LA MORT REMONTE A HIER SOIR
Titre: La Morte risale a ieri sera
Réalisateur: Duccio Tessari
Interprètes: Raf Valonne

 

Franck Wolf
Gabriele Tinti
Gill Bray
Eva Renzi
Gini Rizzi
Beryl Cunningham
Année: 1990
Genre: Polar / Thriller / Vigilante / "Giallo"
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Quoique parfois assimilé au giallo, le film de Duccio Tessari se rapproche bien davantage du thriller, teinté d’un parfum prononcé de vigilante, et se montre plus intéressé par le contexte sociopolitique de l’intrigue que par l’angoisse ou l’action.

LA MORT REMONTE A HIER SOIR débute par la disparition d’une jeune fille de 25 ans, Donatella, séduisante handicapée mentale aimant s’exhiber de manière « innocente » devant des hommes qui, pour leur part, le sont beaucoup moins. Son père, Mr Berzhagi signale sa disparition à la police et deux inspecteurs, le vétéran Lamberti et son jeune adjoint Mascaranti, décident d’enquêter sur cette affaire. Ils soupçonnent rapidement la demoiselle d’être tombée sous l’emprise d’un réseau de prostitution clandestine et tentent d’obtenir l’aide de Salvatore, un ancien proxénète reconverti dans la vente de voitures. Malheureusement, alors que les policiers semblent se rapprocher des coupables, le corps de Donatella est retrouvé carbonisé dans un champ. Les deux inspecteurs se lancent sur les traces des meurtriers tandis que Mr Berzhagi préfère rendre justice à sa manière…

Coproduit par l’Italie et l’Allemagne, LA MORT REMONTE A HIER SOIR emprunte, logiquement, ses influences au poliziesco, en plongeant deux flics dans l’enfer de la prostitution. Tessari y ajoute cependant une bonne dose de vigilante (dans le dernier quart d’heure) lorsque le père, comprenant l’impossibilité pour la police de faire justice efficacement, décide de prendre les choses en mains.

Comme de nombreux gialli, par exemple l’excellent LA LAME INFERNALE, LA MORT REMONTE A HIER SOIR s’intéresse au problème des réseaux de prostitution dans l’Italie des années ’70. Ici, le traitement choisi reste toutefois plus proche du polar traditionnel que du giallo à proprement parler et on ne trouve, par exemple, nulle trace d’un assassin mystérieux vêtu de cuir noir. Le premier meurtre, d’ailleurs, survient au bout de 50 minutes de projection et seul le dernier quart d’heure embrasse pleinement le « vigilante movie » avec ce père déboussolé décidé à se venger des assassins de sa fille.

L’essentiel du métrage joue donc la carte de l’enquête policière, relativement bien menée mais un peu languissante, et du drame psychologique. Les interprètes, pour leur part, se révèlent solides, en particulier un Raf Valonne excellent dans le rôle d’un veuf quinquagénaire ayant recentré toute son existence sur sa fille handicapée mentale.

Dans les rôles des policiers nous retrouvons deux visages familiers du bis italiens, Frank Wolff (NUIT D’AMOUR ET D’EPOUVANTE, COLD EYES OF FEAR) et Gabrielle Tinti (la saga EMANUELLE, LE COUVENT DES PECHERESSES). Le premier joue Lamberti, un flic désabusé qui souhaite « nettoyer la crasse » avant de raccrocher les gants et le second incarne un inspecteur impulsif prêt à frapper un suspect pour recueillir des renseignements utiles à l’enquête.

A noter que le film s’inspire des « Milanais tuent le samedi », un des quatre romans consacré à Lamberti signés Giorgio Scerbanenco. Deux autres eurent les honneurs d’une adaptation cinématographique, Lamberti étant tour à tour incarné par Pier Paolo Capponi (dans LA JEUNESSE DU MASSACRE de Fernando Di Leo) et par Bruno Cremer (dans CRAN D’ARRÊT d’Yves Boisset).

Comme la plupart des thrillers italiens de la même époque, le film laisse, au final, un goût amer et affirme, sans détour, l’ignominie de l’Homme, cet être vil et vénal capable des pires bassesses pour satisfaire ses pulsions. Dans ce monde impitoyable, les rares « bonnes actions » des honnêtes gens ne pèsent pas lourd face à la corruption et à l’abjection d’individus détestables et assoiffés de profits. Pourtant, quelques uns espèrent, envers et contre tout, inverser la tendance, comme cet inspecteur décidé à « sauver » une prostituée noire anonyme et à châtier les assassins d’une pauvre fille exploitée, supprimée par ses tourmenteurs car elle n’était plus « utile ». Bref, comme nombre de polars, LA MORT REMONTE A HIER SOIR prône un nettoyage par le vide et l’épuration radicale d’une société corrompue et détestable.

Au niveau de la mise en scène, Duccio Tessari emballe le film en privilégiant la psychologie des personnages et le sous-texte socio politique au détriment de l’action et du frisson. Tessari toucha d’ailleurs de manière plus franche au giallo avec UN PAPILLON AUX AILES ENSANGLANTEES et L’HOMME SANS MEMOIRE et signa de très efficaces westerns (UN PISTOLET POUR RINGO, LE RETOUR DE RINGO, LA CHEVAUCHEE VERS L’OUEST, ET VIVA LA REVOLUTION !). Sa réalisation s’avère ici simple, sèche et complètement au service de l’intrigue, dénuée de la flamboyance de nombreux gialli. Un choix judicieux tant une stylisation de la violence n’aurait pas été de mise dans ce scénario réaliste et dramatique.

De son côté, la photographie se révèle volontairement terne et dépressive, illustrant un univers urbain grisâtre qui sied admirablement à cette enquête dont aucun des protagonistes ne sortira indemne.

Peu connu mais intéressant, LA MORT REMONTE A HIER SOIR s’impose comme un métrage troublant et déprimant, au rythme lent mais au scénario bien construit et aux personnages adroitement dessinés.

A condition de ne pas en attendre un polar nerveux ou un giallo sanguinolent, le métrage de Tessari se révèle, au final, plutôt plaisant même si trop inégal pour être une véritable réussite.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011