LA BAMBOLA DI SATANA
Titre: La Bambola di Satana
Réalisateur: Ferruccio Casapinta
Interprètes: Erna Schurer

 

Roland Carey
Aurora Bautista
Ettore Ribotta
Lucia Bomez
Manlio Salvatori
Franco Daddi
Année: 1969
Genre: Giallo / Epouvante
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Œuvre méconnue et aujourd’hui oubliée, LA BAMBOLA DI SATAN constitue l’unique contribution au septième art du scénariste et réalisateur Ferruccio Casapinta. Tourné à la toute fin des années ’60, ce film se situe à la charnière entre deux époques du cinéma de genre italien et mélange, de manière plus ou moins adroite, le giallo à l’épouvante gothique, alors déclinante. L’ensemble incorpore également des éléments divers en provenance directe d’une certaine littérature policière de gare entre l’espionnite où s’ébattent des sous James Bond et les intrigues policières tarabiscotées d’Edgar Wallace.

Enfin, l’influence des bandes dessinées italiennes dite « fumetti » (adaptées à l’époque à l’écran via KRIMINAL, DANGER DIABOLIK ou ISABELLE DUCHESSE DU DIABLE) apparaît, elle-aussi, dans ce mélange parfois déstabilisant de naïvetés et de thèmes plus sombres, saupoudrés d’une rasade de sexe et d’une louche de sang afin de titiller le chaland.

Suite au décès de son oncle, une jeune femme, Elisabeth, retourne en compagnie de son fiancé, un journaliste prénommé Jack, au château familial pour y entendre lecture du testament. Dans le castel, la demoiselle découvre son ancienne gouvernante, devenue infirme et folle, vivant en recluse dans une chambre. Elle rencontre également les autres habitants de la demeure qui, tous, semblent dissimuler de sombres secrets. Devenue unique héritière de la fortune familiale, Elisabeth commence à souffrir de cauchemars récurrents et de visions sinistres. Mais est-ce de simples rêves ou, au contraire, une horrible réalité ?

Classique, LA BIMBOLA DI SATANA base son scénario sur le traditionnel héritage qui suscite bien des convoitises. Néanmoins, le cinéaste Ferruccio Casapinta parvient à lui insuffler un minimum d’originalité en jouant la carte de l’atmosphère parfois délicieusement rétro. Les ingrédients indispensables à l’horreur gothique répondent ainsi présents à l’appel, de la chambre des tortures encore fonctionnelle tapie dans le donjon à la vieille paralytique complètement cinglée en passant par les inévitables déambulations, un candélabre à la main, dans les couloirs obscurs de la labyrinthique bâtisse. L’aspect giallo, tout aussi marqué, réside dans la présence d’un tueur ganté et vêtu de noir qui rode dans les couloirs du château, prêt à frapper d’innocentes victimes en nuisettes de son long couteau.

LA BIMBOLA DI SATANA emprunte encore aux giallos première manière, dans l’esprit de L’APPEL DE LA CHAIR, d’improbables machinations, à la complexité réjouissante, destinées à rendre folle sa pauvre héroïne, piégée au coeur d’une suite de rebondissements peu crédibles mais plaisants. Le final, pour sa part, verse dans les outrances à la Scooby-Doo puisque les masques tombent, au propre comme au figuré, et révèlent la véritable identité du coupable ainsi que ses motivations, plutôt originales dans le cadre du giallo.

Si tout cela renvoie aux romans de gare avec leur criminel machiavélique et leur plan farfelu pour s’accaparer une fortune, il est possible de s’en amuser à condition, d’en accepter les invraisemblances particulièrement « capilotractées ».

Toutefois, en dépit de ces quelques attraits, LA BIMBOLA DI SATANA manque malheureusement de punch pour convaincre les familiers du thriller horrifique italien. Le cinéaste, par exemple, limite les éléments de pure exploitation à leur minimum : l’érotisme, par conséquent, est fort discret (quelques nudités), la violence peu présente (l’une ou l’autre flagellation bien timides) et les meurtres désespérément timorés. Cette retenue inappropriée au sujet rend l’ensemble bien terne pour les amateurs de cinéma bis outrancier. LA BIMBOLA DI SATANA ne peut donc aucunement soutenir la comparaison avec des titres comme VIERGES POUR LE BOURREAU, LA CLINIQUE SANGLANTE ou même LA VIERGE DE NUREMBERG qui reprennent des codes similaires et croisent, eux-aussi, l’horreur gothique, l’érotisme et le giallo. A côté de ces titres beaucoup plus divertissants et décomplexés, le film de Casapinta s’apparente, hélas, à un spectacle pratiquement tout public.

D’une durée restreinte (environ 85 minutes), LA BAMBOLA DI SATANA est, en outre, languissant et trop lent pour maintenir l’intérêt. Le rythme assoupi constitue ainsi un réel handicap pour ce métrage souvent poussif même si la dernière demi-heure sauve, en partie, les meubles par ses rebondissements successifs.

Au niveau des interprètes, rien de particuliers à signaler. L’actrice principale, Erna Schürer, fut une starlette mineure de l’exploitation italienne des seventies, vue dans de nombreux romans-photos (comme les « Killing ») et une poignée de séries B tels YOUR HANDS ON MY BODY, LE MONSTRE DU CHATEAU ou le plus corsé LES DEPORTEES DE LA SECTION SPECIALE SS. Elle est ici charmante, sensuelle, vulnérable et, parfois, gentiment dénudée, à la satisfaction du public qui, franchement, ne lui en demande pas davantage. Le reste du casting, pour sa part, n’a guère marqué son époque et tous les acteurs se contentent d’errer dans la vaste demeure en prenant un air vaguement mystérieux afin de brouiller les pistes. Les personnages unidimensionnels et les dialogues souvent très plats ne nécessitaient, de toutes manières, aucun effort particulier de composition.

Servi par une photographie correcte qui réussit, par intermittence, à générer un climat appréciable, LA BAMBOLA DI SATANA reste, hélas, globalement ennuyeux. La mise en scène paresseuse use du zoom de manière fatigante et le scénario sans surprise parvient difficilement à maintenir l’attention du spectateur, déjà exaspéré par le manque de sang et d’érotisme.

Reste un certain charme désuet et une bande originale jazz rock, typique de son temps, qui permettent de visionner le film jusqu’à son terme, afin de connaître les tenants et aboutissants de l’intrigue. Hélas, son souvenir s’estompe déjà sitôt le générique de fin terminé et le tout sera par conséquent réservé aux seuls inconditionnels du giallo gothique !

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012