôt plaisante et parvient à ne pas ennuyer le spectateur plus d’un demi-siècle après son tournage.

Un astéroïde menace la terre et l’armée tente de le détruire au moyen de charges nucléaires. Finalement, dévié, il s’écrase au large du Mexique. Une petite équipe de savants part à la recherche du corps céleste, lequel se révèle, en réalité, être une énorme machine extraterrestre. En référence à la mythologie, les scientifiques baptisent le robot Kronos. Bientôt, il apparaît que Kronos est en réalité une sorte de pompe à énergie envoyée sur terre par une race extraterrestre pour vider la planète de ses réserves. Or, au fur et à mesure de ses attaques sur les centrales énergétiques, Kronos gagne en taille et en puissance. Qui pourra arrêter ce monstre de métal, émissaire d’une future invasion ?

Décédé prématurément en 1958 à seulement 50 ans, Kurt Neumann est un solide artisan du cinéma populaire. D’origine allemande, il débute sa carrière dès 1931 et aligne rapidement les mises en scène dans les genres les plus divers. Au milieu des années ’40, Neumann dirige Johnny Weissmuller dans trois volets de la saga TARZAN puis se spécialise dans la SF au cours des fifties avec des titres plaisants comme 24 HEURES CHEZ LES MARTIENS et surtout son chef d’œuvre, LA MOUCHE NOIRE, qui resta malheureusement son dernier long-métrage. Sans pouvoir rivaliser avec ce titre de gloire, KRONOS constitue, malgré tout, une charmante surprise.

Original, le robot Kronos ne ressemble pas vraiment aux androïdes humanoïdes qui firent les beaux jours de la science-fiction des années ’50 (via, par exemple, PLANETE INTERDITE ou LE JOUR OU LA TERRE S’ARRETA). Ici, sans doute faute de budget, le monstre de métal ressemble simplement à un cube monolithique qui se déplace sur deux « pieds » et provoque des destructions massives. Le scénario évoque d’ailleurs les GODZILLA japonais (dont le premier film avait connu une exploitation américaine dans une version remontée) en présentant une créature gigantesque qui se nourrit d’énergie pure et parait impossible à stopper. D’où des scènes de figurants fuyant la créature dans l’attente de l’arrivée providentielle de l’armée.

Malgré des moyens limités, KRONOS échappe au kitsch et son robot destructeur impressionne par sa puissance lorsqu’il ravage des villes entières. D’autres scènes, par contre, accusent le poids des ans comme cet ordinateur gigantesque, simple alignement de bandes magnétiques et de loupiotes clignotantes baptisé Susie en référence à un anagramme incompréhensible et pseudo scientifique (Synchro Unifying Sinometric Integrating Equitensor). C’était, en effet, le bon temps où les savants, un brin poète, donnaient à leurs machines à calculer géantes des prénoms féminins en espérant qu’elles résolvent, presque magiquement, d’insolubles problèmes. Bref, l’époque lointaine où la science faisait encore rêver et où les scénaristes de science-fiction imaginaient un futur brillant dans lequel la technologie résoudrait tous les problèmes du genre humain.

Dommage que les faux raccords, les stock shots militaristes à la pellicule usée et les parlottes empreintes d’un jargon pseudo intellectuel imbitable n’amoindrissent le potentiel du film. Mais ces défauts, quasi intrinsèques aux petits budgets des années ’50, ne suffisent pas, heureusement, à ruiner un ensemble encore satisfaisant. La conviction des interprètes, la durée serrée, le rythme enlevé, la mise en scène bien ficelée et l’originalité relative du scénario emportent, en effet, l’adhésion.

Aujourd’hui dépassé à bien des égards, KRONOS n’a pas, pour autant, sombré dans le ridicule et demeure une solide série B de science-fiction, loin des nanars plus ou moins volontaires de la même époque. Rythmé, plaisant, efficace dans les limites de ses ambitions, le film de Kurt Neumann, à présent paré d’un agréable charme suranné, mérite donc le détour et la redécouverte.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012