LE GRAND AMOUR DU COMTE DRACULA
Titre: El gran amor del conde Drácula
Réalisateur: Javier Aguirre
Interprètes: Paul Naschy

 

Rosanna Yanni
Haydée Politoff
Mirta Miller
Ingrid Garbo
Víctor Alcázar
 
Année: 1973
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Connaissant l’amour que porte Paul Naschy aux grands mythes du fantastique, proposer une version personnelle de «Dracula» semblait une évidence, tous les maîtres du genre s’y étant risqué avec plus ou moins de bonheur. Afin de s’éloigner des conventions coutumières ré-établies par la formidable saga de Christopher Lee, LE GRAND AMOUR DU COMTE DRACULA présente un vampire romantique et désespéré, aux étonnantes tendances suicidaires.

L’intrigue, pour sa part, ménage les Anciens et les Modernes, et reprend des éléments traditionnels dans un emballage plus conforme à son époque. Après la mort de deux profanateurs de sépulture, une petite troupe composée de cinq personnes (un homme, quatre femmes !) voyage non loin du château, réputé maudit, du fameux Comte Dracula. Selon la légende, Jonathan Harker et son ami Van Helsing y ont jadis tué le vampire. Malheureusement, les voyageurs subissent un accident et leur diligence perd une roue avant que le cocher, en tentant de la réparer, ne meure sous les sabots d’un cheval. Les survivants se dirigent ensuite vers un sanatorium abandonné où le docteur Marlowe leur souhaite la bienvenue. Toutefois, le médecin n’est autre que Dracula, revenu à la vie et les demoiselles succombent, une par une, à sa morsure.

A la manière de José Ramón Larraz (VAMPYRES), Jésus Franco (VAMPYROS LESBOS), du facétieux DU SANG POUR DRACULA ou même des réappropriations saphiques de la Hammer (THE VAMPIRE LOVERS et consorts), LE GRAND AMOUR DU COMTE DRACULA joue ouvertement la carte de l’érotisme. Le long-métrage ne se prive donc pas de dénuder ses superbes comédiennes lorsqu’elles se pâment sous les crocs du vampire séducteur ou hurlent sous le fouet. Caressant, presque voyeur, le réalisateur embrasse la beauté de ses actrices, magnifiées par des robes aux décolletés vertigineux ou cadrées se baignant dans le plus simple appareil.

Les scènes sexy, osées pour l’époque (la version censurée coupe une douzaine de minutes!), et l’horreur gentiment gore témoignent ainsi des changements alors perceptibles dans le cinéma fantastique, la suggestion d’antan cédant, peu à peu, la place à un visuel plus explicite. Peu intéressé par l’épouvante, le cinéaste Javier Aguire en capture pourtant l’essence via une mise en scène élégante à la photographie somptueuse et aux mouvements de caméra d’une grande fluidité. Les éclairages étudiés, les teintes nocturnes bleutées et les déambulations des nymphettes dans les corridors menaçant du castel s’inscrivent, pour leur part, dans la lignée des classiques italiens de la décennie précédente.

En dépit d’un scénario sommaire et d’une caractérisation des personnages rudimentaires (les féminines victimes du prince des ténèbres paraissent interchangeables), LE GRAND AMOUR DU COMTE DRACULA se distingue du tout-venant par sa stylisation appliquée et se révèle une version très honnête de ce récit immortel.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2015