LE COUTEAU SOUS LA GORGE
Titre: Le couteau sous la gorge
Réalisateur: Claude Mulot
Interprètes: Florence Guérin

 

Brigitte Lahaie
Alexandre Sterling
Natasha Delange
Pierre Londiche
Jean-Pierre Maurin
Emmanuel Karsen
Année: 1986
Genre: Giallo
Pays: France
Editeur Fravidis
Critique:

Au départ spécifiquement italien (quoique souvent influencé par le krimi allemand), le giallo connu pourtant, au cours des années 70 et 80, de nombreuses variations géographiques. Plusieurs pays d’Europe succombèrent à la fièvre du thriller horrifique mâtiné d’érotisme, avec plus ou moins de bonheur. Si l’Espagne livra de très honnêtes réussites, l’Angleterre suivit également le mouvement (avec, par exemple, SCHIZO ou THE COMEBACK), tout comme l’Allemagne (JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN), la Belgique (MEURTRES AU CRAYON) ou même les Etats-Unis comme le prouve LES YEUX DE LAURA MARS.

La France, peu sensible au cinéma de genre, ne produisit, pour sa part, guère d’œuvres de ce style, excepté le grand succès de Belmondo, PEUR SUR LA VILLE, qui s’en rapproche par bien des aspects. Réalisé en 1986, LE COUTEAU SOUS LA GORGE constitue donc une des très rares tentatives françaises d’apprivoiser les codes mis en place par les Italiens, le film reprenant un schéma largement usité depuis le classique SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN de Mario Bava, celui d’une série de crimes parmi des jeunes mannequins.

L’intrigue concerne une jeune demoiselle, Catherine, qui pose pour une revue érotique dirigée par la belle Valérie. Mythomane, Catherine s’imagine régulièrement poursuivie par de mystérieux individus qui cherchent à la violer. Néanmoins, personne ne la croit, même pas les flics du commissariat de quartier où elle débarque à moitié nue (enfin juste avec des bottes et un manteau ouvert) en pleine nuit. Catherine, en effet, s’est déjà plainte à plusieurs reprises d’agressions imaginaires et les pandores ne prêtent plus attention à ses allégations. Pourtant, cette fois, un inconnu semble réellement vouloir attenter à sa vie et celle de son amie Florence. En effet, ces dernières ont, dernièrement, participé à un shooting photo dans un cimetière qui eut le don de fouetter le sang du gardien des lieux, lequel, chaud bouillant, s’en prend à une demoiselle qu’il tue avant de se suicider. A partir de ce moment, l’entourage de Catherine est décimé par un tueur sadique qui la harcèle de coups de téléphone obscènes.

Réalisateur parisien né en 1942 (et décédé par noyade à Saint-Tropez en 1986), Claude Mulot se fait connaître des amateurs de bis avec une des rares tentatives d’épouvante à la française, LA ROSE ECORCHEE, sorti en 1970. Au milieu des seventies, Mulot se reconverti, comme beaucoup, dans le porno et signe, sous le pseudonyme de Frédéric Lansac, une poignée de petits « classiques » du genre, souvent humoristiques et emprunts d’un fantastique délirant, comme SHOCKING, le diptyque LE SEXE QUI PARLE (un des plus grands succès du X français !) et, surtout, le très réussi et science-fictionnel LA FEMME OBJET. Egalement scénariste de comédies franchouillardes pour Max Pecas (ON SE CALME ET ON BOIT FRAIS A SAINT TROPEZ), Claude Mulot apporte, en 1986, sa très modeste contribution au giallo « sexy » via ce COUTEAU SOUS LA GORGE sans grand intérêt qui restera sa dernière mise en scène.

Plein de bonne volonté, Claude Mulot reprend les éléments constitutifs du genre et situe l’intrigue dans le milieu du mannequinat, propice à diverses rivalités, commérages, crêpages de chignons, coups de pute et autres intermèdes érotiques. Exploré avec plus ou moins de bonheur par SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN, NUE POUR L’ASSASSIN, OU EST PASSEE JESSICA ? ou DELIRIUM, ce petit monde « superficiel et léger » permet au cinéaste de brosser le portrait, souvent peu reluisant, d’une série de personnages louches qui peuvent tous être, potentiellement, coupables des meurtres perpétrés par l’inévitable maniaque ganté de cuir.

