KRRISH
Titre: Koi...mil gaya 2: Krrish
Réalisateur: Rakesh Roshan
Interprètes: Hrithik Roshan

 

Rekha
Priyanka Chopra
Naseeruddin Shah
Sharat Saxena
 
 
Année: 2005
Genre: Science-fiction / Action / Romance
Pays: Inde
Editeur  
Critique:

Vendu comme le premier film de super-héros bollywoodien, KRRISH est également la suite de KOI…MIL GAYA, un décalque d'E.T. mixé avec DES FLEURS POUR ALGERNON nous présentant les aventures de Rohit Mehra, l'idiot du village auquel un gentil extra-terrestre va léguer ses pouvoirs.

Supposé mort, Rohit a un fils, Krishna, doté lui-aussi de nombreux pouvoirs mais quand même un peu limité au niveau du cerveau, recueilli par sa grand-mère dans un bled perdu. Evidemment, notre Krishna va rencontrer la bombe Prya (La Miss Monde 2000 Priyanka Chopra), laquelle se laisse séduire par le beau gosse et son côté naturel et campagnard avant d'imaginer, sous les conseils de sa peste de copine et collègue, de l'exploiter en le ramenant à Singapour pour révéler ses pouvoirs dans l'émission de télé dont elle est la présentatrice. Mais notre simplet devient également un super héros surnommé Krrish.

Toute cette introduction, pour amusante qu'elle soit (parfois), s'avère malheureusement bien longuette et ne décolle jamais vraiment, d'autant que les idées développées (le monde moderne c'est pas bien, il ne faut pas faire passer le pognon avant l'amour, trahir un ami pour être célèbre ce n'est pas gentil, blablabla) n'ont rien de particulièrement originales. Assez prévisible, cette première partie verse aussi dans une certaine naïveté qui rappellera leurs pires souvenirs d'enfance à ceux qui furent traumatisé par « La Petite Maison dans la prairie ». Lorsque Krishna endosse plus ou moins l'identité d'un fantôme pour effrayer la petite troupe de joyeux campeurs, KRISSH vire en outre au gros comique facile, ponctué par deux chansons sans éclat, intermèdes obligatoires du cinéma indien.

En résumé, le spectateur ronge son frein et attend que le timide gamin se décide enfin à revêtir le masque et le costume du super-héros Krissh…ce qui arrive au bout d'un peu moins de deux heures de projection. A ce moment, heureusement (et enfin dirons les esprits chagrins!), le métrage change d'orientation et délaisse la romance sucrée et les gags balourds pour un festival d'action plutôt jouissif même si aucunement révolutionnaire.

Le chorégraphe vedette Tony Ching Siu Tung (réalisateur de DUEL TO THE DEATH ou de la trilogie HISTOIRE DE FANTOME CHINOIS) s'offre d'ailleurs un petit voyage sur le tournage pour mettre au point (et au poing!) les chorégraphies efficaces et spectaculaires. Sauvetage périlleux dans un chapiteau de cirque enflammé, entraînement express au kung-fu, combat contre des motards ou une armée de simili ninja, course poursuite à travers la ville avec des bonds gigantesques (aidé par le jet d'eau d'une fontaine), KRISSH tient bon la rampe du spectacle pop-corn sympathique, d'autant que le look du héros possède un charisme indéniable. Le très musclé Hrithik Roshan, aussi à l'aise dans la comédie que dans le drame, la bagarre ou la danse, mène donc les opérations et permet à l'ensemble de ne jamais ennuyer le spectateur, du moins passé la barre des premières 90 minutes pas vraiment passionnantes.

Attendu par beaucoup, sans doute fantasmé comme le spectacle bollywoodien bourrin ultime, KRISSH ne peut - fatalement - que décevoir. Il possède pourtant de véritables qualités, à commencer par le souci de donner une personnalité riche et intéressante à son héros. La belle Priyanka Chopra, pour sa part, n'a pas vraiment un rôle très développé mais elle compense en jouant résolument la carte du charme et de la grâce. Le reste du casting offre des compositions routinières, sans génie particuliers, mais jamais vraiment insupportables non plus, quoique la copine de Prya en rajoute un peu trop dans le style "oui je suis une salope vénale, ça te dérange?".

Les effets spéciaux, eux, ne peuvent évidemment pas rivaliser avec des blockbusters comme SPIDERMAN ou X-MEN mais ils ne sont pas ratés pour autant. Les trucages numériques passent donc assez bien à l'écran, pour peu que l'on fasse l'effort de ne pas se focaliser sur leurs menues imperfections.

Découpé un peu artificiellement en trois partie de durée plus ou moins égales (la romance de notre Tarzan des montagnes, la venue à la ville - là aussi digne de TARZAN A NEW YORK ou de CROCODILE DUNDEE pour prendre un exemple plus récent, et la partie « actioner » pure et dure), KRISSH aurait grandement gagné à se voir raccourci d'une petite heure, tant le début semble laborieux.

Comparer KRISSH aux (trop) nombreux métrages inspirés par les Marvel (ou les DC) Comics sortis depuis le début du XXIe siècle serait également une erreur et, si on veut réellement comparer KRISSH à une œuvre antérieure, ce devrait être à Superman. Il est frappant, en effet, que la progression dramatique et le ton général, orienté davantage vers la comédie romantique que le pur film d'action, s'inspire résolument de ce grand ancêtre signé Richard Donner. D'autres emprunts évidents sont faits à la littérature de science-fiction et quelques idées de Philip K. Dick sont pompées plus ou moins adroitement, le cinéaste utilisant des éléments scénaristiques déjà vus dans PAYCHECK ou MINORITY REPORT.

On peut qu'espérer, à présent que les origines de Krissh ont été exploitées en long et en large, un troisième long-métrage qui emprunterait enfin la voie attendue: celle du pur "super hero action movie" avec un super vilain charismatique à combattre! Mais peut-être devrons nous attendre longtemps. Prévisible mais divertissant, KRISSH n'est ni le monument espéré par certains ni le complet ratage dénoncé par d'autres.

Juste un divertissant honnête qui permet de passer une soirée plutôt agréable pour peu que l’on en accepte les naïvetés et les longueurs.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2009