LA LEGENDE DES SEPT VAMPIRES D'OR
Titre: Legend of the Seven Golden Vampires /
The 7 Brothers Meet Dracula
Réalisateur: Roy Ward Baker & Chang Cheh
Interprètes: Peter Cushing

 

David Chiang
Julie Ege
Robin Stewart
Shih Szu
John Forbes-Robertson
Shen Chan
Année: 1974
Genre: Horreur / Kung Fu / Fantastique
Pays: Grande Bretagne / Hong Kong
Editeur  
Critique:

LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR est le dernier film que la Hammer consacra au mythe de Dracula. La série, débutée par LE CAUCHEMAR DE DRACULA, se poursuivit avec LES MAITRESSES DE DRACULA (dans lequel le Comte n’apparaît pas), DRACULA PRINCE DES TENEBRES, DRACULA ET LES FEMMES, UNE MESSE POUR DRACULA, LES CICATRICES DE DRACULA, DRACULA 72 et, enfin, DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES.

Avec cet épisode sino-anglais, la saga trouvait sa conclusion en ignorant superbement les deux épisodes précédents, situés à l'époque contemporaine. Très décriée par de nombreux spécialiste (le critique Kim Newman le considère même comme le pire film de la Hammer!), cette production hybride s’avère pourtant fort distrayante à condition d’en accepter les bases fantaisistes.

Au milieu des seventies, la Hammer se trouve, en effet, désespérément en quête de sang frais et tente de réactualiser un fond de commerce vieillissant mis à mal par l'horreur beaucoup plus viscérale des thrillers comme LAST HOUSE ON THE LEFT ou des productions style L'EXORCISTE. La vénérable firme anglaise accommode par conséquent les plats à toutes les sauces, transposant Dracula à l'époque moderne (DRACULA 72), avant de lui offrir une organisation secrète à la James Bond (DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES). La Hammer délaisse également Dracula pour s’intéresser à d’autres vampires, féminins cette fois, afin de multiplier les séquences lesbiennes dans une trilogie qui fit, à l'époque, forte impression (LUST FOR A VAMPIRE et ses dérivés).

En 1974, la mode du kung-fu, suivant le triomphe de Bruce Lee, entraîne l’apparition d’une série de coproductions hybrides mêlant les arts martiaux au western (LA BRUTE LE BONZE ET LE KARATE) ou à l'espionnage (L'HOMME DE HONG KONG). Pourquoi pas à l'horreur, se dit– du moins peut on le penser – le patron de la Hammer? Le résultat est - forcément - délirant, un peu pataud et quasi culte. L’assurance, en tout cas, d’un divertissement fort agréable et mouvementé.

Après un prologue en Transylvanie situé en 1804, l'intrigue effectue un bond d'un siècle et nous retrouvons le professeur Van Helsing et son fils, lesquels voyagent en Chine pour donner une série de conférence sur le vampirisme. Ils ne reçoivent que des réactions incrédules ou hostiles mais rencontrent cependant une riche héritière décidée à financer leur expédition afin de découvrir un village maudit tombé sous la domination du comte Dracula. Sept jeunes gens, experts en arts martiaux et au maniement de l'arme blanche, acceptent également de guider Van Helsing jusqu'au repère du Comte, lequel règne sur sept vampires masqués ayant levés une armée de zombies. Les créatures de la nuit sacrifient régulièrement des jeunes filles à leurs rites impies et font régner la terreur dans toute la région. Van Helsing et ses sbires auront fort affaire pour venir enfin à bout de Dracula, une nouvelle fois réincarné.

Aux côtés de Peter Cushing, toujours fringant, LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR donne la vedette à la superstar chinoise David Chiang. Ce-dernier, à l'époque, avait déjà tourné vingt-cinq fois sous la direction de Chang Cheh, par exemple dans les classiques GOLDEN SWALLOW, VENGEANCE, LE JUSTICIER DE SHANGHAÏ, et le chef d'oeuvre LA RAGE DU TIGRE. David Chiang apporte son charisme, sa prestance et ses aptitudes martiales au film de Roy Ward Baker, vétéran de l’épouvante ayant œuvré aussi bien pour la Hammer (Dr JEKYLL & SISTER HYDE) que pour la Amicus (ASYLUM).

