LA NUIT DES DAMNES
Titre: La notte dei dannati
Réalisateur: Filippo Walter Ratti (= Peter Rush)
Interprètes: Pierre Brice

 

Patrizia Viotti
Angela De Leo
Antonio Pavan
Mario Carra
Alessandro Tedeschi
 
Année: 1971
Genre: Horreur / Erotisme
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Petit film aujourd’hui franchement oublié, LA NUIT DES DAMNES fut réalisé en 1971 par Filippo Walter Ratti, un obscur artisan du bis coupable de dix-sept long-métrages, ici dissimulé sous le pseudonyme ronflant de Peter Rush.

Le rôle principal, celui d’un détective inspiré de la grande tradition littéraire des Sherlock Holmes ou des Dupin, est confié à Pierre Brice, acteur français rendu célèbre pour avoir incarné une douzaine de fois le fameux Winnetou. A ses côtés, nous retrouvons deux charmantes starlettes, Patrizia Viotti et Angela De Leo, étoiles filantes toutes deux aperçues dans une demi-douzaine de films avant de disparaître des écrans.

L’intrigue de LA NUIT DES DAMNES combine, pour sa part, enquête policière, érotisme, sorcellerie, fantastique gothique et horreur. Malheureusement, si le début, intriguant, rappelle avec bonheur certaines aventures de Sherlock Holmes (et en particulier l’inévitable « Le Chien des Baskerville ») tout en baignant dans un climat proche des œuvres de Mario Bava et des adaptations d’Edgar Poe par Roger Corman, la suite se révèle incapable de maintenir ce niveau et, pire, sombre dans un portnawak plus ennuyeux qu’intéressant.

Le journaliste Jean Duprey possède une excellente réputation et rivalise avec les meilleurs détectives de la planète, au point que même le ministre de l’intérieur n’hésite pas à recourir à ses services pour résoudre les mystères les plus complexes. Un soir, alors qu’il savoure un verre d’alcool auprès de son épouse Caroline, l’enquêteur reçoit une lettre sibylline, envoyée par le Prince Guillaume de Saint-Lambert, un de ses vieux amis perdu de vue depuis une dizaine d’année. Perspicace, Jean met à jour, sous d’innocentes références aux poésies de Baudelaire, un code secret qui résonne comme un véritable appel au secours envoyé par Guillaume. Aussitôt, Jean et sa femme partent pour le château séculaire du Prince, où les accueille la gouvernante Maria et la belle Rita, épouse de Guillaume. Ce-dernier avertit son ami qu’il est condamné, atteint d’un mal incurable héréditaire qui frappe tous les Saint Lambert à l’approche de leurs trente-cinq ans. Echappant à la surveillance de Rita et de son médecin traitant, Guillaume révèle au détective que la maladie, telle une malédiction, frappe sa famille depuis trois siècles et que nul ne peut y échapper.

Curieux patchwork, LA NUIT DES DAMNES connu également diverses versions, plus ou moins explicites au niveau de l’érotisme, dont une française justement renommée LES NUITS SEXUELLES. La version originale italienne, débarrassée de ses ajouts, permet de réévaluer le long-métrage, lequel redevient un récit fantastique mâtiné d’épouvante et saupoudré d’érotisme…et non le contraire.

Le château génère ainsi une atmosphère pesante bien entretenue par une photographie convaincante et un joli travail sur les éclairages, les couleurs et les ombres. Ces qualités reproduisent les grandes heures du cinéma gothique de la précédente décennie sans toutefois en retrouver l’efficacité. Le manque de rythme, en effet, rend le film soporifique et il faudra beaucoup de bonne volonté (ou de café !) au spectateur pour rester éveiller devant ce spectacle fort décevant.

Ni très claire ni très passionnante, l’intrigue combine donc malédiction ancestrale, déambulations dans les décors angoissants d’un castel gothique menaçant, enquête policière désinvolte et papouilles saphiques, entrecoupés de cérémonies sataniques plus folkloriques que terrifiantes. Heureusement, les actrices n’hésitent pas à révéler leur charmante anatomie tandis que Pierre Brice, drapé dans sa dignité, se prend pour Sherlock et mène avec une désinvolture nonchalante ses investigations en fumant la pipe.

Au final, LA NUIT DES DAMNES se situe loin derrière les grandes réussites du gothique italien et ne possède même pas la douce folie de certaines curiosités bis similaires sorties à la même époque (comme par exemple BLACK MAGIC RITES).

L’ensemble s’adresse donc quasi uniquement aux complétistes du fantastique italien des seventies.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011