LE DIABLE DANS LA TÊTE
Titre: Il diavolo nel cervello
Réalisateur: Sergio Sollima
Interprètes: Stefania Sandrelli

 

Keir Dullea
Micheline Presle
Tino Buazzelli
Renato Cestiè
Maurice Ronet
Orchidea de Santis
Année: 1972
Genre: Thriller / Giallo / Drame
Pays: Italie / France
Editeur  
Critique:

Cinéaste aux idées bien ancrées à gauche, Sergio Sollima s’est imposé comme un des grands maîtres du western à l’italienne avec sa superbe trilogie composée de COLORADO, SALUDOS HOMBRE et, surtout, LE DERNIER FACE A FACE, un des rares véritables chefs d’œuvre du « spaghetti ». Toutefois, Sollima a abordé d’autres genres comme le polar avec LA CITE DE LA VIOLENCE ou REVOLVER et, en 1972, il touche « par la bande » au giallo, alors triomphant avec ce très réussi LE DIABLE DANS LA TÊTE.

L’intrigue s’intéresse à une jeune femme, Sandra, amnésique et surprotégée par sa mère. Un homme, Oscar, amoureux d’elle, découvre avec l’aide d’un médecin l’origine du traumatisme : Sandra a vu son jeune fils, Ricky, à côté du corps sans vie de son mari. L’enfant, trouvé un révolver dans les mains, fut aussitôt considéré comme le coupable par son entourage qui, toutefois, le protégea en l’envoyant dans une institution religieuse. Mais le jeune garçon est il réellement le meurtrier ?

Entre le thriller, le giallo « machination » et le drame psychologique, Sergio Sollima mène adroitement sa barque et développe une intrigue retorse, riche en révélation et rebondissements, certains un peu attendus, d’autres nettement plus surprenants.

La dernière demi-heure, très efficace, accélère grandement le rythme général du métrage qui culmine dans un climax bien amené aboutissant à un twist à la fois élégant et réussi même si le metteur en scène se préoccupe davantage des relations entre les personnages que du suspense proprement dit. Par conséquent, certains ont contesté l’appartenance de ce DIABLE DANS LA TETE au giallo même si l’enquête improvisée par un détective amateur, le traumatisme de la belle héroïne, la présence d’un gamin peut-être coupable de meurtre, la partition musicale signée de l’inévitable Ennio Morricone, les secrets de famille enfouis et le twist final inscrivent ce film atypique et cérébral dans le riche « filone » italien.

Dans le rôle principal, nous retrouvons Stefania Sandrelli, beauté latine que l’on vit par la suite, bien dénudée, dans le très chaud LA CLE de Tinto Brass. A ses côtés, l’Américain Keir Dullea, rendu célèbre par 2001 ODYSSEE DE L’ESPACE et BLACK CHRISTMAS tente de résoudre une énigme tortueuse dans laquelle se débattent également les vétérans Micheline Presle et Maurice Ronet. L’interprétation convaincante des comédiens parvient d’ailleurs à crédibiliser ce récit fort axé sur les dialogues et les relations troubles entre les différents protagonistes. Cela explique sans doute pourquoi ce film fut peu prisé en son temps, le public atant probablement été décontenancé par l’absence des éléments coutumiers du giallo, le sexe et la violence étant maintenus a minima.

Le tempo, pour sa part, s’avère quelque peu languissant et la première partie du récit parait se trainer, la durée parfois excessive (105 minutes) constituant un léger bémol. Refusant l’exploitation, Sollima mise, en effet, davantage sur l’ambiance et l’atmosphère, soutenant une étude de caractère psychologique fouillée et une critique sociale sous-jacente, que sur les habituelles suites de meurtres observées dans les giallo dit « argentesque ». D’où l’aspect déstabilisant mais également fascinant de cet étrange long-métrage partagé entre le drame et le thriller.

En dépit de ces quelques scories, LE DIABLE DANS LA TÊTE se révèle toutefois une agréable surprise, à conseiller non seulement aux amateurs de giallo mais, également, aux réfractaires du « filone » italien ou à ceux qui, lassés des assassins gantés de noir massacrant des nymphettes dénudées, pensent en avoir fait le tour.

A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013