LE JOUR DE LA HAINE
Titre: Per 100.000 dollari t'ammazzo
Réalisateur: Giovanni Fago
Interprètes: Gianni Garko

 

Claudio Camaso
Piero Lulli
Fernando Sancho
Claudie Lange
Bruno Corazzari
 
Année: 1968
Genre: Western
Pays: Italie / Espagne
Editeur Artus Films
Critique:

Co-écrit par les spécialistes du bis italien Ernesto Gastaldi et Luciano Martino (auxquels s’ajoute son frère non crédité, Sergio Martino), LE JOUR DE LA HAINE reste une des œuvres les plus notables du cinéaste débutant Giovanni Fago, auteur deux ans plus tard de l’étrange O CANGAÇEIRO avec Tomas Milian puis de nombreuses séries télévisées.

Typique de l’école italienne qui s’appuie davantage sur des récits dramatiques aux inspirations mythologiques que sur d’authentiques pages de l’histoire américaine, LE JOUR DE LA HAINE s’éloigne du vérisme hollywoodien (certes très relatif) pour privilégier une pure tragédie entre deux frères que tout oppose. Le cinéaste aboutit ainsi à une relecture d’Abel et Caïn dans un Far West fantasmé.

Le chasseur de primes Johnny Forrest a passé dix ans en prison pour un parricide qu’il n’a pas commis puisque le véritable auteur du meurtre était son demi-frère, le colérique et jaloux Clint. Aujourd’hui, Johnny souhaite se venger mais promet à sa mère agonisante d’amener Clint vivant devant la justice pour qu’il réponde de ses crimes.

Situé durant la Guerre Civile Américaine qui sert de toile de fond à cette sombre histoire de vengeance, LE JOUR DE LA HAINE s’appuie sur les performances impeccables de Gianni Garko et Claudio Camaso qui incarnent avec beaucoup de talent les deux frangins engagés dans une haine mortelle. Garko, bien connu des amateurs de westerns pour son rôle de Sartana, campe ici un chasseur de primes revanchard décidé à conduire son demi-frère (qui le traite sans cesse de bâtard) devant la justice. Ce frangin est, pour sa part, interprété par Claudio Camaso, alias Claudio Volonté (frère de Gian Maria) vu dans BAIE SANGLANTE et décédé par suicide en 1977 alors qu’il était emprisonné pour le meurtre d’un électricien, tué lors d’une bagarre.

A ce casting de qualité s’ajoute la musique de Nora Orlandi qui soutient efficacement l’action et confère une plus-value indéniable au long-métrage. Le scénario s’avère pour sa part bien écrit en dépit de quelques longueurs, notamment une scène interminable qui montre Garko, crucifié la tête, essayer de se délivrer avec l’aide de sa maitresse mortellement blessée.

La mise en scène, elle, reste correcte mais n’innove guère et les invraisemblances, assez nombreuses, tempèrent malheureusement l’enthousiasme, le film semblant manquer quelque peu de finitions. Des scènes de flashback incongrus, pas vraiment explicités et à l’inutilité flagrante ponctuent en outre le film d’intermèdes romantiques dont l’unique but semble de rallonger le temps de projection pour atteindre la durée réglementaire.

Toutefois, LE JOUR DE LA HAINE se révèle divertissant et suffisamment bien mené pour s’élever un peu au-dessus d’une honnête (mais routinière) moyenne. Les inconditionnels du western spaghetti seront ravis, les autres peuvent se tourner vers des productions plus prestigieuses ou tenter ce titre certes mineur mais point déplaisant.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2014