LA FESSEE (ou les mémoires de Monsieur Léon, maître fesseur)
Titre: La Fessée
Réalisateur: Claude Bernard-Aubert
Interprètes: Antoine Fontaine

 

Martine Grimaud
Massimo Del Arte
Liliane Lemieuvre
Emmanuelle Parèze
Catherine Ringer
Richard Allan
Année: 1976
Genre: Porno / Comédie érotique
Pays: France
Editeur Bach Films (version soft)
Critique:

Comme le signale justement l’érudit érotomane Christopher Bier dans les bonus de l’édition dvd du film, sorti en version soft chez Bach, LA FESSEE se rattache à une tradition vivace dans l’érotisme, celle de la fessée et de la flagellation, illustrée par de nombreux romans coquins de l’entre deux-guerres. Pourtant, le cinéma s’est peu intéressé à ces pratiques en tant que moteur d’intrigue et, s’il est fréquent de croiser une scène de fessée au détour d’un métrage licencieux, très peu de pornos se sont basés entièrement sur cette pratique.

Dans LA FESSEE, nous suivons les confidences de Monsieur Léon, autoproclamé Maitre Fesseur, qui, depuis sa découverte très jeune des plaisirs engendrés par une fessée énergique, ne cesse d’en prodiguer aux demoiselles croisant sa route. Une occupation plus plaisante que sa terne routine d’employé de banque même si il ne refuse pas d’offrir à la femme de son patron (avec la bénédiction de ce dernier) un aperçu de son art.

Mené par Antoine Fontaine dans le rôle de Léon (un comédien ensuite revu dans TRAIN SPECIAL POUR SS et TERREUR CANNIBALE), cette joyeuse gaudriole libertine se révèle une oeuvrette humoristique au ton léger (sans toutefois verser dans la pure comédie) adroitement réalisée par Burd Tranbare. Sous ce pseudonyme se cache un cinéaste venu du « traditionnel » (il venait de signer L’AFFAIRE DOMINICI avec Gabin après plusieurs films de guerre réputés durant les années ‘50), Claude-Bernard Aubert qui débute avec LA FESSEE une seconde et prolifique carrière « hard » dont on retient AUTO STOPPEUSES EN CHALEUR, LE RETOUR DES VEUVES, LES BAS DE SOIE NOIR ou INITIATION D’UNE FEMME MARIEE. Pour le casting, LA FESSEE convie le « who’s who » habituel du porno chic français des années ’70 avec les inévitables Martine Grimaud, Emmanuelle Parèze, Richard Allan et le bisseux Olivier Mathot, sans oublier une débutante prudemment dissimulée sous le pseudonyme d’Yvette Lemercier mais qui fera ensuite carrière sous le nom de Catherine Ringer.

Suite de vignettes variablement inventives, sexy ou amusantes, LA FESSEE se distingue réellement par sa bonne humeur et son côté classieux entretenu par des dialogues soutenus et des séquences surprenantes. La plus réussie étant la parade d’une douzaine de beautés dénudés réclamant à Monsieur Léon, habillé, assis et détaché, une démonstration de ses talents de « maitre fesseur ». La scène bénéficie d’une véritable chorégraphie, d’une photographie soignée et d’un second degré évident dans les descriptions imagées de Monsieur Léon confronté aux postérieurs variés de ces dames.

La pratique de la fessée n’entrainant pas de problèmes de censure particuliers, le métrage souffre de peu de coupes franches dans sa version soft même si, bien sûr, les gros plans ont été coupés au montage.

Dans la masse des pornos français sortis durant le bref âge d’or du genre, LA FESSEE se singularise par son scénario amusant, son ton décalé et sa manière de présenter une pratique érotique ayant rarement eu droit à un pareil traitement cinématographique. Une plaisante réussite.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2014