LA LAME INFERNALE
Titre: La polizia chiede aiuto /
What Have They Done to Your Daughters?
Réalisateur: Massimo Dallamano
Interprètes: Claudio Cassinelli

 

Giovanna Ralli
Mario Adorf
Franco Fabrizi
Farley Granger
Marina Berti
Paolo Turco
Année: 1974
Genre: Thriller / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Deuxième giallo de Massimo Dallamano après le classique MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ?, ce métrage reprend également de nombreux éléments du « poliziotteschi », les fameux thrillers d’action italiens des seventies, souvent musclés et largement critiques à l’égard de la politique de la Péninsule. Ce mélange intéressant combine donc une enquête tortueuse, menée par un inspecteur incorruptible, aux clichés du meurtrier vêtu de cuir noir supprimant de séduisantes, et peu farouches, demoiselles.

La mort d’une jeune adolescente, découverte entièrement nue et pendue dans une petite chambre mansardée fermée de l’intérieur aurait dû être classée comme un simple suicide sans l’acharnement de l’inspecteur Silvestri. Ce dernier, en effet, soupçonne immédiatement quelque chose de louche et divers indices l’amènent à requalifier le supposé suicide en meurtre habilement camouflé. Avec l’aide d’une assistante judiciaire, Vittoria Stori, le flic enquête dans l’entourage de la demoiselle décédée et découvre rapidement qu’elle n’avait rien d’une oie blanche. En effet, la jeune fille, tout comme plusieurs autres gamines de sa connaissance, appartenait à un réseau de prostitution clandestine visant à offrir de juvéniles distractions à divers personnalités importantes d’un âge respectable.

Silvestri et son adjoint Valentini remontent la piste et aboutissent à un véritable panier de crabes impliquant des nantis italiens ayant pignon sur rue. Mais il s’agit d’une course contre la montre pour les policiers car, dans le même temps, un assassin vêtu d’une combinaison de moto noire et d’un casque intégrale dissimulant son visage supprime toutes les personnes impliquées dans l’affaire.

Après MAIS QU'AVEZ VOUS FAIT A SOLANGE?, LA LAME INFERNALE s’intéresse, à nouveau, aux jeunes filles dissimulant de sombres secrets et, après les avortements clandestins, c’est aux réseaux de prostitutions de mineurs que s’attaque cette fois Dallamano. Notons que le cinéaste prévoyait d’ailleurs de conclure sa trilogie avec ENIGMA ROSSO dont il écrivit le scénario et qu’il aurait dû mettre en scène. Malheureusement, le décès de Dallamano laissa le projet entre les mains peu inspirées d’Alberto Negrin.

Bien mené et efficace, même si certains lui reprocheront sans doute un côté moralisateur et réactionnaire typique du polar des seventies, LA LAME INFERNALE se révèle visuellement attractif et démontre le talent de Dallamano, lequel soigne son métrage et lui offre une photographie classieuse assortie d’une mise en scène impeccablement calibrée. Niveau violence, le métrage se montre plutôt timoré (malgré quelques éclats gore) et les exactions du tueur masqué passent au second plan au profit de l’enquête de l’inspecteur incorruptible. Le cinéaste en profite d’ailleurs pour effectuer une charge mordante de la société italienne et tire à boulets rouges sur les toutes les institutions du pays.

Excepté nos héros, la population décrite par Dallamano n’est, en effet, pas franchement fréquentable, partagée entre policiers corrompus ou complices et représentant de la justice fermant les yeux sur les pratiques de notables se payant du bon temps tarifié en compagnie de mineures. Pour ces dernières, le cinéaste ne se montre guère plus indulgent, décrivant une bande d’adolescentes vénales dont l’innocence est, depuis longtemps, derrière elles et qui n’ont plus rien à apprendre du pouvoir de leur corps. En effet, si certaines ont, apparemment, été contraintes à la prostitution par naïveté ou par crainte, la plupart, au contraire, sont pleinement conscientes de leurs actes mais y voient un moyen facile d’arrondir leurs fins de moins.

L’intrigue, qui se prétend « basé sur des faits divers réels » et se conclut par d’alarmantes statistiques concernant les disparitions de jeunes filles en Italie, s’avère en tout cas extrêmement solide. Le scénario, inspiré par les meilleurs thrillers à connotations politiques, est, en effet, sans faille, à l’exception d’un final précipité et peu crédible aboutissant à l’exécution par la police du fameux motard assassin.

L’épilogue, d’un cynisme ravageur, laisse cependant un goût amer d’authenticité et délivre une vision particulièrement pessimiste de l’humanité. L’inspecteur, désabusé, comprend, en effet, que malgré toutes les preuves rassemblées, les principaux coupables échapperont à la justice, celle-ci ayant contenté l’opinion publique en lui offrant du menu fretin pour mieux laisser en paix les nantis et les puissants.

En dépit d’un sujet racoleur, Dallamano évite intelligemment les détails les plus graveleux en recourant à d’habiles procédés appâtant le spectateur sans verser dans le voyeurisme. Le cinéaste utilisant, par exemple, des photographies brièvement aperçues, des rapports de polices ou des enregistrements sonores qui permettent au spectateur de reconstituer les événements sans trop les dévoiler. Néanmoins, LA LAME INFERNALE propose une bonne dose de nudité juvénile et n’hésite pas à jouer la carte de l’exploitation pour titiller le public. Un savant dosage d’explicite et de suggestion.

La bande originale, exceptionnellement réussie et entrainante de Stelvio Cipriani, constitue, en outre, un atout supplémentaire pour ce giallo d’action de grande qualité.

Moins connu et réputé que son chef d’œuvre MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ?, cette LAME INFERNALE mérite cependant d’être, au choix, découvert, revu ou réévalué et s’impose parmi les plus belles réussites du thriller italien des années ’70.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011