LE SEXE QUI PARLE
Titre: Le sexe qui parle / pussy talk
Réalisateur: Claude Mulot
Interprètes: Pénélope Lamour

 

Béatrice Harnois
Sylvia Bourdon
Ellen Earl
Jean-Loup Philippe
Vicky Messica
 
Année: 1975
Genre: Porno / comédie
Pays: France
Editeur Alpha France /
Bach Films (version soft)
Critique:

Reliquat du bref âge d’or du porno français des années ’70, LE SEXE QUI PARLE fut, accessoirement, un des derniers grands succès populaires du genre, par la suite remaké par TomDeSimone avec une version américaine « soft », CHATTERBOX. Une suite, nettement moins réputée, suivi également en 1978 : LE SEXE QUI PARLE 2.

Le prétexte, complètement loufoque, est aujourd’hui connu et d’ailleurs annoncé dès le titre qui s’impose pratiquement comme un résumé complet du propos: l’intimité de Joelle, une jeune femme frustrée et malheureuse en couple, dispose soudain du pouvoir saugrenu de parler. Rapidement, la chatte manifeste ses envies, réclame des caresses et commente bruyamment les vices de son entourage. La vie de Joelle devient dès lors un enfer, d’autant qu’une de ses amies averti la presse de son incroyable particularité. Devant le « scoop du siècle » et « l’événement le plus important depuis que l’homme a posé le pied sur la lune », Joelle fuit cette gênante célébrité…

Avec son argument saugrenu emprunté, sans doute par alibi culturel, à un roman libertin publié anonymement par Diderot (« les bijoux indiscrets »), LE SEXE QUI PARLE témoigne d’une époque aujourd’hui révolue, celle d’un porno rigolo, iconoclaste et inventif, loin des mornes performances du gonzo actuel. Le parisien Claude Mulot (décédé accidentellement en 1986) s’était imposé, généralement sous le pseudonyme de Frédéric Lansac, comme le chantre de ce porno joyeux au travers de quelques classiques aux arguments déjantés (SHOCKING) ou de science-fiction (LA FEMME OBJET, son chef d’œuvre). On lui doit également une tentative intéressante d’épouvante romantique, LA ROSE ECORCHEE, et un piètre giallo avec Brigitte Lahaie, LE COUTEAU SOUS LA GORGE, ainsi que de nombreux scénario de navrantes comédies franchouillardes aujourd’hui heureusement oubliées.

Dans LE SEXE QUI PARLE, le cinéaste suit le parcours émancipateur de Joelle, incarnée par Penelope Lamour (dont ce fut l’unique rôle) et par la nymphette Béatrice Harnois pour les nombreux flashbacks juvéniles qui occupent la seconde partie du métrage. Moins délirantes mais plus « classiquement » érotiques, ces saynètes montrent l’éducation sexuelle de la jeune fille aux mains d’un adolescent tennisman, d’un surveillant d’école surnommé « Grosse queue » ou d’un prêtre lubrique excité par les confessions impudiques de la gamine. Citons encore la scène célèbre au cours de laquelle Joelle découvre une utilité toute particulière à un pantin de bois représentant Pinocchio dont le grand nez sera employé à bon escient.

Mené à bon rythme, LE SEXE QUI PARLE relance régulièrement son intérêt par quelques rebondissements et sous-intrigues (même si certaines sont anecdotiques) et maintient un bon équilibre entre les scènes de pure comédie et les passages hardcore.

Le film fut d’ailleurs également exploité en version « soft », nouvelle preuve qu’il se « tient » honnêtement même délesté de ses images explicites. On privilégiera toutefois, bien évidemment, la version porno intégrale, d’autant que les passages X sont sympathiques, court, nombreux et bien filmés avec toutes les variantes attendues : duo, solo, trio, sodo, lesbo, etc.

Sans rivaliser avec les pornos américains de la grande époque, disposant de davantage de moyens et de soins (on pense surtout aux classiques de Gerard Damiano, Henry Paris ou Alex de Renzy, définitivement au-dessus de la mêlée), LE SEXE QUI PARLE reste, avec les œuvres de Francis Leroi (ici producteur) et Gérard Kikoïne un des meilleurs exemples de cinéma X de qualité, constamment plaisant et jamais ennuyeux.

A redécouvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013 - Révisé en novembre 2014