DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE (remake)
Titre: Last House On The Left
Réalisateur: Dennis Iliadis
Interprètes: Garret Dillahunt

 

Tony Goldwyn
Monica Potter
Sara Paxton
Aaron Paul
Michael Bowen
Riki Lindhome
Année: 2009
Genre: Rape and revenge / Horreur / Thriller
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1972, DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE fut le premier film du jeune Wes Craven, une œuvre crue et brutale, non dénuée de scories mais à la puissance singulière et durable. Le métrage, déjà inspiré par LA SOURCE de Bergman, lança une vague, un tant fructueuse, dite du « rape and revenge », donnant par la suite des métrages tels LE DERNIER TRAIN DE LA NUIT, LA PROIE DE L’AUTOSTOP et I SPIT ON YOUR GRAVE.

Par la suite, LAST HOUSE ON DEAD END STREET, LAST HOUSE ON THE BEACH, LAST HOUSE NEAR THE LAKE, LAST HOUSE IN THE WOODS, LAST HOUSE ON HELL STREET exploitèrent le schema ou, du moins, un titre porteur au point qu’on vit même un BAIE SANGLANTE promptement rebaptisé « Last House On The Left 2 ». Fred J. Lincoln, acteur dans le film de Craven reconverti dans le X dirigea et joua même dans un porno référentiel nommé LAST WHOREHOUSE ON THE LEFT. Bref, une descendance nombreuse qui donna à l’original la réputation d’un monument du cinéma d’exploitation des années 70.

L’idée d’un remake devait forcément intéresser Hollywood, tenté depuis quelques années par la relecture sanglante des classiques (réels ou supposés) de l’horreur. Wes Craven, décidé à exploiter son fond de commerce après la réussite critique et commerciale de LA COLLINE A DES YEUX version Aja, lança donc l’idée d’une révision de son premier long-métrage. Difficile pourtant d’envisager une nouvelle DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE à notre époque, certes plus permissive au niveau du gore, mais également moins encline à explorer les sentiers malsains empruntés par l’original. De même la version 1972 semblait solidement ancrée dans un contexte particulier et une remise au goût du jour s’imposait.

erCe fut au cinéaste grec Dennis Illiadis, précédemment auteur de HARDCORE, un long-métrage consacré à la prostitution à Athènes, de relever le défi. La première difficulté consistait sans doute à retrouver la spontanéité et l’approche violemment rageuse du métrage de Wes Craven après près de quatre décennies d’imitations souvent peu convaincantes. Dennis Illiadis y parvient pourtant en reprenant l’intrigue pratiquement à l’identique mais en effectuant des ajustements mineurs pour mieux coller à notre temps.

Marie et son amie Paige partent en ville pour faire la fête, croisent la route du jeune Francis et le suivent dans un motel pour y fumer quelques joints. A la fin de l’après midi le père de Francis, une brute nommée Krug, débarque en compagnie de sa compagne et d’un de ses amis. Récemment évadé de prison, Krug décide de kidnapper les deux filles, les emmènent en forêt et les viole avant de les laisser pour mortes. Le gang finit par échouer dans une maison isolée où vivent les parents de Marie, lesquels découvrent peu à peu la vérité. Lorsqu’une Marie agonisante revient chez elle, les parents décident de rendre coup pour coup à Krug et compagnie.

Au niveau du scénario, DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE se montre plus cohérent que son modèle, remplaçant les coïncidences et événements peu plausibles par un enchainement de situation nettement plus logique. L’humour pénible se trouve également évacué, Illiadis supprimant totalement l’inutile enquête policière menée par des flics incompétents et censé atténuer la noirceur du propos par des éléments comiques ratés et déplacés. Malheureusement, Illiadis simplifie aussi la donne en ôtant au métrage certains passages perturbants, lesquels renvoyaient finalement dos à dos les parents et les assassins, tous étonnés d’avoir sombrés dans une véritable spirale de violences.

La fameuse séquence du viol, longuement étirée en 1972, se montre ici fort timorée et élude toutes les humiliations antérieures pour ne garder qu’un bref passage pratiquement dénué d’impact. La force brute de la scène donnait, chez Craven, un caractère malsain et déplaisant au long-métrage mais tout cela est globalement évacué par le remake, lequel traite le viol non comme le pivot central de l’intrigue mais comme une scène parmi d’autres qui, jamais, ne fait naitre le moindre dégout chez le spectateur. L’opposition entre les « gentils » et les « méchants » verse également dans un certain manichéisme, les premiers incarnant la famille américaine typique issue d’une publicité télévisée alors que les seconds s’apparentent aux grands méchants loups des contes de fées.

