DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE
Titre: The Last House On The Left /
Krug And Company / Sex Crime of the Century
Réalisateur: Wes Craven
Interprètes: David Hess

 

Lucy Grantheim
Sandra Cassel
Fred J. Lincoln
Jeremie Rain
 
 
Année: 1972
Genre: Rape and Revenge / Horreur
Pays: USA
Editeur  
4 /6
Critique:

Date marquante pour le cinéma d'horreur, la sortie - en 1972 - de ce métrage fut un véritable événement, au point qu'on peut véritablement parler d'un "avant" et d'un "après" DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE. A partir de ce moment, l'épouvante traditionnelle ("gothique") céda du terrain et les studios comme la Hammer et la Amicus virent leur étoile pâlir.

Les révoltes estudiantines, la guerre du Viet-Nam, la violence urbaine et l'insécurité croissante, associée à la crise économique et à la fin tragique de l'utopie hippie pavèrent la route d'un nouveau cinéma d'horreur, froid et réaliste. Les vampires hantant les châteaux des Carpates et les savants fous expérimentant au fond de leur laboratoire devinrent, pratiquement du jour au lendemain, obsolètes. Ayant cessés d'effrayer, les grands Monstres du répertoire laissèrent la place aux monstres authentiques: les psychopathes, les violeurs, les serial-killers. Que pouvait encore un aristocrate aux canines acérées face à un sadique défoncé à la coke brandissant une lame de rasoir? La peur changea de visage et se recentra résolument dans un environnement réaliste, délaissant le "merveilleux horrifique" pour une véritable brutalité crue, brouillant les frontières entre l'épouvante, le thriller et le drame, générant de nouveaux sous-genres comme, ici, le Rape And Revenge.

Interdit un peu partout dans le monde, DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE fut élevé au rang de cult-movie et remporta un vif succès. Souvent imité avec surenchère (LAST HOUSE ON DEAD END STREET, LA MAISON AU FOND DU PARC, LA BÊTE TUE DE SANG FROID, ŒIL POUR OEIL, I PISS ON YOUR GRAVE, etc.) mais rarement égalé, il lança la carrière de Wes Craven. Ce fut le premier succès du futur maître de l'horreur, associé ici à Sean Cunningham, producteur et futur créateur de VENDREDI 13. Le duo, précédemment coupable d'un porno (TOGETHER) décida de choquer un public plus exigeant afin de satisfaire les investisseurs demandant un "film choc!". Mission accomplie avec cette descente dans les enfers de la psyché humaine la plus détraquée.

Le scénario - plagié sur LA SOURCE (The Virgin Spring) d'Ingmar Bergman! - présente deux jeunes filles, parties en randonnée avec l'intention d'acheter de l'herbe, tombant dans les pattes d'une bande de sadiques menée par David Hess.
Wes Craven détaille complaisamment le supplice des adolescentes obligées de faire l'amour entre elles avant d'être battues, humiliées, violées et finalement assassinées. La vengeance des parents d'une des victimes sera à la mesure de l'ignominie: démembrement à la tronçonneuse, castration buccale, etc. Le résultat constitue un direct à l'estomac, filmé de manière très brute et presque documentaire. Les intermèdes primesautiers (l'enquête de deux flics incapables) soulignent les horreurs perpétrées dénuées, elles, du moindre humour salvateur.

DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE est certainement une des oeuvres les plus traumatisantes des années soixante-dix et reste largement précurseur en matière de violence cinématographique. L'œuvre peut aussi être interprétée comme une mise en garde moralisatrice reprenant le schéma des contes de fée. Les adolescentes, parties écouter du hard rock (le groupe en question - fictif - se nomme Bloodlust et scandalise l'Amérique par ses prestations scéniques), fumer des joints et faire des cochonneries, reçoivent une juste punition en tombant dans les griffes du Grand Méchant Loup. Le titre, lui, s'inspire d'une citation de ORANGE MECANIQUEe sorti peu avant.

A l'époque, le film fut classé nasty en Grande-Bretagne. Trente ans après sa réalisation, bien sûr, l'impact initial s'est émoussé. L'amateurisme de la mise en scène et la prestation détachée des acteurs sembleront, selon l'humeur, un atout au service du réalisme ou, au contraire, un obstacle. Les intermèdes humoristiques sont, eux, clairement hors propos et sans intérêt.
Autre problème, la musique - et cela inclut les chansons - est tout aussi médiocre. Mais le climat malsain fonctionne encore et David Hess, dans le rôle du maniaque en chef, parvient à secouer. Il passa ensuite une partie de sa carrière à reproduire cette performance, en particulier dans LA MAISON AU FOND DU PARC de Ruggero Deodato. Le second violeur est joué par Fred J. Lincoln, lequel devint ensuite un spécialiste du porno, en tant qu'acteur (LAST WHOREHOUSE ON THE LEFT) et surtout en tant que réalisateur.

LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE n'est clairement pas le classique shocker que la publicité a voulu nous vendre. Malgré tout cela reste un bel exemple de sick cinema et le nombre de décalques, d'articles et même de livres écrits à son sujet prouve que Wes Craven a, d'une manière ou d'une autre, réussi son pari.

octobre 2006