LES FANTÔMES DE HURLEVENT
Titre: Nella stretta morsa del ragno / Edgar Poe chez les morts vivants
Réalisateur: Antonio Margheriti
Interprètes: Anthony Franciosa

 

Michèle Mercier
Klaus Kinski
Peter Carsten
Silvano Tranquilli
Karin Field
 
Année: 1971
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1964, DANSE MACABRE demeure un des films les plus réputés d’Antonio Margheriti, un des grands spécialistes de l’épouvante gothique à l’italienne, auteur de l’efficace LA VIERGE DE NURENBERG. Conte macabre, angoissant et poétique, tourné dans un très beau noir et blanc et donnant la vedette à Barbara Steele, DANSE MACABRE constituait une franche réussite et un bel exemple de petit budget parfaitement maîtrisé.

Pourtant, sept ans plus tard, Margheriti se plie aux volontés de ses producteurs et se penche à nouveau sur sa copie pour en livrer un remake fidèle mais dans lequel le charme originel manque cruellement à l’appel.

L’intrigue reprend les grandes lignes de celle de DANSE MACABRE et convoque un journaliste, Alan Foster décidé, à la veille de la Toussaint, à interviewer l’écrivain Edgar Allan Poe. En vacances avinées en Angleterre, Poe prétend que ses écrits se basent sur des faits réels et témoignent de la survivance de l’âme par delà la mort. Rationaliste convaincu, Foster refuse de le croire et affirme, pour sa part, que l’au-delà n’existe pas. Pour le détromper, un ami de Poe lance au journaliste le défi de rester, durant une nuit, dans un château hanté. Foster accepte le pari (dix livres !) et se rend dans une vaste demeure isolée où il rencontre d’étranges personnes, dont une jolie demoiselle énamourée. Mais sont-elles encore vivantes ou simplement les reflets d’une tragédie ancienne, condamnées à errer entre notre monde et celui des défunts ?

Projet impersonnel et simple commande demandée à un Margheriti peu motivé, LES FANTOMES DE HURLEVENT (connu également sous les titres saugrenus de PRISONNIER DE L’ARAIGNEE et EDGAR POE CHEZ LES MORTS VIVANTS) s’avère une cruelle déception pour les amateurs du cinéaste. Reprenant sans conviction et, surtout, sans imagination, l’intrigue de DANSE MACABRE, ce remake se révèle d’une lenteur exaspérante et d’une linéarité ennuyeuse. Ce modeste récit, qui aurait davantage convenu sous forme de court-métrage pour un film à sketches, avance, en effet, à la vitesse d’un gastéropode assoupi.

Prévisible, LES FANTOMES DE HURLEVENT retarde ainsi fort longuement une révélation voulue surprenante mais, finalement, éventée dès le départ. Les habitants du château, en effet, sont une assemblée de spectres condamnés à rejouer, une fois par an, une tragédie passionnelle ayant mené à leur mort violente.

Le cinéaste convie donc l’attirail coutumier de l’épouvante gothique et promène sa caméra dans les couloirs désertés d’un vieux château avant de transformer, bizarrement, ses fantômes en simili vampires assoiffés de sang. Animé par des comédiens sans éclat, dont une Michelle Mercier (succédant à Barbara Steele) bien peu concernée par son rôle, LES FANTOMES DE HURLEVENT convie également Klaus Kinski pour interpréter, de manière caricaturale, comprenez tout en tics et grimaces, Edgar Allan Poe en personne. Cette présence, peu utile au récit, traduit, sans nul doute, les visées commerciales de l’entreprise, tout comme l’accroche affirmant que le long-métrage se base sur une nouvelle de Poe intitulée « Night of the living-dead ». Or, non seulement ce récit n’existe pas mais, en outre, le film n’entretient qu’un très lointain rapport avec l’œuvre de l’écrivain américain et seul un de ses contes, « Bérénice » est vaguement cité dans les premières scènes.

Durant une bonne partie des biens longuettes cent-dix minutes (!) du film, le principal protagoniste erre dans les corridors du castel et admire le décorum constitué de peintures menaçantes et candélabres poussiéreux. Il faut donc attendre une bonne heure pour voir le récit acquérir un minimum d’intérêt, même si le flashback explicatif parait, lui-aussi, tiré en longueur. Etonnamment, Margheriti garde l’horreur au niveau minimal (rien de graphique n’est proposé), et se refuse pratiquement à tout érotisme (malgré une inévitable mais timide relation lesbienne). Frustrant, d’autant que seuls l’une ou l’autre scène parviennent à générer un rare frisson pour les plus réceptifs.

Le final, filmé dans un agaçant ralenti, semble pour sa part interminable en dépit d’une chute finale humoristique rappelant quelque peu LA MAISON DU DIABLE de Robert Wise. Globalement ennuyeux, LES FANTOMES DE HURLEVENT échoue totalement à créer une atmosphère angoissante ou fascinante et se repose beaucoup sur la jolie composition musicale mélancolique de Riz Ortolani pour entretenir le mystère et compenser un rythme défaillant. Hélas, cela ne suffit guère à palier les faiblesses d’un long-métrage bien trop longuet et pantouflard pour convaincre.

En résumé, le film constitue un bel échec dont la vision sera réservée aux inconditionnels de Margheriti ou du fantastique gothique italien. Les autres se tourneront plus volontiers vers le semblable et pourtant nettement plus réussi DANSE MACABRE.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013