LAKE PLACID 3
Titre: Lake Placid 3
Réalisateur: Griff Furst
Interprètes: Colin Ferguson

 

Yancy Butler
Kirsty Mitchell
Michael Ironside
Kacey Barnfield
Jordan Grehs
Mark Evans
Année: 2010
Genre: Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Succès surprise de 1999, LAKE PLACID avait participé au retour éphémère des « grosses bestioles » dans les salles de cinéma, aux côtés d’ANACONDA, DEEP BLUE SEA ou ARAK ATTACK. Ayant gagné ses galons de petit classique du genre grâce à son humour parodique, son côté nostalgique assumé et ses dialogues réjouissants, le film de Steve Miner a eu droit, en 2007, à son inévitable séquelle, laquelle suit la voie des suites de TREMORS, ANACONDA, PUMPKINHEAD ou STARSHIP TROOPERS : un direct to vidéo à bas prix à l’intérêt limité.

Envisagé dans la foulée du deuxième volet, ce LAKE PLACID 3 constitue, pour sa part, une banale mais plaisante série B horrifique. Si elle se situe loin d’une grande réussite et ne s’élève jamais au-dessus de la moyenne, cette séquelle se regarde sans déplaisir et, dans le domaine balisé de « l’agression animale », ce n’est déjà pas si mal. Il faudra, de toutes manières, s’en contenter, le film de Griff Furst ne pouvant, dans aucun domaine, se confronter à celui de Steve Miner.

La famille Bickerman décide de revenir vivre près du Lac Placid, témoin, quelques années auparavant, de plusieurs attaques de crocodiles meurtriers. Nathan Bickerman, le garde-chasse, n’est autre que le neveu de Dolores, cette vieille femme ayant jadis engraissé un crocodile. Fantasque, Dolores le considérait comme un animal domestique et le nourrissait de vache jusqu’à ce qu’il prenne son indépendance avec les conséquences dramatiques que l’on sait. Aujourd’hui, Nathan essaie d’oublier cette histoire et patrouille sur les berges du lac en compagnie du shérif afin de traquer les braconniers. Son fils, pour sa part, découvre une poignée de bébés sauriens et décide, pour respecter peut-être la tradition familiale, de les élever secrètement en les nourrissant de steaks volés au supermarché. Malheureusement, une fois devenus adultes, les bestioles deviennent agressives et s’en prennent à quelques touristes venus gouter aux charmes du Lac Placid.

Sans la moindre surprise, LAKE PLACID 3 égrène tous les clichés attendus de ce genre de productions écrites à la va-vite et sans autre ambitions que d’engranger quelques dollars lors de leur diffusion sur les chaines du câble. Les protagonistes, pour commencer, sont tous atrocement stéréotypés : le gamin solitaire nourrit des crocos pour compenser son manque d’affection jusqu’à ce qu’il se rende compte de sa bêtise ; son papa, un garde-chasse, prend alors la situation en main et affronte la bête qui, entre temps, a déjà tué une dizaine de personnes.

La plupart des victimes du saurien répondent, elles, aux normes habituelles et composent une belle brochette de pantins au physique avantageux uniquement préoccupés de boire et copuler au bord de l’eau. Si le montage « unrated » révèle copieusement l’anatomie de ces demoiselles dans un véritable festival de plans nichons (voire de plan foufoune pour les plus délurées), la version destinée aux chaînes télévisées s’avère, hélas, d’une regrettable pudibonderie et rhabille (au sens propre, via des plans alternatifs !) toutes ces nymphettes.

Maigre consolation, le gore se montre plus généreux, y compris dans le montage télévisé, même si les effets sanglants restent peu nombreux et guère convaincants. Le crocodile en lui-même manque de finition et s’apparente, de manière fort visible, à une image de synthèse générée sans grand talent par des infographistes probablement sous-payés. Toutefois, le monstre parvient à faire illusion, à condition bien sûr de manifester beaucoup d’indulgence, tant les productions Syfy ou The Asylum ont nivelés par le bas les attentes du spectateur. Même des effets foireux comme ceux de LAKE PLACID 3 paraissent réussis par rapport à des productions similaires encore plus catastrophiques comme, par exemple, le nullissime L’ATTAQUE DU REQUIN A DEUX TÊTES.

Techniquement, LAKE PLACID 3 assure cependant le strict minimum. Le cinéaste Griff Furst, connu pour ses nombreux « mockbusters » (WOLFSBAYNE, 100 MILLION BC, UNIVERSAL SOLDIERS, I AM OMEGA,…des plagiats fauchés de superproductions cent fois plus fortunées !) parait s’être reconverti dans le domaine plus économique de « l’agressions animales » comme en témoignent ses récents SWAMP SHARK et ARACHNOQUAKE. Il accomplit ici son possible, c’est-à-dire pas grand-chose, afin de sauver les meubles mais ne peut guère tromper le public.

Comme souvent, le tournage s’est effectué en Bulgarie avec des moyens très réduits et un casting composé de Colin Ferguson (la série télé « Eureka »), la belle Yancy Butler (« Witchblade ») et le has-been Michael Ironside, une fois de plus sous-employé. La mise en scène approximative et la caméra tremblotante, censée dynamiter le récit, le rend, au contraire, pénible et les morceaux de bravoure (comme le combat entre le héros armé d’une tronçonneuse et le crocodile) sont trop vite expédiés ou bâclés pour emporter l’adhésion. Si la première moitié du film maintient un semblant de suspense, la suite, par contre, ennuie en multipliant ad nauseam les scènes d’attaques rapidement répétitives

Si LAKE PLACID 3 n’est clairement pas une réussite et ne peut rivaliser avec le premier volet, il se situe pourtant, dans la masse grouillante des films de crocodiles tueurs, dans une moyenne acceptable. Loin en deçà des plaisants L’INCROYABLE ALLIGATOR, BLACK WATER, ROGUE ou LE CROCODILE DE LA MORT mais bien au-dessus de daubes comme KILLER CROCODILE 2, MEGASHARK Vs CROCOSAURUS, BLOOD SURF, SUPERCROC ou l’affligeant CROCODILE de Tobe Hooper, le téléfilm de Griff Furst se regarde d’un œil distrait, de préférence avec des potes, des bières et du popcorn.

En résumé, LAKE PLACID 3 doit être réservé aux amateurs du genre mais ceux-ci pourront s’en contenter et même s’y divertir avec un minimum de second degré et d’indulgence. En attendant la sortie de LAKE PLACID IV : THE FINAL CHAPTER.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012