LAST CARESS
Titre:  
Réalisateur: François Gaillard et Christophe Robin
Interprètes: Julie Baron

 

Guillaume Beylard
Elina Calmels
Antony Cinturino
Michel Coste
Agathe Daviron
Rurik Sallé
Année: 2011
Genre: Giallo / Slasher / Gore / Erotique
Pays: France
Editeur Le Chat qui fume
Critique:

François Gaillard et Christophe Robin sont deux jeunes cinéastes français de bon goût qui aiment l’horreur, le gore, l’érotisme, le giallo et le punk rock des Misfits. D’où leur envie de proposer un long-métrage autoproduit, BLACKARIA qui témoigne de leurs influences.

Plutôt bien accueillie, la première œuvre du dynamique duo a surtout constitué une véritable carte de visite qui leur a permis de recevoir le soutien financier de l’éditeur DVD « Le Chat qui fume » pour leur seconde réalisation, LAST CARESS.

Tourné de manière amateur avec un budget très restreint, ce nouveau film ne change pas la donne : de la nudité, du gore très généreux, des références cinéphiliques nombreuses et une ambiance générale proche des classiques du giallo. L’intrigue, minimaliste, enferme une poignée de copains dans une grande maison isolée devenu le terrain de jeu d’un assassin ganté de noir. La nuit va être longue et le massacre sanglant d’autant que l’influence maléfique d’une sorcière jadis exécutée par l’Eglise plane sur la demeure.

D’une durée de 72 minutes, LAST CARESS tient vraiment de l’oeuvrette conçue par des fans avec les moyens du bord et quasiment pas une thune. D’où un tournage à l’arrache d’une vingtaine de jours et une interprétation approximative qui rend les personnages peu intéressants. Le scénario ne tente jamais, d’ailleurs, de les rendre sympathiques ou attachants et les dialogues, parfois humoristiques, tombent dans les pires clichés et sont à la fois ridicules, vulgaires et lourdauds.

Si les interprètes essaient tant bien que mal de mimer la peur, leurs patentes faiblesses de jeu rendent l’entreprise vaine et maladroite. Heureusement, les actrices n’hésitent pas à tomber le chemisier et donnent de leur personne lors des plaisants intermèdes érotiques distillés à intervalles réguliers. Le scénario, pour sa part, se montre hélas brouillon et confus, ce qui rend la compréhension de l’histoire quasiment impossible. Un défaut partagé, dans une moindre mesure, par les récentes tentatives de « revival du giallo » comme AMER ou LES NUITS ROUGES DU BOURREAU DE JADE.

Les motivations du tueur, apparemment à la recherche d’une peinture mystérieuse de grande valeur, restent obscures et la présence maléfique d’une cruelle sorcière parait rajoutée à la trame narrative ténue pour permettre aux cinéastes quelques flashbacks « sexy ». Ces derniers montrent l’ensorceleuse nue sévèrement fouettée à coups de ronces par une poignée de bonnes sœurs. La scène, joliment sensuelle, rappelle les grandes heures de la « nunsploitation » et décalque un passage similaire puisé dans le fameux LE COUVENT DE LA BÊTE SACREE.

D’autres références viennent également « épaissir » le fil conducteur scénaristique : l’arme du tueur (une sorte de poing américain hérissé de picots acérés) provient de LA MORT CARESSE A MINUIT, le look du premier assassin reprend celui de SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN et l’intrigue générale réplique, grosso modo, celle de TORSO, un des premiers hybrides entre le giallo et le slasher. Les cinéastes assument d’ailleurs pleinement leurs sources d’inspirations et dédient le film à leurs « héros » (Sergio Martino, Dario Argento, Lucio Fulci, Mario Bava, etc.). Quelques emprunts, plus ou moins appuyés, jalonnent en outre le métrage, de L’AU-DELA à SUSPIRIA en passant par BAIE SANGLANTE ou PEUR SUR LA VILLE.

Pour enfoncer le clou, la musique se met au diapason et offre un savoureux mélange de disco synthétique et de techno mélodique, quelque part entre les inévitables Goblin et les sonorités à la fois modernes et nostalgiques de Daft Punk. Signée Double Dragon, cette bande sonore constitue, en tout cas, une réelle valeur ajoutée qui soutient l’entreprise et lui donne un dynamisme appréciable, en particulier lors des scènes de meurtres, toutes confectionnées avec un soin évident.

La mise en scène des duettistes joue, elle-aussi, la carte de l’hommage aux seventies et impose ces plans baignés de couleurs chaudes et fortement contrastées qui furent la marque de fabrique d’Argento et Bava à leur apogée. Si quelques séquences d’exposition trahissent une conception hâtive et ressemblent à une vidéo porno de Marc Dorcel, les scènes d’horreur reçoivent, pour leur part, toute l’attention nécessaire et les deux cinéastes y donnent la pleine mesure de leur talent, d’autant que les maquillages gore sont impeccables.

Avec un scénario plus travaillé, quelques billets verts supplémentaires et des acteurs plus convaincants, nul doute que François Gaillard et Christophe Robin auraient de bien belles choses à offrir. Mais, même handicapés par ces limitations et englués dans leurs références, qui sont autant de clins d’œil lancés à un spectateur forcément connaisseur et complice, ce petit film se suit sans déplaisir.

En dépit de ses défauts, LAST CARESS apparaît en effet comme une sympathique tentative de proposer du vrai cinéma de genre « bleu blanc rouge » Surtout rouge d’ailleurs. Dans le paysage cinématographique français actuel, composé de pensums « auteurisant » ou, à l’inverse, de comédie bas de plafond, LAST CARESS s’impose donc comme un bol d’air frais. Un détonnant cocktail de sexe et de sang qui saura, à coup sûr, ravir les amateurs nostalgiques de ce style excessif qualifié ici, avec une certaine pertinence, de « glam gore ». A découvrir !

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012