Le rapprochement avec « Le Petit Chaperon Rouge », déjà perceptible en 1972, se montre ici encore plus évident et se teinte d’une certaine morale diffuse, les jeunes filles trop libérées finissant par tomber dans les griffes du croque-mitaine avant que leurs parents ne viennent les secourir. Un peu schématique sans doute. Certaines caractérisations des personnages semblent d’ailleurs introduites dans le seul but de se révéler utiles au moment opportun : la demoiselle championne de natation et le papa médecin apportent deux éléments cruciaux qui permettront à l’intrigue d’avancer ultérieurement. Cependant Illiadis démontre également un réel sens du suspense et adopte la devise du grand Alfred en donnant aux spectateurs toutes les informations utiles mais en laissant ses personnages agir avec un temps de retard. La question n’est donc plus de savoir si la violence finira par éclater mais bien de deviner quand et comment la situation évoluera vers le chaos et la barbarie. De bons choix donc pour une orientation très portée sur le thriller tendu et redoutablement efficace.

Au niveau de la mise en scène, Illiadis se met au diapason de ses ambitions en rendant l’ensemble bien plus professionnel. Si cette nouvelle version ne possède pas l’aspect quasiment documentaire de l’original, le cinéaste opte pour une réalisation solide dénuée de l’amateurisme de Craven. DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE traitant essentiellement des relations entre une poignée de personnages placés dans une situation extrême (comme en témoigne l’accroche publicitaire « jusqu’où iriez-vous… »), le choix des acteurs s’avéraient primordial. Garret Dillahunt assure donc la délicate succession du menaçant David Hess e adopte un jeu plus posé mais tout aussi efficace. Dillahunt traduit admirablement la dangerosité à peine dissimulée de ce redoutable prédateur spécialisé dans la manipulation des plus faibles et rend son personnage vraiment terrifiant. Mais, alors que Hess volait la vedette de toute la distribution dans le métrage de Craven, ce remake se montre plus homogène et le reste du casting s’avère tout aussi convaincant. Si on peu regretter la transformation de « Krug et compagnie » en criminels plus conventionnels (loin des Freaks aux yeux hagards d’antan, parfois étonnés de leurs propres actes), la démarche est compréhensible et cohérente avec un métrage voulu sérieux, dramatique et réaliste.

Reste que DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE refuse de reprendre certains éléments, jugés sans doute trop choquants, de l’œuvre de Craven (la scène de lesbianisme forcé et l’humiliation à base d’urine des deux adolescentes, la fameuse fellation conclue par une violente castration buccale). Paradoxalement Illiadis « compense » cette relative retenue en donnant dans la violence exacerbée, éludant la suggestion malsaine pour se vautrer dans un gore démonstratif mais moins percutant. Le cinéaste transforme ainsi le « rape and revenge » tenté par le thriller d’auto-justice en survival plus classique mais, heureusement, DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE assume au final son statut de production revancharde en offrant au spectateur une dernière séquence virant au Grand-Guignol mais bien sympathique.

Alors que la seconde moitié du film voulait se dédouaner du thème de la justice personnelle en transformant la vengeance en pulsion de survie, la toute dernière scène renoue avec l’esprit « vigilante » de l’original : son héros condamne à mort l’immonde Krug et applique lui-même la sentence. Illiadis offre enfin une conclusion réellement réactionnaire à son métrage, jusque là assez timoré au niveau du « message » et, en cautionnant finalement la peine de mort, le cinéaste retrouve in extremis l’énergie des DIRTY HARRY et autres DEATH WISH des seventies, lesquels ne craignaient pas de montrer le « héros » supprimer le « méchant » sans lui chercher des excuses. Le véritable problème de cette scène réside malheureusement dans l’utilisation ridicule d’un four à micro-onde pour l’exécution de la peine capitale, terminant DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE sur une note légère et humoristique peu à sa place dans l’univers développé. Il eut été beaucoup plus efficace de montrer Krug abattu d’une balle dans la tête par les parents de sa victime mais les producteurs ont optés hélas pour ce « gag » final inadéquat laissant le spectateur quitter la salle avec le sourire et non la nausée.

DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE constitue donc un remake très efficace, beaucoup plus professionnel, cohérent et maîtrisé que l’original. L’extrême violence visuelle ne l’empêche pas, non plus, d’être moins brutal et plus réservé, le réalisateur ayant troqué la violence rugueuse et le malaise viscéral au profit d’une vengeance sanglante et d’une conclusion nettement moins dépressive.

En dépit de ces réserves, DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE se montre une bonne surprise, globalement réussi et bien mené qui rejoint LA COLLINE A DES YEUX, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE ou L’ARMEE DES MORTS au rang des remakes réussis de classiques de l’horreur des seventies.

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

Fred Pizzoferrato - Mai 2009