LA CLE
Titre: La chiave
Réalisateur: Tinto Brass
Interprètes: Stefania Sandrelli

 

Frank Finlay
Barbara Cupisti
Franco Branciaroli
Armando Marra
Maria Grazia Bon
Gino Cavalieri
Année: 1983
Genre: Erotique
Pays: Italie
Editeur
Critique:

En 1983, le tout juste quinquagénaire Tinto Brass se remet de la douloureuse expérience de CALIGULA, remonté contre son gré par la production au point que le cinéaste refusa d’en reconnaitre la paternité. Son nouveau projet, moins fastueux que CALIGULA ou son controversé SALON KITTY, sera une adaptation d’un roman japonais intitulé « Kaji » de Jun’ichirô Tanizaki déjà porté à l’écran à plusieurs reprises sous le titre KAJI, notamment en 1959 et 1974.

L’intrigue, typique du « drame érotique », suit la destinée du vieillissant Nino Rolfe (campé par l’Anglais Frank Finlay) et de sa jeune épouse Teresa (Stefania Sandrelli). Afin de raviver la flamme de la passion, alors que la Seconde Guerre Mondiale menace de submerger l’Italie, Nino rédige un journal intime auquel il confie ses désirs et fantasmes sexuels. Il l’enferme dans un petit secrétaire mais s’arrange pour que son épouse en trouve la clé. La lecture du journal entraine un jeu de séduction entre les deux époux, l’homme poussant sa femme à l’infidélité.

Suivant une trame classique de l’érotisme, LA CLE constitue en quelque sorte le socle des futures réalisations de Tinto Brass, lesquels broderont à l’envie sur les thématiques déjà abordées ici : infidélités, jeux sexuels, tromperies destinées à rallumer un amour défaillant, etc. Comme souvent chez Brass, le récit s’inscrit dans un cadre historique et géographique précis, à savoir Venise juste avant la déclaration de la Seconde Guerre Mondiale. Ce décor, que le cinéaste estime éminemment sensuel et érotogène, traduit également sa fascination pour le liquide, de l’eau des canaux à l’urine dont Stefania Sandrelli arrose les trottoirs de la Cité des Doges.

A contrario, le contexte de l’Italie de l’entre-deux guerres sera peu évoqué, excepté par quelques lignes de dialogues, et n’aura guère d’incidences sur l’histoire. Si certains virent néanmoins dans LA CLE une métaphore politique, cette dernière reste surtout au niveau des intentions. Pour incarner l’héroïne sexuellement frustrée mais prête à sombrer corps et bien dans tous les excès, Tinto Brass mise sur Stefania Sandrelli, ancienne reine de beauté alors âgée de 37 ans découverte dans quelques giallos au début des années ’70 (LA TARANTULE AU VENTRE NOIR, LE DIABLE DANS LA TÊTE). A ses côtés, Frank Finlay, qui fut au générique de jolies réussites comme SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L’EVENTREUR, MEURTRE A HAUTE TENSION ou la trilogie des TROIS MOUSQUETAIRES de Richard Lester s’investit dans un rôle délicat et met à mal son image. Les deux acteurs n’hésitent pas, en effet, à briser les tabous pour apparaitre dans des situations graveleuses, notamment lors d’une séance de domination exercée par Sandrelli à l’encontre de son époux contraint à se travestir.

Souffrant de quelques longueurs, LA CLE demeure néanmoins une belle réussite à l’actif de Tinto Brass et un petit classique du cinéma érotique des années ’80, période plutôt pauvre dans ce domaine. A découvrir.

Fred Pizzoferrato - Novembre 2016