LAST HOUSE ON DEAD END STREET
Titre: Last House on Dead End Street
Réalisateur: Roger Watkins
Interprètes: Roger Watkins

 

Ken Fisher
Bill Schlageter
Kathy Curtin
Steve Sweet
Pat Canestro
 
Année: 1973 / 1977
Genre: Horreur
Pays: USA
Editeur Neo Publishing
Critique:

Réalisé de manière quasiment artisanale et même expérimentale LAST HOUSE ON DEAD EN STREET est une œuvre déstabilisante due à un certain Roger Watkins. Né en 1948 et décédé en 2007, Watkins a dirigé le métrage (sous le pseudonyme de Victor Janos) mais aussi incarné le rôle principal (dissimulé alors sous le nom de Steve Morrison) et écrit le scénario (pseudonyme : Brian Laurence). On le retrouve encore à la musique (Claude Armand), à la production (Norman F. Kaiser) et à la post-production (Bernie Travis). Bref, à croire que Watkins a pratiquement tout fait sur ce film.

Si LAST HOUSE ON DEAD END STREET était le premier film de Watkins, il n’en resta pas là par la suite et, dans les années 80, le cinéaste réalisa une dizaine de porno à la réputation plutôt enviable. Les autres acteurs (hum !) de LAST HOUSE ON DEAD END STREET, également cachés sous des noms d’emprunts, ne firent par contre rien d’autre ensuite, ce qui ne veut pas dire que nous avons affaire à un authentique snuff movie. Non, il est toujours clair qu’il s’agit d’une œuvre de fiction (contrairement par exemple à GUINEA PIG qui jouait un peu trop sur cette ambiguïté, ce qui lui valu d’ailleurs des démêlées avec la censure) même si l’intrigue est simpliste et la mise en scène très brute. Watkins n’avoua cependant la paternité de ce LAST HOUSE ON DEAD END STREET qu’au début des années 2000 en contactant David Kerekes, lequel s’était montré particulièrement enthousiaste dans son ouvrage définitif sur les snuff movies, l’indispensable « Killing For Culture ».

Le film durait à l’origine près de trois heures et il devait sortir en 1973, juste après son tournage, mais resta plusieurs années à prendre la poussière suite à divers problèmes avec une des actrices désirant que ses scènes de nu soient coupées. L’œuvre sortit finalement à la toute fin des années 70 et fut alors rebaptisée par un producteur désireux de capitaliser sur le succès du LAST HOUSE ON THE LEFT de Wes Craven. Tourné pour un budget inexistant par une équipe d’amateurs constamment défoncés aux amphétamines et autres drogues, LAST HOUSE ON DEAD END STREET connu une carrière si confidentielle que certains doutaient même de son existence réelle. Brièvement exploité en VHS sous le titre « The Funhouse », le film, aurait dû se retrouver sur la liste des « video nasty » mais échappa bizarrement à l’infâmante étiquette. Suite à un quiproquo, ce fut en effet le métrage homonyme de Tobe Hooper (connu chez nous comme MASSACRES DANS LE TRAIN FANTOME) qui fut banni à sa place des vidéoclubs anglais. Finalement, un DVD fut édité en 2003 en zone 1 et un zone 2 soigné, signé Neo Publishing, débarqua enfin pour que chacun puisse se faire une opinion sur ce « cult classic » autoproclamé.

Terry Hawkins (joué avec une certaine conviction par le réalisateur lui-même) vient de sortir de prison après avoir purgé une peine de prison d’un an pour une affaire de drogues. Décidé à se venger de la société, il veut réaliser des films avec ses copains et contacte pour cela un producteur spécialisé dans le porno. Ce dernier se lamente d’ailleurs de l’évolution des goûts du public, de plus en plus difficiles à satisfaire. Il regarde d’un œil blasé un petit métrage montrant une femme se caresser dans son bain, puis un autre dans lequel interviennent deux lesbiennes. Mais ce genre de produit n’a plus trop la côte tant les spectateurs, lassés de tout, réclament davantage d’inédit et de perversions. Terry et sa petite équipe commencent donc à réaliser des films « snuff » : ils étranglent un homme, appliquent un fer chauffé au rouge sur la poitrine d’une femme avant de lui trancher la gorge, etc.

Terry finit par poignarder un pauvre type qu’il avait forcé à « diriger » une de ses œuvres en lui hurlant « c’est moi qui réalise ce putain de film ! ». Au fil de ses méfaits, Terry devient de plus en plus dérangé mais ne perd pas le soutien de son équipe de détraqués, lesquels ne se posent aucune question sur leurs actes, même lorsqu’une victime se met à hurler « ce n’est pas une blague, ce n’est même pas du cinéma, c’est la réalité ! ».

A la manière d’un gourou maléfique, Terry poursuit donc ses atrocités et nous offre finalement LA scène clé du métrage : la torture d’une jeune femme allongée sur un lit et lentement démembrée à la scie avant d’être éviscérée à la tenaille. Une boucherie assez choquante, d’une durée d’environ cinq minutes, qui utilise une bande son saturée à l’extrême pour amplifier l’horreur glauque et malsaine. Ensuite nous avons droit à une nouvelle – et ultime - scène choc : le mari de la demoiselle précédemment assassinée se voit excité par une des filles de l’équipe qui se déshabille avant de sortir une patte de cerf de son entrejambe, forçant sa victime à sucer ce simili-pénis. Tout se termine par une perceuse transperçant l’œil de la victime avant qu’une voix off nous rassure : tous les protagonistes furent arrêtés et emprisonnés.

LAST HOUSE ON DEAD END STREET apparaît en définitive comme un film bricolé et empli de scènes surréalistes dont la signification hasardeuse laisse le spectateur dubitatif. Nous assistons ainsi, par exemple, à la longue flagellation d’une demoiselle au visage peinturluré de noir par un sadique bossu au cours d’une soirée bourgeoise. Les acteurs participent également à ce décalage en ne se donnant aucunement la peine de jouer, se contentant d’évoluer tout au long de l’intrigue comme des zombies hagards, le visage inexpressif, hurlant ou riant parfois hystériquement alors que Roger Watkins reste, lui, totalement concerné par son rôle et demeure pleinement convaincant en bourreau messianique.

Volontairement (?) mal doublé (les dialogues ne sont d’ailleurs pas synchronisés), monté à la tronçonneuse, bourré de faux raccords et d’images qui tressautent pour accentuer, on le devine, l’aspect documentaire / snuff du métrage, LAST HOUSE ON DEAD END STREET ne peut s’apprécier qu’en tant qu’expérience cinématographique extrême et pas vraiment plaisante à suivre. Heureusement sa durée réduite (à peine plus d’une heure quart) aide à faire passer la pilule et on n’ose imaginer un tel scénario étiré sur plus du double de temps comme le souhaitait au départ le réalisateur.

Relecture d’ORANGE MECANIQUE et DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE par un type qui se réclame du surréalisme et puise pour créer son ambiance dans les musiques libres (enfin pas toujours) de droit et les rituels masqués des pratiques sado-maso, LAST HOUSE ON DEAD END STREET est parvenu à acquérir un certain statut, celui d’une œuvre bizarre et culte.

On peut donc le considérer, au choix, comme un véritable classique oublié du cinéma choc ou au contraire comme la vaine tentative de camoufler une série Z d’exploitation derrière des alibis culturels et artistiques un peu douteux. A vous de choisir…même si, personnellement et subjectivement, j’opterais plus volontiers pour la seconde option.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2009