LA PEAU QUI BRULE
Titre: La rossa dalla pelle che scotta
Réalisateur: Renzo Russo
Interprètes: Farley Granger

 

Erika Blanc
Krista Nell
Ivana Novak
Venantino Venantini
Aydin Terzel
Umberto Di Grazia
Année: 1972
Genre: Thriller / Drame / Erotique / Giallo
Pays: Italie / Turquie
Editeur  
Critique:

Souvent classé dans le giallo de par son année de production, sa nationalité, son thème et son titre évocateur, LA PEAU QUI BRULE n’en retient, pourtant, pratiquement aucun des codes coutumiers et s’apparente bien davantage à un drame criminel ponctué de saynètes érotiques timorées.

Un peintre alcoolique, misanthrope et désargenté, John Ward, rencontre un soir un hippie inconnu qui lui offre un mannequin représentant une jeune femme affublé d’une perruque rousse. Bientôt celle-ci semble prendre vie et imposer ses volontés à John…à moins que tout cela ne soit que le produit de son imagination ? Ou qu’il n’ait précédemment assassiné une femme dont le remord (ou l’esprit ?) vient aujourd’hui le hanter ?

Dans la tradition des thrillers teintés de fantastique, le film se montre souvent brouillon et confus tant la frontière entre la « réalité » et l’illusion reste floue durant les 75 minutes de projection. Le cinéaste joue, par conséquent, la carte, parfois un peu facile, du surréalisme, pour justifier une construction scénaristique relâchée, essentiellement focalisée sur les relations entre Farley Granger et Erika Blanc.

Le premier, vu jadis chez Hitchcock (L’INCONNU DU NORD EXPRES et LA CORDE), s’est reconverti, la cinquantaine venue, dans le cinéma bis européen, au point d’apparaitre régulièrement dans le giallo (LA PEUR AU VENTRE, LA LAME INFERNALE, AMUCK). Il se montre ici convaincant dans le rôle délicat d’un artiste au bout du rouleau, emporté dans une histoire qui le dépasse totalement. Face à lui, l’inévitable starlette sexy Erika Blanc (OPERATION PEUR, LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE) joue de sa séduction naturelle pour charmer le spectateur, à qui elle dévoile sa poitrine avant de lui décocher ses regards enjôleurs.

L’interaction entre Granger et Blanc assure, dès lors, l’intérêt d’un long-métrage sinon peu passionnant et manquant grandement, en outre, d’une véritable direction. La mise en scène médiocre et le montage haché n’aide guère, en effet, à la compréhension d’un script cryptique et peu convaincant.

LA PEAU QUI BRULE apparait, hélas, peu maîtrisé et, au final, pratiquement aucune question ne trouvent de réponse : Farley Granger souffre t’il d’hallucinations causées par le remord, a-t-il sombré dans la folie ou est-il réellement victime d’un mannequin maléfique ? Au spectateur de trancher. Les explications finales, qui apparaissent plaquées afin d’offrir un semblant de conclusion, restent de toutes façons évasives et guère efficaces. Loin de terminer le tout sur une note de mystère ou d’ambigüité, cette manœuvre apparaît malheureusement facile et frustrante, laissant dans la bouche un goût amer, celui d’avoir, globalement, perdu son temps.

Le film, comme bien des produits bis de cette époque, existe en outre en plusieurs montages, lesquels changent parfois la chronologie des scènes ou se montrent plus ou moins explicites au niveau de l’érotisme, la version française d’époque ayant, par exemple, était caviardée de passages pornographiques.

Quoiqu’il en soit, il faut s’armer de patience avant d’entrer dans le vif du sujet puisque la première moitié du métrage se consacre uniquement, ou presque, au personnage antipathique joué par Farley Granger. Seuls de timides intermèdes sexy tirent le spectateur de sa torpeur et lui évitent un complet assoupissement. Certaines pistes du scénario sont par ailleurs esquissées puis abandonnées, tandis que la trame principale, celle de cette poupée vivante (mais l’est elle réellement ?), met beaucoup de temps à démarrer et ne débouche sur rien de franchement intéressant. Pas vraiment abouti et guère passionnant,

LA PEAU QUI BRULE se suit cependant sans déplaisir pour les plus indulgents: le jeu efficace des principaux interprètes, le thème intriguant, la musique joyeusement « easy listening » et quelques scènes gentiment sexy permettent de ne pas (trop) s’ennuyer. La durée restreinte constitue, bien sûr, un atout supplémentaire pour ce court récit qui persiste, malheureusement, à n’avoir simplement aucun sens ni logique.

LA PEAU QUI BRULE se révèle, par conséquent, au mieux déstabilisant et, au pire, frustrant et fatiguant. Les tenants d’un cinéma cohérent, d’un scénario bien charpenté ou les amateurs de véritables giallo risquent de trouver le temps long et ne guère goûter cette plongée surréaliste parfois fascinante mais, surtout, décevante. Pour complétistes et amateurs de bizarreries uniquement.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013