LABYRINTHE
Titre: Labyrinthe / The Maze
Réalisateur: Alan Payet
Interprètes: Laure Sinclair

 

Lea Martini
Erica Bella
Foéva
Bruno SX
Philippe Dean
 
Année: 1997
Genre: Porno / Erotique / Fantastique
Pays: France
Editeur Marc Dorcel
4 /6
Critique:

Une limousine tombe en panne au bord d'une forêt. Une belle et mystérieuse blonde sort du véhicule et atterri rapidement dans une vieille demeure où elle est accueillie par un nain. L'endroit est un véritable labyrinthe et chaque pièce renferme de nouvelles possibilités érotiques. Mais où se situe la sortie?

Voici un exemple de porno un peu plus intéressant que la moyenne. D'abord grâce à l'élément fantastique, certes minime, mais agréable. Une pratique courante au début du cinéma X (la plupart des grands classiques reposaient sur un argument fantaisistes, de L'ENFER POUR MISS JONES à CAFE FLESH) ensuite délaissé par le genre au "profit" de mornes Vaudeville pimentés de séquences hard. Ce petit plus "fantastique" permet un scénario nettement plus original que la moyenne ("bonjour, je suis le plombier, je viens vérifier vos canalisation"…"mais faites donc"…"euh…Mademoiselle, je ne parlais pas de ces canalisations-là…mais, bon, puisque vous insistez") même si l'intrigue de ce LABYRINTHE reste, évidemment, minimaliste.

La succession de pièces permet néanmoins une longue suite de séquences relativement innovantes et, surtout, menées avec un certain sens du rythme. Les décors sont variés, les fantasmes imaginatifs (quoique souvent assez soft), les situations exploitées avec une certaine bonne santé, les costumes affriolants et originaux. Bref, niveau sensualité nous sommes bien servi et, malgré la profusion de détails anatomiques, on assiste finalement à un film doté d'un réel potentiel érotique. Cela peut paraître un pléonasme mais, finalement, peu de films X récents parviennent à l'être réellement.

Citons ainsi les passages suivants: - Deux gardes musclés apportent sur un plateau une danseuse orientale. - Deux duellistes s'entraînent au fouet jusqu'à l'arrivée de la belle inconnue. - De vieux messieurs respectables observent les caresses de notre coquine. - On note aussi une scène d'amour éclairée à la lampe torche, le couple au centre des ébats étant observé par de nombreux hommes qui dirigent les faisceaux de leurs lampes. Pas de quoi crier au génie, soyons honnête, mais cela change de la séquence de cul filmée au caméscope dans une chambre constituée uniquement d'un lit et de trois étagères. Autre particularité de ce titre, les scènes cochonnes sont nombreuses mais vite expédiées, comme si les auteurs voulaient caser un maximum de fantasmes diversifiés en un minimum de temps. D'un coté cela ne donne pas vraiment l'occasion de s'impliquer dans l'action, de l'autre cela permet de maintenir un rythme élevé et de ne pas ennuyer le spectateur.

 

La pirouette finale est téléphonée mais acceptable dans les limites du genre: il y a une volonté de conclure véritablement cette petite histoire, même par une fin ouverte. Cela change des X où le mot "fin" apparaît soudain et où l'intrigue (lorsque intrigue il y a bien sûr!) est laissée en plan. Au niveau des actrices, elles sont toutes superbes, en particulier Laure Sinclair qui est très naturelle et fort éloignée des stéréotypes de la hardeuse de base. Elle se livre à la débauche avec une conviction forçant le respect, notamment lorsqu'elle tente de pervertir un pseudo curé bigot à souhait ayant de plus en plus de mal à contenir ses appétits. Le bonhomme finit d'ailleurs par craquer et sodomise la belle Sinclair complètement nympho. C'est sûr, Satan l'habite! Léa Martini, elle, se conforme davantage à ce modèle (blonde, grande, poitrine opulente) mais parvient à être désirable malgré (qui a dit à cause?) d'une certaine vulgarité assumée. Sinclair, habillée de dentelle ou d'un costume de Catwoman assez kitsch (mais moins ridicule que celui de Halle Berry dans le film de Pitof quand même, faut pas pousser!) illumine donc ce LABYRINTHE assez plaisant à parcourir.

Avec un minimum d'effort, Alan Payet (né en 1947) aurait pu offrir un spectacle nettement plus abouti. Mais il ne fallait sans doute pas trop lui en demander, son "travail" étant rarement marquant. Payet, stakhanoviste du hard gaulois, a débuté par des pornos comiques (comme LES TRIPOTEUSES) avant de réaliser la comédie franchouillarde L'EMIR PREFERE LES BLONDES avec Paul Préboist. La suite de sa carrière alterne les films d'exploitation pour la firme Eurociné (avec ses nazi-porn ringards genre LA LOUVE DE STILBERG et TRAIN SPECIAL POUR HITLER), les X classiques et classieux pour Marc Dorcel et le hard-crad pur et dur, souvent sous le pseudo de John Love, avec SODOBSESSION, LA DOCTORESSE A DES GROS SEINS et autres MISS HARD CRAD SE DECHAÎNE.

Forcément, nous sommes loin de chef d'œuvres, même dans le domaine du porno, mais ce LABYRINTHE se situe quand même bien au-dessus du reste de sa filmographie. On devine le cinéaste plus inspiré que d'habitude, entre autres dans la variété des saynètes proposées, mais le tout dénote quand même une certaine tendance au bâclage, hélas indissociable du X depuis le passage à la vidéo au début des eighties. LABYRINTHE est un donc un peu plus qu'un porno basique noyé dans la masse.

Le soin relatif du métrage permet au spectateur de ne pas s'y ennuyer, y compris entre les passages chauds, et les innovations constantes au niveau des situations sensuelles s'avèrent assez efficaces. Plus raffiné, mieux ficelé et plus original que le sempiternel porno du samedi soir, LABYRINTHE parvient à convaincre dans les limites de ses modestes ambitions. Mais nous sommes fort en deçà des vrais chefs d'œuvres comme DERRIÈRE LA PORTE VERTE, RÊVES DE CUIR ou NIGHT DREAMS, construits sur le thème assez similaire d'ailleurs du fantasme devenu réalité.

Fred Pizzoferrato - Juin 2007