Aux côtés de la belle héroïne en détresse (jouée par Florence Guérin, vue dans quelques comédies avant de passer à l’érotisme avec LE DECLIC ou BLACK VENUS et que l’on retrouvera dans un autre giallo en 1988, SOTTO IL VESTITO NIENTE 2), le long-métrage met en vedette Brigitte Lahaie (faut-il encore présenter la porn-star emblématique des années ’70 ou, simplement, conseiller de revoir sa plus belle performance dans JE SUIS A PRENDRE, un des rares vrais chefs d’oeuves du cinéma X ?) et le revenant Alexandre Sterling. Celui-ci fut le jeune héros de LA BOUM, LA BOUM 2 ou L’ETE DE NOS 15 ANS avant de se reconvertir dans la chanson, sans grand succès d’ailleurs. Enfin, dans le rôle d’un photographe alcoolique, boiteux et pervers, nous retrouvons Jean-Pierre Maurin, le grand frère de Patrick Dewaere qui, durant les années ’80, accompagna Maigret dans ses enquêtes télévisuels. Tout ce petit monde, malheureusement, joue plutôt mal et seul Brigitte Lahaie tire son épingle du jeu, prouvant qu’elle aurait pu sortir plus souvent de l’ornière du porno pour figurer au générique de films traditionnels.

Si la belle blonde est convaincante, certains seconds rôles, par contre, livrent des performances pitoyables, en particulier Pierre Londiche qui surjoue de manière épouvantable et risible, au point d’orienter le film vers la parodie involontaire ! Etonnamment, même si ses deux vedettes féminines sont surtout réputées pour leurs rôles dénudés, LE COUTEAU SOUS LA GORGE demeure plutôt timoré au niveau de l’érotisme. Claude Mulot se permet, bien sûr, de déshabiller fréquemment les demoiselles (enfin, surtout Florence Guérin puisque Brigitte Lahaie n’ôtera ses vêtements que pour une brève scène de bain) mais le tout manque de piment et ne va jamais plus loin qu’un téléfilm vaguement osé de seconde partie de soirée. Téléfilm est d’ailleurs le mot qui vient immédiatement à l’esprit à la vue du produit fini, lequel se distingue par la laideur de sa photographie (en dépit d’essais plutôt ratés de proposer des éclairages contrastés à la Mario Bava), son manque de moyen (le décor du commissariat fait pitié et n’eut pas dépareillé chez Ed Wood) et sa mise en scène paresseuse.

Le suspense, pour sa part, est inexistant et le gore se limite à quelques coups de couteaux ponctués d’éclaboussures écarlates. Néanmoins, si LE COUTEAU SOUS LA GORGE se suit sans passion, il faut avouer que sa vision, du moins durant la première heure, reste vaguement plaisante, l’insistance du cinéaste à donner dans le sordide de pacotille aidant le spectateur à supporter le manque de rythme général.

Une durée extrêmement courte (75 minutes !) permet toutefois de ne pas trop s’ennuyer. Hélas, le peu de crédit que l’on pouvait accorder au long-métrage se voit totalement sabordé par un climax ridicule et honteux, un des plus ringards de l’histoire du giallo. Après une récapitulation de l’intrigue sous forme de flashbacks, probablement destinées aux assoupis du fond de la salle, Claude Mulot ruine son film en supprimant l’assassin avec une désinvolture qui laisse pantois, tout comme d’ailleurs le mobile des crimes, absolument grotesque.

Tentative complètement ratée de giallo à la française, LE COUTEAU SOUS LA GORGE n’est, au final, ni effrayant, ni érotique, ni sanglant, ni réussi. Bref, un beau ratage à réserver aux « completistes » du genre ou aux fans inconditionnels de Brigitte Lahaie. Les autre s’abstiendront et iront prudemment revoir une nouvelle fois SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN…

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011