Les chorégraphies martiales, elles, sont assurées par Liu Chia-liang, complice de Chang Cheh depuis le milieu des années soixante et futur réalisateur de quelques classiques kung-fu comme la formidable trilogie consacrée à la 36eme CHAMBRE DE SHAOLIN. Enfin, le plus connu des cinéastes de la Shaw Brothers, Chang Cheh, coréalise officieusement LES 7 VAMPIRES D’OR sans être crédité au générique.

Malgré de nombreuses imperfections, le métrage s’avère soigné, visuellement attractif et toujours plaisant. Le scénario progresse toutefois de manière un peu erratique, entre des passages rythmés et bien menés (ceux signés Chang Cheh et Liu Chia-liang?) et d'autres plus lents et académiques. Les effets spéciaux, malheureusement, sont médiocres (comme en témoignent les chauve-souris en plastique absolument ridicules, d’ailleurs une constante dans la saga « Dracula » de la Hammer) et les maquillages mal fichus mais, bon, on ne va pas trop chipoter sur ce genre de détails.

Les affrontements, eux, sont violents, avec force jets de sang très rouge (celui, un peu irréaliste, des films de Chang Cheh) et les séquences kung-fu se révèlent agréablement ficelées, même si elles ne s'intègrent pas toujours parfaitement à l'intrigue, la Shaw Brothers ayant tenu à rendre le métrage plus nerveux en y ajoutant quelques combats supplémentaires. Niveau interprétation, les acteurs sont globalement convaincants, même si David Chiang est légèrement sous-employé, et Peter Cushing placé en retrait. Sans doute devait-il se sentir un peu perdu, à soixante balais, au milieu de ces jeunes acteurs bondissants qui virevoltaient en tous sens. Il se contente d'expliquer les faiblesses des vampires ("En Occident, ils craignent les crucifix mais ici ils doivent avoir peur de l'image de Bouddha") et de prodiguer de judicieux conseils ("frappez les en plein coeur!") en observant les combattants défier les créatures de la nuit à coup de pieds et de poings. Dracula, heureusement peu présent à l'écran, est interprété pour sa part par le très théâtral et cabotin John Forbes Robertson qui paraît souvent aux limites du ridicule et fait regretter la sobriété et la classe naturelle de Christopher Lee.

La photographie, elle, reste agréable, avec ses teintes très colorées (le vert et le rouge dominent) typiques des seventies et des productions horrifiques de Mario Bava ou Dario Argento. Les décors - fort kitsch avouons le - ajoutent aux charmes de l'ensemble et confèrent au métrage une tonalité « pulp » proche du roman de gare ou du sérial. Les plus pervers noteront également cette séquence récurrente et inutile (du moins pour le déroulement de l'intrigue) montrant les vampires torturer de jolies figurantes asiatiques dénudées bien pourvues par la nature.

Les scènes durant lesquelles les vampires lèvent une armée de zombies caricaturaux inspirés des EC comics possèdent également une belle puissance évocatrice, à la fois frissonnante et un peu risible, dans l'esprit des séries B espagnoles et italiennes de la même époque. A l’image des futures réussites de la ghost horror kung fu comedy cantonaise, LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR sacrifie même à la coutume locale des morts vivants bondissants. Surprenant.

En résumé, LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR constitue un spectacle bourré de défauts mais enthousiasmant et rafraichissant en ces temps de cinéma formaté et insipide. Le tout se suit sans ennui avec un regard à la fois charmé, nostalgique et distancié: on n'y croit pas une seconde mais on s'amuse beaucoup. N'est-ce pas l'essentiel, d’autant que le métrage clôt avantageusement la saga après trois épisodes assez quelconques?

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011