LA LEGENDE DU LOUP GAROU
Titre: Legend of the werewolf
Réalisateur: Freddie Francis
Interprètes: Peter Cushing

 

David Rintoul
Lynn Dalby
Ron Moody
Hugh Griffith
Roy Castle
Stefan Gryff
Année: 1975
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1975, alors que l’épouvante anglaise, jugée dépassée, désertait les salles obscures devant la poussée de métrages plus graphiquement explicites, LA LEGENDE DU LOUP GAROU fut, à l’époque, tièdement reçu par le public et la critique. Aujourd’hui, en dépit de ses faiblesses, les nostalgiques apprécieront peut être davantage son classicisme tout en reconnaissant que le film n’arrive pas à la cheville des classiques proposés par la Hammer une quinzaine d’années auparavant.

Ecrit par le producteur et scénariste Anthony Hinds sous son pseudonyme coutumier de John Elder, LA LEGENDE DU LOUP GAROU paie son tribu à un classique antérieur de la Hammer, LA NUIT DU LOUP GAROU, déjà écrit par Hinds, dont il constitue un remake déguisé.

France, au XIXème siècle. Une femme donne naissance à un enfant une nuit de pleine lune avant d’être tuée par une meute de loups qui élèvent le nouveau né comme un des leurs. Quelques années plus tard, le responsable d’un cirque itinérant, Pomponi, recueille l’enfant sauvage et l’exhibe comme une bête féroce. Surnommé Etoile, le gamin grandit et devient un jeune homme, en apparence normal, mais qui, les soirs de pleine lune, se change en un loup meurtrier. Gagnant la capitale, Etoile trouve un emploi au jardin zoologique et tombe amoureux d’une demoiselle nommée Christine. Peu après, Etoile découvre la vérité : Christine est une prostituée ayant pour client de hautes personnalités parisiennes. Mais Etoile, changé en loup, décime les hommes qui lui rendent visite. Ces meurtres brutaux, attribués à un loup, attirent l’attention d’un médecin légiste décidé à éclaircir cette sombre affaire…

Fondée au milieu des années ’70 par Kevin Francis, le fils du grand cinéaste et directeur de la photographie Freddie Francis, la Tyburn Films fut une compagnie éphémère qui proposa, en un an, trois métrages horrifiques : PERSECUTION, THE GHOUL et LA LEGENDE DU LOUP GAROU. Sortis en 1975, ces films furent jugés dépassés et anachroniques par la critique et le public. A cette époque, même l’intérêt pour les plus prestigieuses Hammer et Amicus déclinait et leurs productions n’attiraient plus les foules.

Avec des moyens encore plus restreints et des intrigues peu novatrices, la Tyburn Films avait peu de chance de s’imposer et échoua à relancer la mode du fantastique anglais. Incapable de s’adapter aux nouvelles normes venues d’Amérique et prônant une horreur brutale, réaliste et contemporaine (à la manière de DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, L’EXORCISTE et MASSACRE A LA TRONCONNEUSE), les producteurs anglais s’accrochèrent à une conception obsolète de l’épouvante sans se remettre en question, aboutissant à leur inévitable chute durant la seconde moitié des années ’70.

Dirigé avec professionnalisme mais sans beaucoup de style par Freddie Francis, LA LEGENDE DU LOUP-GAROU déroule une intrigue balisée qui reprend de nombreux éléments de LA NUIT DU LOUP GAROU et y adjoint des éléments en provenance du roman « The Werewolf of Paris » de Guy Endore, la principale inspiration du scénariste Anthony Hinds. La mise en scène de Francis, pour sa part, échoue à dynamiser ce script convenu et les séquences d’attaques s’avèrent, malheureusement, peu concluantes. Le maquillage de l’homme-loup, passable mais cependant décevant (il ressemble davantage à un singe), est exposé uniquement lors du climax, la plupart des scènes horrifiques étant filmés en caméra subjective. Durant ces passages, l’écran est teinté de rouge pour simuler la vision du monstre sanguinaire. Un procédé rapidement lassant, d’autant que les meurtres commis par le lycanthrope restent confusément filmés, les gros plans des mâchoires ensanglantées de la bête n’étant, eux, pas du meilleur goût.

Si Francis fut souvent sous-estimé (on lui doit quelques classiques comme HISTOIRES D’OUTRE TOMBE et un splendide DRACULA ET LES FEMMES n’ayant rien à envier à la trilogie de Terence Fischer), force est d’avouer qu’il se contente, ici, d’illustrer platement un scénario trop prévisible pour maintenir l’attention du public. En petite forme, le cinéaste se repose sur la prestation toujours convaincante d’un Peter Cushing distingué, digne et plein d’humour. Dans le rôle principal, par contre, le débutant David Rintoul (depuis reconverti à la télévision), peine à faire partager sa triste condition de pauvre jeune homme marqué par une terrible malédiction. Le reste du casting est cependant passable, de Lynn Dalby en prostituée au grand cœur à l’inévitable Michael Ripper, second rôle de pratiquement tous les films de la Hammer venu ici effectuer un petit caméo pour la « concurrence ».

Dans l’ensemble, LA LEGENDE DU LOUP GAROU apparaît rétrospectivement comme une oeuvrette estimable mais dénuée de véritables intérêts. Loin d’un classique, le métrage se laisse toutefois regarder d’un œil distrait par les nostalgiques de l’épouvante anglaise et, en particuliers, les fans du toujours impeccable Peter Cushing.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2013